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Un ex-clerc de Saint-Viateur condamné à trois ans et demi de prison

Façade de la résidence des Clercs de Saint-Viateur à Joliette.

Jean Pilon avait été arrêté en juin 2020 à la résidence de Joliette des Clercs de Saint-Viateur en compagnie de quatre autres religieux membres de la congrégation (archives).

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

La Presse canadienne

Le prêtre Jean Pilon des Clercs de Saint-Viateur écope d'une peine de trois ans et demi de prison pour des gestes criminels de nature sexuelle envers 12 victimes, garçons et filles mineurs à l'époque des gestes reprochés.

Le religieux de 79 ans a reconnu sa culpabilité à 12 des 26 chefs d'accusation qui pesaient contre lui, mercredi, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield, tous des chefs de grossière indécence.

Il faisait aussi face à des chefs d'agression sexuelle et d'attentat à la pudeur, accusations qui ont été abandonnées en échange du plaidoyer de culpabilité.

Neuf victimes sont venues lire des déclarations d'impact très émotives pour témoigner de ce qu'elles avaient vécu devant le juge Bertrand St-Arnaud, de la Cour du Québec.

J'ai été trahi par l'Église

Parmi ces victimes, Brian Ford, qui avait été pensionnaire au Collège Bourget de Rigaud, en Montérégie, de 1981 à 1986, a raconté avoir été agressé sexuellement à trois reprises par deux prêtres, dont Jean Pilon.

Ayant un père absent, j'avais peu de modèles masculins. Je suis allé naturellement vers ces hommes pour obtenir une éducation et des conseils de base, a-t-il raconté.

Il a expliqué n'avoir parlé de ces agressions à personne avant 2017 : J'avais honte, ma dignité a été au plus bas, j'avais été trahi par l'Église. Ses résultats scolaires en avaient souffert, mais surtout, toute sa vie, a-t-il dit. J'ai essayé de mettre ces évènements derrière moi, mais c'est quelque chose qu'on ne peut pas oublier, ça fait partie de moi. C'est un combat de tous les jours pour évacuer les émotions négatives et malsaines.

Brian Ford est devenu policier par la suite. Il a affirmé que ces gestes l'avaient affecté durant toute sa carrière, surtout lorsqu'il devait intervenir dans des dossiers de délits sexuels : J'ai toujours agi de manière professionnelle, mais j'avais souvent des flashbacks de mes agressions, des nuits blanches à ne pas être capable d'oublier mes agressions personnelles.

D'autres victimes, dont l'identité est protégée par la Cour, ont raconté, parfois en pleurs, avoir vu leur vie volée et être incapables de s'en remettre encore aujourd'hui, plusieurs ayant eu des séquelles psychologiques sévères et des problèmes de dépendance à l'alcool et aux drogues. Toutes les victimes ont fait part de leur incompréhension et de leur confusion en tant qu'adolescents et adolescentes de voir des hommes d'Église agir de la sorte alors qu'ils étaient vulnérables.

Le juge St-Arnaud a salué le courage des victimes d'avoir porté leur dossier devant la justice et surtout d'avoir fait ces déclarations difficiles.

Cinq clercs appréhendés

Jean Pilon avait été arrêté en juin 2020 à la résidence de Joliette des Clercs de Saint-Viateur en compagnie de quatre autres religieux membres de la congrégation.

Les gestes reprochés ont été posés entre 1961 et 1989.

Les autres membres des Clercs de Saint-Viateur appréhendés à ce moment étaient Gérard Whissell, Laurent Madore, Raoul Jomphe et Roger Larue, tous octogénaires.

Les cinq religieux étaient impliqués dans l'enseignement et dans l'encadrement de mineurs dans différents collèges de la province, notamment au collège Bourget, mais aussi dans des établissements de Matane et Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent, ainsi qu'à La Minerve, dans les Laurentides.

Action collective

Brian Ford est aussi le représentant des quelque 360 victimes qui ont intenté une action collective contre les Clercs de Saint-Viateur. Celle-ci est pilotée par le cabinet d'avocats Arsenault, Dufresne et Wee, qui se spécialise dans ce genre de recours civil. Pas moins de 58 demandeurs disent avoir été agressés par Jean Pilon.

Présent à l'audience, Me Justin Wee a dit croire que la conclusion du dossier criminel envoyait un message très fort : Il faut dire à toutes les victimes qu'il faut dénoncer, que ces crimes-là ne doivent pas rester sans réponse, que les agresseurs doivent faire face à la justice, que la société est prête à les écouter, qu'il y a un système de justice qui est prêt pour traiter la demande et qui mènerait peut-être à des condamnations.

Demande d'enquête publique

La demande d'action collective a été accueillie par la Cour supérieure le 25 avril 2019. Le recours collectif vise principalement des actes qui se seraient produits au Collège Bourget de Rigaud, mais aussi dans au moins une vingtaine d'autres établissements, dont l'Institut des sourds de Charlesbourg.

Le cabinet de Me Wee pilote en tout une douzaine d'actions collectives visant des congrégations, diocèses et institutions catholiques représentant quelque 800 victimes, incluant les 360 des Clercs de Saint-Viateur : Vu l'ampleur des agressions sexuelles qui sont en ce moment mises en lumière par les nombreuses actions collectives contre des congrégations religieuses ou des diocèses, je pense qu'il est temps qu'une enquête publique soit mise sur pied pour pouvoir faire l'entière lumière sur ce qui s'est passé, a-t-il affirmé en entrevue avec La Presse canadienne.

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