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En voulant renommer le lac Red Indian, T.-N.-L. fait une erreur sur la nation

Le lac Red Indian à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le lac Red Indian à Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Avec la gracieuseté de David Wilcox (CBC)

La Presse canadienne

En voulant renommer le lac Red Indian, jugé offensant pour les Autochtones, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador lui avait donné un nouveau nom en mi'kmaq.

Le gouvernement a annoncé le 21 avril qu'il rebaptisait le lac Red Indian pour Wantaqo'ti Qospem, ce qui signifie lac paisible en mi'kmaq.

Mais il a finalement fait marche arrière la même semaine, citant le mécontentement d'une partie de la population, notamment chez les Autochtones.

Plusieurs ont dénoncé le fait de nommer un territoire béothuk traditionnel - la nation autochtone qui peuplait jadis ce territoire - en utilisant un nom mi'kmaq, inuit, innu ou métis. Les nations autochtones ne sont pas interchangeables, lit-on dans un courriel au gouvernement publié le lendemain de l'annonce initiale.

Je suis L'nu (Mi'kmaq) et très fier de ma nation, écrit un autre. Les peuples autochtones, en particulier les Mi'kmaq locaux, deviennent la cible de commentaires haineux et de réactions négatives à cause de cette décision.

Grâce à la Loi sur l'accès à l'information, La Presse Canadienne a pu obtenir près de 170 pages de courriels, où le nom des destinateurs avait été caviardé.

Les Béothuks

Le lac Red Indian se trouve dans le centre-ouest de l'île, à environ 530 km au nord-ouest de Saint-Jean. Les Béothuks, qui faisaient partie des premiers habitants de l'île, chassaient et hivernaient sur les rives de ce lac.

Le dernier Béothuk serait mort en 1829; l'année dernière, un musée en Écosse a rendu à la province les restes de deux Béothuks, Nonosabasut et Demasduit. Les courriels indiquent d'ailleurs qu'il est prévu de déposer ces restes quelque part sur un site du lac Red Indian.

Shanawdithit est la dernière des Béothuks

Portrait signé William Gosse et titré : "A female Red Indian of Newfoundland". L'œuvre a été peinte en 1841. Il s'agirait du portrait de Shanawdithit, la dernière des Béothuks.

Photo : commons.wikimedia

Ingeborg Marshall, une spécialiste de l'histoire béothuk, explique qu'historiquement, le lac Red Indian a été la demeure des Béothuks, tandis que les Mi'kmaq ont eu recours au lac Grand, sans aucun attachement important au lac Red Indian.

Un courriel du directeur du bureau provincial de cartographie, le 2 mars, laisse entendre qu'il y aurait une consultation publique pour renommer le lac.

Mais cette consultation n'avait pas encore eu lieu que la ministre des Affaires autochtones, Lisa Dempster, déposait une motion à l'Assemblée législative, le 21 avril, pour changer le nom en Wantaqo'ti Qospem.

La ministre a alors soutenu que ce nom avait été suggéré par le chef Mi'sel Joe, de la première nation mi'kmaq Miawpukek.

Un afflux de courriels

Les courriels s'opposant à cette décision ont commencé à affluer presque immédiatement dans les boîtes de réception du gouvernement.

La plupart des intervenants convenaient que le lac devait changer de nom - même si certains ne comprenaient pas pourquoi le nom actuel pouvait être offensant.

La plupart voulaient aussi savoir pourquoi la population n'avait pas été consultée et demandaient un nom plus étroitement lié aux Béothuks.

En fait, il semble que cela faisait partie du plan initial du gouvernement, mais la correspondance n'éclaircit pas pourquoi cette idée a été abandonnée en chemin.

Des courriels montrent que la question du nom offensant du lac avait d'abord été soulevée fin décembre, lors d'une réunion virtuelle entre le premier ministre, Andrew Furey, et les dirigeants autochtones de la province.

À la suite de cette rencontre, le sous-ministre des Affaires autochtones, Aubrey Gover, a demandé à un collègue de trouver comment les Béothuks avaient nommé ce lac. À défaut, il a demandé s'il existait un mot béothuk pour patrie ou terre natale.

Andrew Furey assis les mains croisées à un bureau brun. Un drapeau de Terre-Neuve-et-Labrador et un drapeau du Canada sont derrière lui.

Andrew Furey, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. (Archives)

Photo : YouTube / GovNL

Gerry Osmond, directeur des arts et du patrimoine de la province, a finalement indiqué que le mot le plus proche serait eau, ebauthoo en béothuk, apparemment appris de deux des derniers membres connus de cette nation. M. Osmond a par ailleurs recommandé de contacter la professeure Marshall pour obtenir ses conseils.

Environ une semaine avant l'annonce du changement, on ne savait toujours pas quel serait le nouveau nom du lac. Le premier ministre aimerait passer à l'action dès que possible, a écrit le 15 avril le sous-ministre Gover à un représentant de la première nation Miawpukek - tout en lui demandant comment les Mi'kmaq nommaient le lac Red Indian.

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