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Cochons en « danger » par la chaleur : humidex de 48 dans un camion

Ottawa permet le transport de porcs vers un abattoir pendant 28 heures sans eau ni nourriture.

Un activiste verse une bouteille d'eau à un cochon dans le camion.

Un activiste donne de l'eau à un cochon dans le camion qui le transporte à l'abattoir de Saint-Esprit, au Québec.

Photo : Gracieuseté : Felix Sieder

Un facteur humidex de 48 a été mesuré dans un camion rempli de porcs arrivant à un abattoir dans Lanaudière, au Québec, le 12 août. Compte tenu de la météo, ces conditions de transport en plein jour ne respectaient pas les normes que l'industrie s'est elle-même fixées, en l'absence d'encadrement précis du gouvernement fédéral.

À 19 h ce jour-là, devant l'abattoir de Saint-Esprit, le mercure affiche encore 29 degrés, avec un humidex de 39, compte tenu des 69 % d'humidité. Des militants de Montreal Pig Save arrêtent des camions chargés de porcs pendant que d'autres se précipitent sur le côté des véhicules.

Des activistes tenant des pancartes s'interposent devant des agents de la SQ masqués.

Des activistes stoppent des camions devant un abattoir de porcs de Saint-Esprit, au Québec, le 12 août.

Photo : Gracieuseté : Montreal Pig Save

Bouteilles d'eau à la main, ils font boire les cochons qui s'empressent de passer leurs groins par les ouvertures en métal de la remorque. À l'intérieur, il n'y a pas de ventilation mécanique, rien à boire ni manger.

Un activiste fait boire une bouteille d'eau à un cochon par la fenêtre d'un camion.

Un activiste donne de l'eau à un cochon dans le camion qui le transporte vers l'abattoir.

Photo : Gracieuseté : Montreal Pig Save

Un activiste mesure la température à l'intérieur du camion à l'aide d'un thermomètre infrarouge. Résultat : 38 degrés, avec un humidex de 48.

Une personne tient un thermomètre à l'extérieur d'un camion transportant des porcs.

Prise de température dans un camion transportant des porcs à l'abattoir, le 12 août, à Saint-Esprit, au Québec.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté : Montreal Pig Save

Selon le Règlement fédéral sur la santé des animaux, il est interdit de transporter un animal dans un véhicule s’il risque de souffrir, de subir une blessure ou de mourir en raison d’une ventilation inadéquate ou en raison de son exposition aux conditions météorologiques ou environnementales.

Mais Ottawa ne précise pas de limites de températures. C'est l'industrie qui a ses propres normes, non contraignantes.

Ce graphique présenté par les Éleveurs de porcs du Québec à ses membres est tiré du « Guide de référence sur la manipulation et le bien-être des porcs durant le transport ».

Ce graphique présenté par les Éleveurs de porcs du Québec à ses membres est tiré du « Guide de référence sur la manipulation et le bien-être des porcs durant le transport ».

Photo : Radio-Canada / Documentation interne des Éleveurs de porcs du Québec

Selon le Guide de référence sur la manipulation et le bien-être des porcs durant le transport, les conditions météo mesurées le 12 août correspondent au seuil de danger pour les porcs. Parmi les mesures à prendre, le transport aurait dû se faire durant la nuit, ce qui n'a pas été le cas.

Des camions en file transportent des porcs.

Des camions de transport de porcs

Photo : Gracieuseté : Felix Sieder

Jade Boss, une activiste de Montreal Pig Save, déplore cette autorégulation de l'industrie.

« Ce sont déjà des normes absolument aberrantes, mais en plus elles ne sont même pas respectées. »

— Une citation de  Jade Boss, porte-parole de Montreal Pig Save

Le Québec est le plus grand producteur de porcs d'abattage du Canada. Chaque année, 7 millions de porcs sont élevés dans la province pour être mangés.

Des cochons s'entassent dans un camion.

Des cochons dans un camion de transport vers l'abattoir.

Photo : Gracieuseté : Felix Sieder

Dans leur documentation interne, les Producteurs de porcs du Québec reconnaissent que les porcs sont beaucoup plus sensibles aux températures chaudes que d'autres animaux d'élevage et que les canicules sont particulièrement difficiles à vivre pour les porcs.

Le cochon n'a pas la capacité de perdre de la chaleur par la transpiration, rappelle le vétérinaire à la clinique DMV, à Montréal, Jean-Jacques Kona-Boun, lui-même militant de la cause animale.

« Il y a toute une campagne, en ce moment, pour les chiens qu'on laisse dans les voitures. Il y a des endroits où on peut avoir des amendes salées. Donc, les porcs, c'est la même chose. »

— Une citation de  Jean-Jacques Kona-Boun, vétérinaire à la clinique DMV de Montréal

Le vétérinaire regrette que le flou réglementaire laisse la décision au bon vouloir et [à] l'interprétation très subjective des personnes impliquées.

David Duval, président, Éleveurs de porcs du Québec.

David Duval, président, Éleveurs de porcs du Québec

Photo : Radio-Canada

Le producteur n'a aucun intérêt à faire transporter ses porcs dans de mauvaises conditions, dit le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval.

Il explique aussi que les camionneurs spécialisés doivent obtenir une certification à la suite d'une formation qui traite du bien-être animal.

Le vétérinaire [de l'Agence canadienne d'inspection des aliments] a la responsabilité de vérifier si les animaux ont souffert, rappelle M. Duval. Si tel est le cas, le transporteur s'expose à des amendes de plusieurs milliers de dollars.

David Duval critique les activistes qui, selon lui, font plus de mal que de bien en manifestant.

« Quand on arrête le camion, c'est comme si on fermait complètement les trappes. Chaque minute que les militants retardent le camion de rentrer sur son quai de chargement vient nuire au bien-être de l'animal. »

— Une citation de  David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec

Plus de morts dans le transport à cause de la grève

En raison des 108 jours de grève au principal abattoir québécois, chez Olymel, à Vallée-Jonction, les porcs québécois ont beaucoup grossi, ce qui les a rendus encore plus vulnérables à la chaleur.

Selon les Éleveurs de porcs du Québec, la mortalité a augmenté durant le transport ces dernières semaines, à cause de la grève. Quand les bêtes étaient transportées vers d'autres provinces ou aux États-Unis, on en retrouvait 15 % de mortes à l'arrivée.

Jusqu'à 28 heures sans manger ni boire

Le Règlement fédéral sur la santé des animaux a été modifié en 2019 pour faire passer la durée maximale durant laquelle un porc peut être transporté sans eau ni nourriture de 36 à 28 heures. Mais c’est encore largement insuffisant, se plaignent les militants pour le bien-être animal.

Selon des chiffres du gouvernement datant d’avant la modification réglementaire, 2 % de tous les envois d’animaux transportés au Canada n’étaient pas en conformité avec les exigences.

« Environ 16 millions d’animaux par année sont susceptibles de souffrir durant le transport, dont 1,59 million d’animaux [volaille ou autres bovins] par année déclarés morts à l’arrivée à leur destination finale. »

— Une citation de  Extrait du règlement de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, en 2019

Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments, de récentes données scientifiques montrent que le transport peut être l’une des expériences les plus stressantes pour les animaux, lorsque des mesures ne sont pas prises pour tenir compte de leur bien-être.

Ce sont leurs dernières minutes de vie, rappelle Jade, de Montreal Pig Save. Personne n'est obligé de manger des animaux, c'est un choix cruel qu'on fait en tant que société.

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