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Jacob Desvarieux, le père du zouk, meurt des suites de la COVID-19

Un homme joue de sa guitare rouge en chantant dans un micro.

Jacob Desvarieux lors d'un concert avec Kassav' à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 1er mai 2009

Photo : afp via getty images / KAMBOU SIA

Agence France-Presse

Le guitariste guadeloupéen Jacob Desvarieux, mort vendredi des suites de la COVID-19, était l'un des fondateurs du groupe Kassav', monument aux Antilles françaises qui a connu un énorme succès dans les années 80 en mélangeant des musiques locales pour créer un style, le zouk.

Âgé de 65 ans, il avait été hospitalisé le 12 juillet après avoir été contaminé par le coronavirus. De santé fragile depuis une greffe rénale, il avait été placé en coma artificiel, selon ce qu'avait récemment indiqué la production du groupe Kassav' qui avait annulé tous les concerts prévus.

Les hommages se succèdent depuis l'annonce de sa mort. Monstre sacré du zouk. Guitariste hors pair. Voix emblématique des Antilles. Jacob Desvarieux était tout cela à la fois, a écrit le président français Emmanuel Macron sur Twitter.

Compositeur de talent, leader du groupe Kassav', il était l'un des pères de la musique afro-antillaise, qu'il a permis de faire rayonner dans le monde entier, a écrit la ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot.

Les Antilles, l'Afrique et la musique viennent de perdre l'un de leurs plus grands ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l'Afrique. Dakar où tu as vécu te pleure. Adieu l'ami, a écrit le chanteur sénégalais Youssou N'Dour vendredi soir sur Twitter.

Des tubes festifs chantés en créole

Au départ, c'était un laboratoire : nous cherchions à trouver une bande-son qui fasse la synthèse de toutes les traditions et sons antérieurs, mais qui soit exportable partout, avait raconté le musicien au journal français Libération en 2016.

Ces efforts ont donné naissance à des tubes festifs et dansants chantés en créole, comme Zouk la sé sel médikaman nou ni (1984) ou Syé bwa (1987).

À travers notre musique, nous interrogions nos origines. Qu'est-ce qu'on faisait là, nous qui étions noirs et parlions français? expliquait à Libération l'homme à la voix douce et voilée et aux cheveux blanchis par les années. Comme les Afro-Américains des États-Unis, nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d'une histoire qui nous avait été confisquée.

Kassav' a explosé en même temps que les musiques du monde : au milieu des années 80, le public avait soif de musiques lointaines et métissées.

Notre musique se devait d'être antillaise, c'est-à-dire reconnue par les Antillais, contrairement à ce qu'il se passait alors avec la world music : il s'agissait d'une musique anglo-saxonne avec un chanteur du tiers-monde, chantant parfois dans sa langue, expliquait Jacob Desvarieux.

Des ingrédients venus de toutes les Caraïbes

Kassav' (en référence à la cassave, une galette de manioc) est fondé en 1979 par des artistes guadeloupéens Pierre-Edouard Decimus (du groupe Les Vikings de la Guadeloupe) et Freddy Marshall.

Ils recrutent d'autres musiciens, dont Desvarieux, né en 1955 à Paris et qui, comme guitariste, revendique des influences rock, de Chuck Berry à Jimi Hendrix.

La base du style du groupe est le gwoka, musique guadeloupéenne marquée par les tambours. Il y ajoute d'autres ingrédients venus de toutes les Caraïbes – compas haïtien, biguine... – et un emballage moderne, avec de la basse, des cuivres et des claviers.

Le premier album de Kassav', Love and Ka dance, sort en 1979. L'année suivante marque la première apparition dans le groupe de celle qui en deviendra l'emblème : la chanteuse martiniquaise Jocelyne Béroard.

Encensé par Miles Davis

Kassav' atteint le pic de sa popularité à la fin des années 80. Il signe un contrat avec la multinationale du disque CBS, sort l'album Vini Pou en 1987 (disque de platine) et reçoit un Victoire de la musique en 1988.

Encensé par le musicien de jazz américain Miles Davis, le groupe enchaîne les concerts dans le monde entier. Et parallèlement aux nombreux albums de Kassav', ses membres sortent des disques solo.

Depuis, la mode du zouk est retombée, mais Kassav' a continué d'attirer un public nombreux en concert.

Monument aux Antilles, le groupe est également très connu en Afrique. Le clip de Syé bwa a d'ailleurs été tourné à Kinshasa, en République démocratique du Congo, qui s'appelait encore à l’époque le Zaïre.

L'Afrique s'est ouverte à nous avant même la France, indiquait Jocelyne Béroard en 2019 au magazine Jeune Afrique.

[Les gens en Afrique] ne comprenaient pas le créole, mais ils répétaient plus ou moins phonétiquement, ou ils créaient leurs propres versions, disait-elle. Zouk la sé sel médikaman nou ni ("le zouk est le seul médicament que nous avons") est, par exemple, devenu "Zouk la, j'ai mangé un demi-kilo de riz"!

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