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La redevance de 1,05 $ sur les courses de taxi est là pour rester

Le toit d'un taxi de Rimouski

La pandémie a bousculé les prévisions du ministère des Transports (archives).

Photo : Radio-Canada / Denis Leduc

La redevance de 1,05 $ perçue sur chaque course de taxi est là pour rester. Cette mesure, en vigueur depuis le 1er janvier 2021, devait durer cinq ans, mais sera finalement d'une durée indéterminée.

Grâce à cette redevance, le ministère des Transports (MTQ) avait prévu recevoir environ 45 millions de dollars en 2021. Québec prévoyait que les montants perçus augmenteraient d'année en année, pour éventuellement atteindre un total de 270 millions de dollars au bout de 5 ans.

Cette somme servirait à assumer une partie du coût de la compensation versée aux propriétaires de permis de taxis, dont la valeur s'est écroulée à cause de la loi 17.

Or, la pandémie a changé la donne.

Au premier trimestre de 2021, le MTQ a reçu seulement 2,4 millions de dollars en redevances.

Il n’est actuellement pas possible d’établir un échéancier précis pour atteindre un montant de redevances de 270 millions de dollars puisque la société en général et l’industrie du transport rémunéré de personnes sont en pleine transformation depuis la pandémie, explique par courriel le porte-parole du ministère, Nicolas Vigneault.

Toute personne qui effectue du transport rémunéré de personnes, que ce soit par taxi traditionnel ou par l’intermédiaire de plateformes comme Uber ou Lyft, devra donc continuer à percevoir la redevance pour une durée indéterminée. Les usagers, eux, devront continuer de la payer.

Taxis découragés

Dans l’Est-du-Québec, les acteurs de l’industrie se disent découragés, et la perspective de devoir continuer à percevoir la redevance pour une durée indéterminée vient s'ajouter aux difficultés auxquelles ils font déjà face.

À Matane, l’arrivée de nouvelles personnes proposant des services de transport a déséquilibré le marché, selon Sébastien Bouffard, copropriétaire de Taxi Matane.

On a perdu de la clientèle, il y a beaucoup de monsieur et madame Tout-le-monde qui font du taxi, et ça, ça n’a pas aidé, explique-t-il.

Manifestant dans la rue. Voitures de taxi placardées de slogans contre le gouvernement.

En 2019, les chauffeurs de taxi matanais avaient manifesté contre le projet de loi 17 (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Il ajoute que les bouleversements entraînés par la loi 17 ont eu un impact psychologique très dur pour lui.

J’ai essayé de décrocher et passer à autre chose. Comme pour plusieurs d’entre nous, ça a été très dur, raconte-t-il.

Je ne suis plus ça ben ben, c’est meilleur pour ma santé mentale.

Une citation de :Sébastien Bouffard, copropriétaire de Taxi Matane

Il ne ferme pas la porte à quitter l’industrie.

Je fais mon petit train présentement, j’ai même arrêté de m’investir, je prends ça une journée à la fois, puis demain est un autre jour et je verrai rendu là.

« Des collecteurs de fonds »

Selon Serge Lebreux, porte-parole de l'Association des taxis des régions du Québec, plusieurs propriétaires de permis n’ont pas été indemnisés à juste titre lorsque Québec leur a envoyé leur chèque.

Maintenant, ces anciens propriétaires de permis de taxi doivent continuer à percevoir cette redevance dont ils ne verront pas la couleur.

Le gouvernement a décaissé tout près de 900 millions de dollars en avril 2020 pour compenser les propriétaires de permis de taxi. Il fallait qu’ils se repayent quelque part, donc ils ont créé une redevance, et vont se rembourser avec ça, analyse-t-il.

À Rivière-du-Loup, Steeve Malenfant, propriétaire de Taxi Beaulieu, considère que la loi 17 bénéficie surtout aux chauffeurs de taxi des grands centres, mais qu'elle vient étouffer les propriétaires d'entreprises de taxi en région comme lui.

Les chauffeurs des grands centres sont capables de faire du taxi à moindre coût, avec des enregistrements et des assurances qui coûtent moins cher, explique-t-il.

Il estime être lésé par la faible compensation qu'il a reçue de Québec.

J’ai payé 750 000 $ pour 15 permis de taxi à Rivière-du-Loup. M. Bonnardel m’a remboursé 338 000 $, avance-t-il.

Cette situation est aussi dénoncée par Éric Dufour, nouveau propriétaire depuis l’automne de Taxi Carillon, à Sept-Îles.

Avec la loi 17, le gouvernement a fait chuter la valeur de l’entreprise, mais en plus, ils veulent que ça soit les clients qui payent pour ça, déplore-t-il.

On est devenu des collecteurs de fonds pour le gouvernement.

Une citation de :Éric Dufour, propriétaire de Taxi Carillon

À Matane, Sébastien Bouffard, copropriétaire de Taxi Matane, se considère chanceux de ne pas avoir à essuyer trop de pertes.

Pour moi, vu que ça faisait pas longtemps que j’étais propriétaire, ça faisait moins de pertes, mais pour ceux que ça faisait plusieurs années, c’est sûr que ça faisait de plus grosses pertes. Certains ont dû repousser leur retraite.

Manque de chauffeurs

Le manque de chauffeurs fait en sorte que dans certaines régions, les services de base qu'assurent habituellement les taxis ne sont plus offerts.

À Rimouski, en moyenne deux chauffeurs sont disponibles en soirée, par rapport à dix avant la pandémie.

Pour le président de Taxi 800, Nelson Lévesque, le recrutement est aussi très difficile.

Quand on leur dit que c'est chauffeur de nuit, c'est moins intéressant. En plus, c'est pas facile de recruter : les gens souvent y viennent, ils font quelques jours pis après ça ils se découragent et vont trouver autre chose.

À Gaspé, l'entreprise de Serge Lebreux, Taxi Porlier, n'offre plus ses services à compter de 17 heures, et ce, en pleine saison touristique.

Les gens qui sont mal pris, qui sont sur la brosse, qui n’ont pas de famille et qui ont des rendez-vous médicaux, on fait quoi avec ces gens?

Une citation de :Serge Lebreux, porte-parole de l'Association des taxis des régions du Québec

À Sept-Îles, Éric Dufour dénonce quant à lui la lourdeur administrative pour l’obtention d’un permis de transport : on est plus capable d’aller chercher des chauffeurs à cause de ça.

J’ai rencontré au moins une vingtaine de personnes cet hiver, et aussitôt qu’ils voyaient la complexité et le coût, ils laissaient faire et il en a qui sont allés travailler ailleurs, déplore-t-il.

Des ambulanciers en guise de taxi

À Gaspé, le manque de taxis oblige les ambulanciers à raccompagner chez eux des patients qui sortent de l’hôpital.

Une telle situation se produirait deux à trois fois par semaine depuis la mi-mai, généralement en soirée, selon le CISSS de la Gaspésie, qui en assume les coûts.

Pour Daniel Côté, maire de Gaspé et président de l'Union des municipalités du Québec, l'une des solutions passe par l'immigration, et surtout faire en sorte qu'elle s'établisse en région.

Tous les enjeux de la régionalisation de l'immigration, ce sont des enjeux qui sont primordiaux si on veut combler notre pénurie de main-d'œuvre, explique-t-il.

Avec les informations de Jean-Philippe Guibault

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