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Pourquoi le port du masque est-il encore recommandé, même si on est vacciné?

Une femme masquée passe devant une murale représentant un virus à l'air menaçant.

Le nombre de cas dans plusieurs pays est de nouveau à la hausse. Le variant Delta, qui est beaucoup plus contagieux, est en cause.

Photo : via reuters / ANTARA FOTO

Les cas de COVID-19 semblent pour l'instant maîtrisés dans la majeure partie du pays, et la vaccination va bon train. Alors, pourquoi doit-on continuer à porter un masque? Et comment savoir lorsqu’il sera sécuritaire de le ranger?

L'Alberta et la Colombie-Britannique ont abandonné le port du masque le 1er juillet; et la Saskatchewan, le 11 juillet dernier. L'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick ont également annoncé la fin du port obligatoire du masque pour la fin de juillet.

Le gouvernement ontarien a annoncé cette semaine que le port du masque sera encore obligatoire à la prochaine étape du déconfinement; au Québec, le masque est toujours requis dans les transports en commun et dans les endroits publics fermés.

Selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, les gouvernements qui retirent l'obligation de porter le masque le font pour des raisons de liberté individuelle, plutôt que pour des raisons de santé publique. Selon elle, il s’agit d’une erreur qui risque de causer de nouvelles flambées.

Mme Borgès Da Silva estime qu’il est encore trop tôt pour dire quand le masque ne sera plus nécessaire. Elle affirme que cette mesure sanitaire devrait être l’une des dernières à être retirée, puisqu’elle est l’une des moins restrictives. La seule contrainte qui reste est le masque; les commerces, les restaurants sont ouverts... Dans le contexte actuel, le masque n’a pas d’effet sur l'économie, mais est lié au bien-être de la collectivité.

Elle croit que la population doit faire un effort individuel pour permettre aux commerces et aux écoles de rester ouverts cet automne advenant une autre vague. De plus, porter le masque pour réduire le nombre d’infections donne une chance au système de santé de récupérer après plus d’un an de pandémie.

En entrevue à l’émission Le réveil, le microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal, Karl Weiss, estime que le port du masque est encore utile, compte tenu de la situation incertaine causée par les variants.

Ce n’est pas ce qui va nous sortir du trou. C’est une mesure supplémentaire par rapport à la vaccination, dit-il.

Le Dr Weiss estime que le port du masque est surtout nécessaire dans les endroits publics, particulièrement là où il y a de nombreuses personnes (transports publics, centres commerciaux, etc.) susceptibles de ne pas être vaccinées.

Lorsque vous entrez dans des espaces confinés et ne savez pas si les personnes sont malades, ça en vaut la peine.

Une citation de :Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal

En entrevue à RDI, le Dr Weiss ajoute que le port du masque permettra aux Canadiens d'éviter de nouveaux confinements lors de prochaines vagues. On ne peut plus retourner à ce genre de vie.

La situation peut basculer à tout moment

Une femme porte un masque chirurgical à New York.

Plusieurs pays avaient retiré l'obligation de porter le masque au cours des dernières semaines, mais de nouvelles vagues forcent les autorités à changer de cap.

Photo : Reuters / Andrew Kelly

Cette semaine, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), qui agissent comme principale agence fédérale de santé publique des États-Unis, ont déclaré qu’il est préférable de porter le masque à l'intérieur, même pour les personnes vaccinées.

Les CDC affirment que la guerre a changé et que plusieurs raisons justifient la décision de réimposer à tous le port du masque à l’intérieur.

Cette annonce survient trois mois après que le président Joe Biden a déclaré que le port du masque par les personnes vaccinées n’était plus nécessaire. Mais le nombre de cas a augmenté de 150 % dans les deux dernières semaines aux États-Unis, et le variant Delta, hautement contagieux, y est maintenant la souche prédominante.

Selon un document obtenu par le New York Times (Nouvelle fenêtre), les CDC estiment que le variant Delta est aussi contagieux que la varicelle. En moyenne, une personne infectée par la varicelle infecte huit ou neuf personnes. Par comparaison, la souche originale du SRAS-CoV-2 avait un taux de reproduction (R0) de 2, ce qui veut dire qu’une personne infectée le transmettait en moyenne à deux autres personnes.

Les CDC estiment que le variant Delta est plus contagieux que le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, le SRAS, l’Ebola, la grippe saisonnière et la variole.

Selon le document, les gens vaccinés avec deux doses qui sont infectés par le variant Delta ont une charge virale aussi élevée qu’une personne non vaccinée. Donc, si les personnes vaccinées ont généralement des symptômes moins graves, elles peuvent tout de même propager le virus autant qu’une personne non vaccinée.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à revenir en arrière.

Israël et la Belgique ont récemment réimposé le port du masque dans les endroits publics après une hausse considérable des infections.

Mercredi, la Colombie-Britannique – qui a vu son nombre de cas doubler en une semaine – a demandé aux résidents des zones chaudes de remettre leur masque. Par contre, en Alberta, où la COVID-19 se propage déjà plus rapidement que lors de la dernière vague, le gouvernement a dit ne pas avoir l’intention de changer de cap.

