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Les appels à la nomination rapide d'un premier ministre se multiplient en Tunisie

Des véhicules des brigades d'intervention de la police alignés devant un portail fermé.

Le portail du parlement tunisien est fermé et gardé par les forces de l'ordre.

Photo : AFP / FETHI BELAID

Agence France-Presse

Trois jours après le coup de force du président tunisien Kais Saied, qui s'est octroyé le pouvoir exécutif et a suspendu le Parlement pour 30 jours, les appels se multiplient en faveur d'une feuille de route et pour la mise en place d'un nouveau gouvernement.

Le président a argué des périls imminents auxquels était confrontée la Tunisie, plongée depuis des mois dans une profonde crise politique, pour justifier sa prise de pouvoir dimanche.

Il a limogé le premier ministre Hichem Mechichi, très critiqué pour sa gestion de l'épidémie de la COVID-19 qui a laissé la Tunisie à court d'oxygène et débordée par un pic d'hospitalisations, indiquant qu'il exercerait le pouvoir exécutif avec l'aide d'un gouvernement dont il devait nommer le chef.

D'influentes ONG tunisiennes ont mis en garde contre tout prolongement illégitime de la suspension du Parlement tandis que Paris a appelé mercredi à la nomination rapide d'un premier ministre.

Le président Saied est devant un grand défi : montrer aux Tunisiens et au monde qu'il a pris les bonnes décisions, souligne le politologue Slaheddine Jourchi.

M. Saied a présidé mercredi une réunion des cadres de l'armée et de la police, sans qu'aucune décision ne soit annoncée.

Depuis dimanche, le président tunisien a démis de leurs fonctions une série de conseillers gouvernementaux et chargés de missions auprès du premier ministre, puis écarté le procureur général de la justice militaire ainsi que les ministres de la Défense et de la Justice après s'être attribué le pouvoir judiciaire dans le cadre des mesures exceptionnelles.

Crise sociale et sanitaire

S'il a été salué par de nombreux Tunisiens exaspérés par les luttes de pouvoir au Parlement en pleine crise sociale et sanitaire, ce coup de force suscite également de l'inquiétude en Tunisie comme à l'étranger.

Plusieurs organisations de la société civile, influentes dans le seul pays à poursuivre sa démocratisation après la vague de soulèvement des printemps arabes en 2011, ont plaidé en faveur d'une feuille de route avec un calendrier détaillé.

Elles ont mis en garde dans un texte commun contre tout prolongement illégitime de la suspension du Parlement, soulignant la nécessité de respecter le délai de 30 jours mentionné dans l'article 80 de la Constitution sur lequel s'est appuyé Kais Saied.

À Paris, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a souligné lors d'un entretien téléphonique avec son homologue Othman Jarandi l'importance de la nomination rapide d'un premier ministre et de la formation d'un gouvernement qui soit à même de répondre aux attentes des Tunisiens.

La décision dimanche de suspendre le Parlement et de démettre le premier ministre suivait des manifestations ayant éclaté le jour même à travers la Tunisie contre le gouvernement, principalement contre sa gestion de la crise sanitaire après une nouvelle flambée des cas.

Les milliers de protestataires réclamaient notamment la dissolution du Parlement.

Enquête sur le financement de trois partis

Le principal parti au Parlement, Ennahdha, formation d'inspiration islamiste, a dénoncé les mesures prises par le président tunisien comme un coup d'État et appelé M. Saied à revenir sur ses décisions.

M. Saied avait notamment indiqué qu'il présiderait les services du procureur général pour qu'ils agissent dans le cadre de la loi et qu'ils ne se taisent pas face à des crimes commis contre la Tunisie et dont les dossiers disparaissent.

Mercredi, le parquet a annoncé avoir ouvert le 14 juillet une enquête contre Ennahdha, son allié Qalb Tounes et la formation Aïch Tounsi, pour une affaire de financement étranger de leur campagne électorale en 2019.

Dix ans après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, les problèmes du chômage, profondément enraciné, et de la dégradation des infrastructures publiques et du pouvoir d'achat, à l'origine du soulèvement contre son régime autoritaire, n'ont jamais été résolus. Et la Tunisie fait face à un mur de dettes.

En outre, depuis les élections d'octobre 2019 ayant débouché sur un Parlement très fragmenté, le pays a connu trois chefs de gouvernement et vu s'accentuer les luttes de pouvoir en pleine crise sociale et sanitaire.

Ennahdha s'est dit prêt à la tenue d'élections législative et présidentielle anticipées simultanées pour éviter que tout retard ne serve de prétexte au maintien d'un régime autocratique.

Mais avant de telles élections, il faudrait, selon un dirigeant d'Ennahdha interrogé par l'AFP, Noureddine B'hiri, que le Parlement reprenne ses activités et que soit mis fin à son contrôle militaire.

Le PDG de la chaîne nationale démis de ses fonctions

La présidence tunisienne a limogé mercredi le PDG de la chaîne de télévision nationale après qu'un militant et une représentante du syndicat des journalistes se sont vu brièvement interdire l'accès à la chaîne où ils devaient intervenir dans une émission.

Auparavant, les bureaux de la chaîne qatarie Al-Jazira avaient été fermés.

Selon les militants, le PDG de cette chaîne avait reçu des instructions d'un responsable militaire de ne pas laisser d'invités entrer au siège de la télévision.

Le ministère de la Défense et la présidence de la République ont affirmé qu'ils n'avaient donné aucune instruction en ce sens.

Quelques heures plus tard, le président de la chaîne, Laassad Dhahech, accusé d'avoir tenté de semer le trouble en limitant l'accès de la chaîne, a été limogé.

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