•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un employé de Québec solidaire visé par des allégations d’inconduite sexuelle

Le nouveau logo de Québec solidaire.

L'employé fait partie du personnel politique et a été relevé de ses fonctions le temps d'une enquête interne (archives).

Photo : Courtoisie Québec solidaire

Reconnu pour ses prises de position contre les violences sexuelles et le harcèlement, Québec solidaire est aujourd’hui secoué par des allégations d'inconduite contre un employé de son personnel politique. L'homme visé, un militant bien en vue, a été relevé de ses fonctions le temps d'une enquête administrative.

L'employé en question a été dénoncé par un groupe de femmes anonymes à la mi-juillet. Ensemble, elles ont créé une page sur les réseaux sociaux afin de dévoiler publiquement leur initiative.

Harcèlement physique, verbal et psychologique, inconduites sexuelles, indécence, prédation, mensonges dans le but d’obtenir des relations sexuelles, hameçonnage, retrait non consenti du préservatif (stealthing) et agression sexuelle figurent à la liste des allégations.

Radio-Canada n’a pas été en mesure de corroborer l’ensemble des gestes, mais a pu s’entretenir avec deux des membres du collectif. L’identité de ces deux femmes nous est connue, mais demeure confidentielle à leur demande.

Joint cette semaine, l’employé visé n’a pas souhaité faire de commentaires.

Pas à l’abri

Il n’y a pas de réel endroit où on est en sécurité, se désole Isabelle (nom fictif). Après avoir subi ce qu’elle considère du harcèlement et une agression sexuelle, elle a rencontré d’autres femmes ayant témoigné de comportements semblables avec le même individu.

Ce constat s’est fait par hasard, dit-elle, au gré de rencontres fortuites dans le milieu militant de Québec. On est toutes des militantes [dans le collectif], la majorité reliée à Québec solidaire. [...] Au fil de nos conversations, on s’est rendues compte qu’on avait vécu des choses très similaires, poursuit Isabelle.

Toutes ont eu des relations intimes avec l’employé au cours des dernières années. Dans tous les cas, elles témoignent de microagressions au quotidien.

Longtemps isolées chacune de leur côté, elles en avaient assez de l’impunité dont elles se disent témoins.

Il continue d’avoir des comportements comme ça et ça ne semble avoir aucun impact [sur] sa vie. Ça nous dérangeait beaucoup parce qu’on subissait les conséquences.

Une citation de :Isabelle

Elles souhaitent maintenant que le milieu militant se regarde dans le miroir.

Lourd à porter

Pendant des mois avant la dénonciation, les membres du collectif ont cherché le meilleur moyen de se libérer du poids qui reposait sur leurs épaules.

On ressentait presque une culpabilité de porter cette connaissance-là, explique Isabelle, dont la volonté est aussi de prévenir les autres femmes qui gravitent dans le milieu militant. On ne peut plus tolérer ça dans notre entourage.

L’option criminelle est passée par la tête du collectif. Aucune d’entre elles n’a toutefois porté plainte à la police. Le système judiciaire ne permet pas nécessairement de faire des démarches qui peuvent être satisfaisantes, dit Isabelle. De mon point de vue à moi, ce serait difficile de faire une plainte au criminel. J’ai vécu des agressions, mais je dirais que ce sont des agressions en zone grise.

Après leurs relations respectives, ces femmes disent avoir vécu de la détresse psychologique et de l’anxiété dans leurs activités militantes. Elles ont pour la plupart eu à côtoyer l’individu dénoncé dans certains rassemblements, en personne ou en ligne, et lors de manifestations.

Un homme assis dans la pelouse tient une pancarte sur laquelle on peut lire : « Mes vêtements ne déterminent pas mon consentement. Non à la culture du viol! »

Les femmes membres du collectif affirment qu'elles craignent de croiser la personne dénoncée dans leurs activités militantes (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

« Faux allié »

Je me sens vraiment niaiseuse d’être tombée dans le panneau, surtout comme féministe et comme personne. [...] J’ai encore de la misère à m’expliquer ce qui est arrivé, confie pour sa part Julie (nom fictif).

