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Homme noir abattu à Repentigny : « J’ai appelé pour de l’aide, et on a tué mon fils »

La famille de la victime et des organismes demandent une enquête sur le service de police de Repentigny ainsi que sa mise sous tutelle.

La mère tient un cadre dans lequel se trouve une photo de son fils.

Marie-Mireille Bence veut des réponses après la mort de son fils lors d'une intervention des policiers de Repentigny.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Les proches de Jean René Junior Olivier, un homme noir abattu par des policiers à Repentigny dimanche matin, ont vertement dénoncé l’intervention fatale des forces de l’ordre qui s’inscrit, selon eux, dans une longue série d’incidents à caractère raciste entre le service de police de la Municipalité et des personnes noires.

Marie-Mireille Bence a relaté, lundi après-midi, que c’est elle qui a appelé les services d’urgence dimanche en voyant que son fils de 37 ans était en crise et qu’il tenait un couteau de table. Il m’a dit qu’il voyait des gens autour de lui, des gens qui voulaient lui faire du mal, s’est-elle remémoré lors d’un point de presse.

Des gens sont debout, la tête baissée, et semblent se recueillir.

La mère de la victime, Marie-Mireille Bence, et son fils, Kayshawn Olivier

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Six policiers du Service de police de la Ville de Repentigny (SPVR) se sont présentés en réponse à l’appel de Mme Bence. Ils ont ensuite demandé à elle et à son frère d'entrer dans leur maison et de verrouiller la porte. C’est là que la femme aurait entendu des coups de feu.

Contrairement aux informations préliminaires transmises au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Jean René Junior Olivier n’était pas menaçant au moment où les policiers ont ouvert le feu, affirme Mme Bence, puisqu’il ne tenait plus son couteau.

Les policiers, quand ils tuent quelqu’un, qu’est-ce qu’ils sont? […] Pour moi, ils sont des criminels.

Une citation de :Marie-Mireille Bence

Pourquoi n’ont-ils pas utilisé un pistolet à impulsion électrique? a demandé quant à elle la cousine de Jean René Junior Olivier, Dolmine Laguerre. Pour tirer trois balles sur quelqu’un, vous devez savoir ce que vous faites, a-t-elle martelé, en ajoutant qu’elle ne se sent plus en sécurité.

Un gros plan d'un petit couteau de cuisine, tenu par une femme.

Dolmine Laguerre, la cousine de la victime, montre un couteau similaire à celui que tenait Jean René Junior Olivier avant sa mort.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Des comportements à répétition

Les autorités font la sourde oreille. Être noir à Repentigny, ce n’est pas facile, a lancé pour sa part François Ducas, un enseignant qui a été victime de profilage racial. Il a dénoncé le fait qu'il se faisait apostropher régulièrement parce qu'il conduisait une BMW. Le problème était tel qu’il a décidé de quitter Repentigny.

Il a porté plainte contre le SPVR auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), qui lui a ultimement donné raison. Les décisions de la Commission ne sont pas contraignantes, mais elle a proposé que la Ville verse 35 000 $ à M. Ducas.

François Ducas donne une entrevue à la caméra devant sa voiture de marque BMW.

François Ducas a porté plainte à la Commission des droits de la personne contre la Ville de Repentigny et son service de police pour profilage racial (archives).

Photo : Radio-Canada

Ça fait plusieurs années qu’on dénonce l’intervention des policiers à Repentigny. Il y a eu pas mal de cas d’interpellations problématiques, a fait valoir Pierre-Richard Thomas, coordonnateur de Lakay Média.

Selon lui, il faut ouvrir une enquête sur le service de police de Repentigny – une requête formulée également en 2019, mais qui est restée lettre morte – et le placer sous tutelle.

Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), a noté que des militants ont fait parvenir des recommandations pour mettre fin au profilage racial à François Legault, qui est aussi député de L'Assomption, où se trouve Repentigny. Ces recommandations n’ont fait l'objet d'aucun suivi, a-t-il déploré.

Qui plus est, la CDPDJ a statué quatre fois contre la Ville ces dernières années, d’après M. Niemi. Or, à chaque occasion, Repentigny a choisi de laisser le dossier aller au Tribunal des droits de la personne plutôt que d’accepter le règlement proposé.

Au début du mois de juillet, par exemple, la CDPDJ a conclu que la Ville de Repentigny avait fait preuve de discrimination envers Leslie Blot en 2017, lorsque des agents l’avaient arrêté, menotté, puis lui avaient donné des constats d’infraction alors qu’il était assis sur le siège passager d’une voiture garée et gonflait des ballons pour ses enfants.

Des démarches en cours au service de police

Les cabinets de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, et du ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, n’ont pas voulu commenter les événements de dimanche, puisqu’ils font l’objet d’une enquête du BEI. Le SPVR ne s'est pas non plus exprimé directement sur les événements.

Au sein de notre organisation, la sensibilité n’était peut-être pas aussi présente qu’on l’aurait souhaité, a cependant reconnu lors d’un autre point de presse Helen Dion, directrice du SPVR.

Une policière tient une conférence de presse. Un autre policier se trouve derrière elle.

Helen Dion, directrice du Service de police de la Ville de Repentigny, en conférence de presse.

Photo : Radio-Canada / Mélissa François

À ce stade-ci, le profilage racial est présent partout au Québec, dans toutes les institutions, a-t-elle ajouté. C’est une situation sur laquelle on travaille.

Les représentants du SPVR ont indiqué que l’organisation travaille depuis environ huit mois sur une réforme de certaines de leurs pratiques. On est rendu à l’étape du diagnostic pour en sortir des stratégies : comment on va réagir dans certaines sphères d’interventions, a précisé le directeur adjoint du corps policier, Éric Racette. Ce diagnostic représente la deuxième phase d’une démarche en cinq temps, a-t-il ajouté.

En 2020, seuls 3 des quelque 120 policiers de Repentigny se déclarent issus des minorités visibles.

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