Par ailleurs, vendredi, l’Agence de la santé publique du Canada a soutenu que le pays semblait être au début d’une quatrième vague. En plus de la vaccination, l'administratrice en chef de l'agence, la Dre Theresa Tam, a répété que le port du masque est l'une des mesures à privilégier. Nous savons ce qui fonctionne [pour stopper la COVID-19]. Donc, continuez à porter le masque et à pratiquer la distanciation physique.

Les variants ont changé la donne

Il est présumé que le variant Delta est 1,5 fois plus contagieux et 2 fois plus virulent que le variant Alpha. Mais Mme Borgès Da Silva rappelle qu’il y a encore beaucoup d’inconnues par rapport au variant Delta et que c’est la raison pour laquelle le port du masque reste nécessaire.

Par exemple, les vaccins demeurent hautement efficaces pour prévenir les hospitalisations et les décès dans le cas du variant Delta. Mais on observe de plus en plus de personnes vaccinées avec deux doses qui sont infectées. Toutefois, il n’y a pas encore assez de données pour dire avec certitude quelle proportion de gens vaccinés sont infectés par le variant Delta.

Israël a également observé que le niveau d’anticorps produits par un vaccin diminue avec le temps, ce qui augmente les risques d’infection chez ceux qui ont reçu leurs doses il y a maintenant plusieurs mois.

Enfin, il y a encore certaines questions quant aux séquelles à long terme d’une infection liée au variant Delta et à son effet sur les enfants.

Je ne m'avancerais pas [à enlever le masque] tant qu’on n’a pas de données probantes claires et consensuelles, déclare Mme Borgès Da Silva. On ne sait pas ce qui va se passer. Les mutations peuvent devenir très contagieuses et symptomatiques, et très graves. C'est la pire situation, mais il y a un risque et on ne peut pas en mesurer la probabilité.

Lorsqu’on n'est pas certain, on demeure au statu quo, dit-elle, rappelant qu’en temps de crise et d’incertitude, les experts en santé publique prônent le principe de précaution. N’ayant pas toutes les données probantes, il vaut mieux protéger davantage pour éviter des catastrophes ou des surprises (comme l’apparition d’un nouveau variant qui échappe aux vaccins).

Le taux de vaccination n’est pas encore assez élevé

Selon une étude publiée dans le journal Nature (Nouvelle fenêtre) vendredi, il est primordial de conserver certaines mesures sanitaires de base, comme le port du masque et la distanciation physique, jusqu’à la fin de la campagne de vaccination, et non quand un seuil préétabli a été atteint.

Les auteurs expliquent que le risque de voir apparaître un variant encore plus résistant que le Delta est au plus élevé lorsqu’une grande partie de la population a été vaccinée. Ils préviennent que c’est à ce moment que les autorités et les politiciens s’emballent et autorisent un déconfinement hâtif, provoquant ainsi une hausse de cas. L'émergence d'un variant partiellement ou complètement résistant au vaccin semble alors inévitable, avertissent-ils.

Roxane Borgès Da Silva abonde dans le même sens et dit qu’il ne faut pas se fier seulement au taux de vaccination pour décider si on permet de ne plus porter le masque dans les endroits publics.

Selon plusieurs experts, il faudrait vacciner environ 90 % de la population pour venir à bout du variant Delta, qui est beaucoup plus contagieux. Et le monde est encore très loin de ce but.

À l'échelle mondiale, seulement un pays, Malte, a presque atteint ce seuil, avec 85 % de la population doublement vaccinée.

Ailleurs, ce taux n’atteint pas encore 70 %, avec 62 % des Israéliens doublement vaccinés, 57 % des Canadiens, 56 % des Britanniques et 49 % des Américains.

En attendant une meilleure couverture vaccinale, disent les experts, le port du masque doit continuer de faire partie de l’arsenal des mesures pour lutter contre la COVID-19.

Attention au jeu du yo-yo

Enlever, puis réimposer certaines restrictions cause énormément de frustration dans la population, qui a déjà un ras-le-bol de la pandémie, prévient Mme Borgès Da Silva.

C’est sûr que, quand on supprime une mesure, qu'on se rend compte qu’on a fait une bêtise et qu'on revient en arrière, c’est difficile de convaincre les gens.

Elle ajoute que les gouvernements doivent rester cohérents pour ne pas créer davantage de confusion. De plus, elle conseille aux autorités de ne pas annoncer trop tôt le retrait du masque, puisque la situation peut rapidement changer. Mme Borgès Da Silva espère notamment que le gouvernement du Québec ne fera pas d’annonce prématurée sur le port du masque à l’école. Je crains qu’on doive revenir en arrière.

Pour sa part, le Dr Weiss dit qu’il faut s’attendre à ce que le masque fasse partie de notre quotidien (dans les transports en commun, en avion, etc.) pendant encore plusieurs années, du moins jusqu’à ce qu’on maîtrise la pandémie à l'échelle planétaire.

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