•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Birmanie : la junte marque les six mois du coup d’État, malgré l’urgence sanitaire

Des manifestants tiennent des torches et brûlent des drapeaux.

Des manifestants birmans ont brûlé des drapeaux lors de protestations contre le coup d'État à Rangoon, le 29 juillet 2021.

Photo : afp via getty images / -

Agence France-Presse

Terrifiés par la répression de la junte et la flambée de coronavirus, très peu de Birmans ont osé descendre dans la rue dimanche pour marquer l'anniversaire des six mois du coup d'État qui a plongé le pays dans le chaos.

Une semaine après avoir annulé le résultat des législatives de 2020, remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a pris la parole pour promettre la tenue d'un nouveau scrutin multipartite et démocratique (...) d'ici août 2023.

La Birmanie est prête à collaborer avec l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), a ajouté le général.

Les ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN doivent se réunir lundi et entériner la désignation du vice-ministre des Affaires étrangères thaïlandais, Virasakdi Futrakul, comme envoyé spécial du bloc chargé de promouvoir le dialogue entre la junte et ses opposants.

Sur les réseaux sociaux, de jeunes opposants ont exhorté à la chute du régime.

Je promets de combattre cette dictature aussi longtemps que je vivrai, Nous ne nous agenouillerons pas sous les bottes des militaires, ont-ils affirmé, faisant le salut à trois doigts en signe de résistance.

Des femmes masquées lèvent le bras droit et font un salut à trois doigts.

Des femmes birmanes font le salut à trois doigts lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire à Mandalay, le 10 juillet 2021.

Photo : afp via getty images / -

De petites manifestations ont été organisées, comme à Kaley (ouest) où des habitants ont défilé sous des banderoles en hommage aux prisonniers politiques. Les chants des détenus sont des forces pour la révolution, pouvait-on lire sur l'une d'entre elles.

Mais la majorité des Birmans sont restés enfermés chez eux, terrorisés par la violence des forces de sécurité et la flambée épidémique.

Réactions internationales

Le Royaume-Uni, l'ex-puissance coloniale, a averti les Nations unies que la moitié de la population, soit environ 27 millions de personnes, pourrait être infectée par la COVID-19 dans les deux prochaines semaines, qualifiant la situation de désespérée et exhortant le Conseil de sécurité des Nations unies à agir pour permettre la livraison de vaccins.

L'ONU estime que seuls 40 % des établissements de soins du pays sont encore fonctionnels alors qu'une grande partie du personnel médical est toujours en grève pour protester contre le coup d'État.

Certains soignants, visés par des mandats d'arrêt, sont en fuite alors que d'autres sont déjà sous les verrous.

L'armée birmane utilise le COVID-19 comme arme contre la population, a récemment déploré Susanna Hla Hla Soe du gouvernement d'unité nationale, mis en place par des opposants dans la clandestinité.

Le corps médical n'est pas le seul visé. En six mois, 940 civils ont été abattus par les forces de sécurité, dont 75 mineurs, des centaines ont disparu et plus de 5400 sont derrière les barreaux, d'après une ONG de surveillance.

Meurtres, disparitions forcées, actes de torture, viols (...) ces attaques contre la population s'apparentent à des crimes contre l'humanité pour lesquels les responsables doivent être amenés à rendre des comptes, a relevé samedi Brad Adams, directeur pour l'Asie d'Human Rights Watch.

Résistance

Malgré la dureté du régime, la résistance s'organise.

Les manifestations pacifiques ont laissé place à une riposte armée conduite par des milices citoyennes, les Forces de défense du peuple (PDF).

Certaines mènent une guérilla urbaine, d'autres ont trouvé refuge au nord et à l'est du pays dans des territoires contrôlés par des factions ethniques rebelles qui les entraînent et lancent leurs propres opérations contre les militaires.

Ces différentes mouvances restent autonomes les unes des autres pour maintenir un maximum de fronts ouverts.

Toutefois, il y a un esprit d'unité fort contre l'armée et pour une Birmanie fédérale. C'est totalement nouveau dans le pays, dominé depuis son indépendance en 1948 par des conflits interethniques, souligne Françoise Nicolas, directrice Asie à l'Institut français des relations internationales.

La junte contrôle l'économie

Si sur le plan militaire la junte est déstabilisée par ces groupes d'insurgés, elle garde la mainmise sur le plan économique.

Elle gère de nombreuses entreprises, de la bière aux pierres précieuses, et a repris le contrôle depuis le putsch sur le gaz naturel, qui représente une rente annuelle d'environ 1 milliard de dollars.

Les sanctions financières mises en place par les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni n'ont pas fait plier les généraux, protégés par leurs alliés chinois et russes.

Et la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, adoptée fin juin pour appeler tous les États membres à empêcher l'afflux d'armes vers le pays, n'est pas contraignante.

Inculpée d'une multitude d'infractions (importation illégale de talkies-walkies, corruption, sédition, etc. ), Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, risque, elle, de longues années de prison.

Un premier procès, dénoncé comme une parodie de justice par de nombreux observateurs, s'est ouvert mi-juin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !