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Le rocher Percé pourrait-il un jour avoir un deuxième trou?

L'emblème de la Gaspésie est condamné à changer perpétuellement en raison de l'érosion de sa roche hautement friable.

Le rocher Percé devant un grand ciel bleu.

Le visage du rocher Percé a changé au fil des siècles et sa transformation est loin d'être terminée.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La question trouvera sans doute réponse dans plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'années. Toutefois, force est de constater que l'érosion constante du rocher Percé permet déjà d'avancer quelques hypothèses sur l'avenir du bloc de calcaire qui fait la renommée de la Gaspésie.

Sur la façade nord-est de l'immense bloc de calcaire, à plus de 40 mètres de hauteur, une cavité profonde d'au moins 10 mètres de diamètre s'élargit peu à peu. Pour l'observer, il faut prendre le bateau, car elle est située du côté opposé au village de Percé.

Le deuxième trou en formation du rocher, situé à l'arrière

L'enfoncement se trouve dans la partie supérieure du rocher, à l'extrémité nord-est.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

On a comme une espèce de gros œil qui est en train de se former qui est en train de forger le nouveau visage du rocher, lance le directeur du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, Rémi Plourde.

Le rocher percé vu de l'arrière, en bateau.

La cavité est visible seulement lorsqu'on se trouve à l'est du rocher.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ce trou-là a été formé après la fonte des glaciers, explique le responsable des sciences de l'éducation au Géoparc Mondial UNESCO de Percé, Max Deck-Léger. À cette époque, le niveau de la mer ici était d'environ 40 mètres plus haut. Alors l’action des vagues, au lieu de faire de l’érosion au niveau du rocher où on le voit maintenant, érodait 40 mètres plus haut et ça creusait des trous à cet endroit-là.

Les redoux hivernaux de plus en plus fréquents contribuent à accélérer l'érosion de cette cavité.

L’eau s’infiltre dans la roche, gèle et fait éclater le calcaire. Ça permet à l’eau d’aller plus loin chaque fois, explique Rémi Plourde. Compte tenu du fait qu’on vit de plus en plus des hivers avec de températures oscillant autour de -1, 0 ou 1 degré, c’est ce qui fait en sorte que l’érosion est accentuée.

Rémi Plourde, directeur du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, pose devant le Rocher Percé

Rémi Plourde, directeur du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, décrit le nouveau trou du Rocher Percé comme un « espèce de gros œil».

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Cependant, bien malin est celui qui peut prédire de quelle façon l'érosion fera son œuvre.

Est-ce que ça va traverser de bord en bord du rocher, est-ce que le trou pourrait déboucher par en haut? se demande le directeur du parc national qui attire dizaines de milliers de personnes chaque année. La réponse, je pense que ce n’est pas nous qui allons le voir, admet-il.

Une cavité dans la partie supérieure du rocher Percé.

L'anfractuosité n'est pas soumise à l'érosion des vagues, mais celle du gel et du dégel.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Des grottes plus sujettes à percer le rocher?

De son côté, Max Deck-Léger estime qu'il est peu probable que cette cavité perfore complètement le rocher, car elle se trouve bien au-dessus du niveau de la mer.

C’est l’action des vagues qui va creuser des trous comme celui qui perce déjà le rocher, affirme-t-il.

Max Deck-léger porte une casquette et pose devant le rocher percé et la mer.

Max Deck-Léger est responsable de l'éducation et des sciences au Géoparc Mondial UNESCO de Percé. L'organisme a pour mission de préserver la géologie du site de Percé.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

M. Deck-Léger précise que le rocher Percé est composé de strates rocheuses verticales, et non horizontales. Ce faisant, il pense que la cavité située en haut du rocher aura tendance à s’effriter en plaques, plutôt qu’à se creuser vers l’intérieur.

Des strates rocheuses sont placées à la verticale au bout du rocher.

En contournant l'obélisque du rocher, les strates rocheuses verticales qui forment le rocher Percé sont très visibles.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’érosion du haut du rocher est surtout causée par les cycles de gel et de dégel, renchérit Max Deck-Léger. Ce que ça va faire, c’est que ça va arracher des couches de roches verticalement, un peu comme de la peinture qui se détache sur une maison. Alors le rocher va s’amincir, si on veut.

Il mise plutôt sur les grottes formées à la base du rocher pour prédire l'apparition d'un deuxième trou.

On dirait qu’il y a des petits trous qui sont en train de se former, dit-il en pointant le milieu du rocher. On verra dans plusieurs milliers d’années où on en est rendu, lance M. Deck-Léger en riant.

Le trou du rocher percé vu de près.

Des grottes se sont formées au pied du rocher en raison du mouvement de l'eau.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les paris géologiques sont donc ouverts. Une chose est sûre; ça ne serait pas la première fois que l’érosion viendrait changer le visage du rocher. Des illustrations du 17e et 18e siècle démontrent que le géant de calcaire a déjà eu deux trous.

Une gravure illustre un rocher à deux trous avec un voilier en avant-plan.

Cette gravure produite en 1760 illustre bien la présence de deux trous dans le rocher au 18e siècle. L'œuvre de Pierre-Charles Canot a été réalisée d'après l'illustration de Hervey Smythe, aide de camp du général Wolfe, lors d'un passage à Percé en 1758, durant la guerre de la Conquête.

Photo : Avec l'autorisation du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé

En 1845, il y a eu une grosse tempête et la deuxième arche s’est effondrée pour nous donner le rocher avec un trou et un obélisque, tel qu’on le connaît aujourd’hui, explique le responsable des sciences de l'éducation du Géoparc. Ce dernier raconte également que son grand-père se souvient de la présence d’une ouverture de petite taille au pied de l’obélisque, mais celle-ci s'est bouchée lors d’un autre effondrement au début des années 1950.

Le paysage géologique à Percé est en perpétuelle évolution. Il n’y a pas une journée où c’est identique. On ne voit pas le rocher Percé comme ceux qui l’ont vu en 1845 ou ceux qui le verront dans 30 ans.

Une citation de :Rémi Plourde, directeur du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé

En raison de l'érosion, le rocher Percé est appelé à disparaître. Rassurez-vous, on estime qu’il reste encore au moins 15 000 ans avant que le géant de calcaire ne s’effrite complètement.

Marcher jusqu’au rocher, une activité dangereuse

Chaque année, environ 300 tonnes de calcaire tombent du rocher Percé, soit l’équivalent d’une benne de camionnette par jour. C’est pour cette raison que les autorités du parc national y interdisent l’accès à pied. Toutefois, de nombreuses personnes font fi des règles, à leurs risques et périls.

Des touristes qui s'approchent du rocher percé

Même s'il est interdit de s'approcher du rocher Percé à cause des roches qui peuvent se détacher, certaines personnes continuent à s'y rendre à pied, au grand dam des autorités du parc national.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

J’ai vu tellement d’accidents, de chevilles cassées, de hanche cassée et de commotions cérébrales, déplore le directeur du parc.

Vous pouvez aller vous tuer au rocher Percé, avec une roche qui pourrait tomber et vous fracasser le crâne.

Une citation de :Rémi Plourde, directeur du Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé

M. Plourde estime que les meilleurs points de vue pour admirer le géant de calcaire se trouvent lors d’une excursion en mer en bateau ou en kayak ou encore au sommet du cap Mont-Joli qui surplombe le monolithe.

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