Selon elle, le groupe de femmes a eu affaire à des façons de faire qui avaient l’air bien rodées. Elle est personnellement demeurée plus longtemps qu’elle n’aurait souhaité dans une relation toxique. Julie confie elle aussi avoir été victime d’une agression sexuelle en cours de route.

Plus largement, le collectif affirme qu’un certain entourage, par ignorance ou par déni, a permis à l’individu concerné de poursuivre ses agissements. Pour ces femmes, la dénonciation publique était devenue la seule option.

Selon Julie, le cri du cœur est d’autant plus pertinent que la personne dénoncée est à son avis protégée par son implication politique. Pour moi, il incarne l’idéal du faux allié, lance-t-elle. Ça le protège bien d’être dans Québec solidaire.

Surprise et malaise

L'affaire semble avoir pris tout le monde par surprise dans les rangs solidaires. Selon diverses sources à qui Radio-Canada a pu parler au cours des derniers jours, la situation est prise très au sérieux, mais elle est aussi inconfortable.

D’emblée, plusieurs ont affirmé qu'il fallait croire les femmes derrière le collectif et saluer le courage de dénoncer. De l’autre, souligne-t-on, l’employé a des droits et est syndiqué.

Chez les élus, la réaction est venue de la leader parlementaire Christine Labrie.

En tout respect pour le processus d’enquête, je peux vous dire que nous sommes en action depuis la réception de ces dénonciations et que nous comptons être fidèles à nos valeurs pour la suite des choses. Nous prenons très au sérieux les dénonciations concernant les agissements de la personne employée, a-t-elle fait savoir dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada.

Christine Labrie est la leader parlementaire et députée de Québec solidaire.

Christine Labrie, leader parlementaire et députée de Québec solidaire (archives)

Photo : Radio-Canada

Porte-parole en matière de condition féminine, elle ajoute qu’il faut éliminer le harcèlement et les violences sexuelles dans tous les milieux. On compte agir de notre mieux pour offrir un environnement de militantisme sain. J’invite d’ailleurs toutes les personnes victimes à continuer de briser le silence et à aller chercher de l’aide et de l’accompagnement, notamment auprès des CALACS et des CAVAC.

Québec solidaire avait réagi aux allégations une première fois la semaine dernière, directement sur la page du collectif. En commentaire d'une dénonciation, la coordonnatrice du bureau national a annoncé que l'employé ciblé avait été écarté jusqu'à nouvel ordre.

L’employé a été suspendu administrativement pour fin d’enquête. Il lui a aussi été demandé de ne participer à aucune activité militante de Québec solidaire, a écrit Nadine Beaudoin. Voulant se montrer rassurante, elle s’est engagée à offrir un milieu de travail et de militantisme exempt de harcèlement à toutes et à tous.

Par les canaux officiels, le parti assure qu’il est proactif depuis le début et laisse entendre qu'il avait été prévenu.

Les membres du collectif ont contacté la direction quelques jours avant de faire leur dénonciation afin de nous informer de leurs intentions. Dès les premiers contacts, nous avons pris au sérieux les accusations, avisé les élus du caucus et du parti et avons agi promptement, écrit dans un courriel une attachée de presse de Québec solidaire.

Politique claire

La politique de Québec solidaire contre le harcèlement, la discrimination et la violence prévoit d'ailleurs des dispositions pour le milieu militant.

Cette politique se base sur l’approche féministe afin de contrer toutes formes de harcèlement et garantir un milieu de travail et de militance sain et favorable à la participation des femmes. [...] Québec solidaire veut ainsi favoriser et augmenter la participation des femmes à tous les niveaux d’implication dans le parti, peut-on y lire.

La politique ratisse large et s'applique autant au personnel employé qu'aux militantes et aux militants. La présente politique constitue l’outil sur lequel il est possible de s’appuyer si une situation de harcèlement sexuel, de discrimination ou de violence survenait dans le cadre du travail ou de la militance politique à quelque niveau que ce soit.

Respectant un principe de confidentialité, le parti n’a pas confirmé si une plainte avait été officiellement déposée au-delà des dénonciations.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.