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Les chefs mi’kmaw font une sortie en règle contre les « Métis acadiens »

Le drapeau métis flottant au vent.

Le drapeau métis

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Pascal Raiche-Nogue

Les chefs mi'kmaw du Nouveau-Brunswick en ont assez de voir des gens se dire « Métis acadiens » et revendiquer des droits. Ils font front commun pour dénoncer ce qu’ils qualifient de manque de respect et d’appropriation.

Nous sommes préoccupés par des tentatives récentes de la part de certains individus qui revendiquent des droits sur notre territoire à titre de Métis acadiens, disent les chefs des neuf communautés mi’kmaw de la province.

Selon eux, ces revendications sont irrespectueuses de l’histoire des Acadiens et des Mi’kmaq. De plus, ils ajoutent qu’elles ne sont pas appuyées par des faits.

Elles ne sont pas reconnues par les tribunaux, les Mi’kmaq ou la Nation métisse. Nous ne pouvons pas continuer de laisser des individus revendiquer notre héritage ou parler au nom de notre peuple, affirment les neuf chefs.

Les chefs disent qu'à titre de leaders, ils ont été élus par la majorité des membres de leur communauté afin de représenter leurs intérêts.

Cette responsabilité s’étend au-delà des limites de nos réserves et nous prenons cela très au sérieux, peut-on lire dans la déclaration.

Les chefs affirment également que le territoire non cédé de leur peuple comprend aussi le parc national de Kouchibougouac et qu’ils négocient avec Parcs Canada pour faire reconnaître les droits des Mi’kmaq dans ce secteur.

Cette mention du parc de Kouchibougouac n’est pas anodine. C’est là qu’a milité pendant des décennies celui qui est sans aucun doute le plus connu des soi-disant Métis acadiens, Jackie Vautour.

Jackie Vautour devant sa demeure.

Le militant Jackie Vautour

Photo : Radio-Canada

À compter de la fin des années 1990, celui qui s’est opposé à l’expropriation des résidents du parc a tenté de faire reconnaître l'existence d'une communauté métisse acadienne et de droits ancestraux. Il a essuyé un refus après l'autre devant les tribunaux.

Jackie Vautour est décédé en février 2021. Ses proches luttent toujours contre Parcs Canada. L’agence exige qu’ils déplacent l’ancienne maison d’Yvonne et Jackie Vautour ainsi que leurs biens.

Des membres de la famille Vautour sont toujours présents dans le parc, où ils affichent des symboles autochtones et métis tels que des drapeaux, un feu dit sacré et un tipi.

Ce n’est pas une bonne idée d’essayer de diviser la famille

L’avocat qui représentait la famille Vautour et un groupe d’expropriés depuis des années, Michael Swinwood, rejette du revers de la main les critiques des chefs mi’kmaw. Il les accuse de vouloir diviser.

La relation entre les Métis et les Mi’kmaq, c’est une relation familiale. Ce n’est pas une bonne idée d’essayer de diviser la famille, a-t-il dit en entrevue avec Radio-Canada Acadie.

Il note que ces leaders élus sont à la tête de réserves autochtones, des structures créées par le gouvernement fédéral.

Le gouvernement fédéral leur donne l’argent, ils font un budget et ils administrent. Et, c’est tout. Le droit ancestral des Mi’kmaq, réside avec les peuples traditionnels. Ceux qui sont traditionnels, ce sont eux qui peuvent avancer pour le peuple mi’kmaw, pas des agents du gouvernement, dit-il.

Michael Swinwood interviewé devant le palais de justice de Moncton.

L'avocat Michael Swinwood rejette les critiques des chefs mi’kmaw.

Photo : CBC/Shane Magee

Michael Swinwood allègue que les chefs élus n’ont pas de pouvoirs à l’extérieur des réserves et que ce sont plutôt les leaders traditionnels qui peuvent défendre les droits et les intérêts des Autochtones, des leaders comme Stephen Augustine.

Ce chef héréditaire néo-écossais est membre du Grand conseil mi’kmaw. Il s’est déjà prononcé en cour en faveur de la reconnaissance de la communauté métisse acadienne au Nouveau-Brunswick. II appuie la famille de Jackie Vautour depuis des années.

Ce qu’ils font est clairement de l’appropriation

L’avocate Pam Palmater, présidente de la gouvernance autochtone à l’Université Ryerson, ne partage pas du tout l’avis de Michael Swinwood.

J’appuie pleinement les chefs du Nouveau-Brunswick, affirme cette experte mi’kmaw originaire de la Première Nation d’Eel River Bar.

Elle ne mâche pas ses mots au sujet des personnes qui se disent Métis acadiens ou qui affirment qu’il existe une communauté métisse historique dans les provinces maritimes.

Pam Palmater souriante.

L'avocate Pam Palmater ne partage pas l’avis de Michael Swinwood.

Photo : Courtoisie Pam Palmater

Ce sont des nouveaux groupes de personnes non-autochtones qui essaient de faire valoir des droits et des titres sur notre territoire. Et ce qu’ils font est clairement de l’appropriation. Et ils n’ont pas le moindre lien avec quelque nation que ce soit au Nouveau-Brunswick ou dans les Maritimes.

Pam Palmater reconnaît que le système des réserves autochtones a été imposé par la Loi sur les Indiens et qu’il y a des limites aux pouvoirs des chefs élus. Mais cela ne veut pas dire que leur avis n’a pas d’importance.

Quand on parle d’identité, on ne peut certainement jamais rabaisser les chefs des Premières Nations, les conseillers et les personnes sur le terrain qui ont très légitimement leur mot à dire sur qui est Mi’kmaw et qui n’est pas Mi’kmaw, dit-elle.

Quant aux leaders traditionnels – comme le chef héréditaire néo-écossais Stephen Augustine – qui œuvre dans un système de gouvernance qui existe depuis bien plus longtemps que celui des réserves – ils ont leur place, selon Pam Palmater.

Mais lui (Stephen Augustine), à titre individuel, ne représente pas le Grand conseil mi’kmaw ou tous les gouvernements mi’kmaq dans Mi’kmaki (le territoire traditionnel des Mi’kmaq), qui inclut le Nouveau-Brunswick. L’opinion d’une personne n’invalide certainement pas l’opinion de la Nation mi’kmaw, des Premières Nations mi’kmaq ou des experts mi’kmaq dans cette région.

La SANB appuie les chefs mi’kmaw

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a elle aussi sauté dans la mêlée. Dans un communiqué de presse, elle appuie la sortie des neuf chefs mi’kmaw.

Le président de l'organisme, Alexandre Cédric Doucet, soutient qu’il y a une différence importante entre les Métis (un peuple distinct, principalement dans le centre du Canada, qui a des droits reconnus) et les personnes métisses (dont les parents ont des origines différentes).

Alexandre Cédric Doucet en entrevue par vidéoconférence.

Le président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, Alexandre Cédric Doucet

Photo : Radio-Canada

Bien qu’il ait eu et qu’il continue à avoir des métissages entre des personnes et des familles acadiennes et autochtones, les historiens et les juristes ne reconnaissent pas l’existence d’une nation métisse distincte dans l’est canadien. Prétendre ainsi représente une forme d’appropriation culturelle malsaine, dit-il.

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