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Se définir non binaire dans une langue genrée : le défi de Philippins

Portrait de Nelson Agustín et de Tin Lorica un micro à la main.

Nelson Agustín (à gauche) et Tin Lorica (à droite) sont deux artistes philippino-canadiens dans le Grand Vancouver.

Photo : Gian-Paulo Mendoza

Radio-Canada

Des Philippins tentent de concilier leur identité non binaire avec le tagalog qui, comme le français, est une langue construite de façon genrée.

C’était un peu difficile de définir moi-même mon identité en tagalog, parce que je ne pense pas qu’il existe de mot adéquat pour définir non-binaire, soutient Nelson Agustín, qui a réalisé seulement après avoir immigré des Philippines qu'il se définissait ni comme un homme ni comme une femme, sa langue maternelle étant peu inclusive. 

Le mot le plus proche, serait le mot 'bakla' en tagalog qui veut dire gai, explique Nelson Agustín.

Bakla renvoie généralement à un homme cisgenre, qui adopte une expression de genre féminin, peu importe s’il est homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel. Le tagalog comprend également le mot binalaki, qui signifie littéralement fait homme, caractérisant généralement les personnes lesbiennes philippines. 

Les Philippins gais, bisexuels ou non binaires peuvent dont s’identifier par bakla ou binalaki. Mais beaucoup de non binaires rejettent ces mots, car ils induisent une identité de genre précise Nelson Agustín.

Nelson Agustín estime que le mot bakla prend ses racines dans le patriarcat : Quand on appelle une personne 'bakla', ça veut dire qu’elle n’est ni suffisamment masculine ni suffisamment macho. Cette personne qui a des caractéristiques ou manières féminines est considérée comme faible.

Un point d’entrée 

L'humoriste et poète Tin Lorica se définit également comme non binaire, mais se sent à l’aise avec la dénomination bakla.

Cette personne ayant immigré au Canada des Philippines dans sa jeunesse, a réussi à définir son identité de genre queer avant de comprendre ce qu'elle représentait en tagalog. Pour Tin Lorica, bakla définit les Philippins queer. 

C’est comme un point de départ dans la communauté queer philippine. Évidemment, il y a plusieurs façons d’être queer, même si je comprends que ce terme en soi est limité, soutient Tin Lorica. 

Héritage précolonial 

May Farrales, professeure agrégée en genre, sexualité et études des femmes à l’Université Simon Fraser, soutient que certains considèrent le mot bakla comme continuité de ce qu’il représentait avant la colonisation. 

Avant l’arrivée des Espagnols aux Philippines dans les années 1500, le terme bakla représentait un chaman ayant à la fois des caractéristiques masculines et féminines. Un concept qui contrastait avec la culture introduite par les colons. 

Ils ont amené avec eux ce langage très binaire, l’Espagnol, qui a été renforcé par l’Église catholique très patriarcale, confirme Nelson Agustín. Il n’y a pas de juste milieu, tu es soit un homme, soit une femme, et tout ce qu’il y a entre les deux est un péché.

Ce qui était un archipel de langues différentes et de personnes différentes à la création des Philippines est devenu cette façon genrée de représenter ce qu’est un Philippin acceptable et une Philippine acceptable, renchérit May Farrales. 

Vivre comme bakla au Canada

May Farrales souligne que certains Philippins non binaires ne se retrouvent pas représentés non plus dans la langue canadienne. Il y a des gens à Vancouver pour qui être queer, c’est être blanc, dit-elle. Ils s’en remettent aux mots bakla ou tomboy [garçon manqué] pour se distinguer.

En tant qu’humoriste, Tin Lorica tente de faire tomber ces barrières de différences de genre sur scène en se présentant comme Philippin non-binaire. 

De son côté, Nelson Agustín a bon espoir que le tagalog peut évoluer pour être plus inclusif. Avec le temps, il a réalisé que davantage de Philippins queer sont ouverts à prendre en compte le genre comme un spectre, plutôt qu’un choix binaire.

Avec les informations de Ali Pitargue

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