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« Une image vaut mille mots » : l'effet sur l’enseignement de l’histoire canadienne

Photo d'un cahier à colorier sur l'arrivée des Européens en territoire autochtone.

Les images qui circulent dans les ressources pédagogiques en Ontario peuvent parfois poser problème aux membres des Premières Nations.

Photo : « Notre histoire » par Félix Saint-Denis, reproductible et disponible à la FESFO

Marianne Depelteau

Les manuels scolaires, les présentations PowerPoint, les notes de cours et les livres sont tous accompagnés d’illustrations qui facilitent l’apprentissage chez les élèves. Le contenu éducatif évolue quelque peu au fil du temps, mais les images qui l’accompagnent font-elles de même?

L’imagerie est un élément crucial de l’enseignement de l’histoire canadienne et selon Christine Dokis, directrice de l’éducation du Kinoomaadziwin Education Body, celle-ci peut encore poser problème.

Kelly-Lee Assinewe, coordinatrice du N'Swakamok Native Alternative School au N'Swakamok Native Friendship Centre, dit être choquée de voir que ce genre d’image soit encore montré aux jeunes.

Ça démontre le complexe de supériorité des Européens de l’époque et ça renforce les stéréotypes sur les Premières Nations, ainsi que leur infantilisation, dit-elle.

Les enfants sont comme des éponges, ils intègrent tout ce qu’ils voient et entendent. Ils ont besoin de voir que les Premières Nations étaient et sont toujours des personnes.

Une citation de :Kelly-Lee Assinewe, coordinatrice du N'Swakamok Native Alternative School

D’après Mme Assinewe, les enfants sont vulnérables. Elle rappelle que pour eux, l’adulte a raison, il faut l’écouter et ne pas le remettre en question.

Sa crainte est que les illustrations stéréotypiques l'emportent sur les efforts déployés pour raconter l'histoire des Premières Nations en Ontario le plus justement possible.

Renée Lachance Chartrand, une enseignante autochtone de 4e année de la région du Grand Sudbury, explique que la majorité de la population n’est pas au courant de ce que sont les stéréotypes et de ce qui déforme.

Pour Félix Saint-Denis, fondateur et directeur artistique de l’Écho d’un peuple, il n’y a rien de mieux que d'aller chercher une interprétation des Premières Nations, des métis ou des Inuits de leur propre culture.

Lors de la conception du cahier à colorier Notre Histoire en 2001, M. Saint-Denis dit avoir eu recours à de la documentation et à de l’art autochtone. Mais aujourd'hui, il admet regarder le manuel d'un œil différent.

Dessin illustrant la première école à Ville-Marie (Montréal) tire d'un cahier à colorier.

Dessin illustrant la première école, bien avant l'arrivée des pensionnats autochtones, à Ville-Marie (Montréal).

Photo : Radio-Canada / « Notre histoire » par Félix Saint-Denis, reproductible et disponible à la FESFO

On a produit Notre Histoire il y a 20 ans et j’en suis encore fier. J’ai fait des recherches rigoureuses pour l’époque. Par contre, il y a des illustrations que j'adapterais si j’en avais la chance, comme celle de Marguerite Bourgeoys et l’histoire de la Sainte-Catherine.

Une citation de :Félix Saint-Denis, fondateur et directeur artistique de l’Écho d’un peuple

Pour Notre Histoire, j’ai vraiment fait l'effort d’aller à différentes sources, jusqu’aux tatouages et œuvres autochtones, se défend-il.

L'artiste ajoute que le cahier reconnaît les territoires et la contribution des Autochtones, chose rare pour l'époque.

Dans une réponse écrite, le ministère de l’Éducation de l’Ontario assure établir des critères d’admissibilité et d’évaluation quant aux manuels scolaires.

Le courriel précise que ces critères comprennent l’utilisation appropriée de graphiques, d’illustrations et de photos visant à appuyer la compréhension du contenu par l’élève.

Le ministère ajoute que toute ressource utilisée en salle de classe doit être exempte de tout préjugé et de toute forme de discrimination.

Les maisons d’édition sont libres de choisir les manuels scolaires et les illustrations qu’elles souhaitent produire, réviser et publier dans le cadre de leur processus de planification, lequel se déroule indépendamment du Ministère.

Une citation de :Ministère de l’Éducation de l’Ontario

La sélection et l’achat des manuels et des ressources supplémentaires relèvent de chaque conseil scolaire.

Mme Chartrand disait aussi que les enseignantes choisissent les illustrations présentées en salle de classe, en négligeant souvent les stéréotypes présents.

L’enseignante relève un autre problème : les ressources en français sont plus rares et offrent moins de possibilités.

Quelle est la solution?

La directrice de l’éducation du Kinoomaadziwin Education Body est fière de dire que nos communautés sont souvent en partenariat avec les conseils scolaires locaux et élaborent des programmes d'études conjoints, lancent des programmes qui traitent de l'histoire locale, incluent l'apprentissage sur le terrain et immergent les élèves dans la culture et la langue à chaque occasion.

Mme Assinewe rappelle l’importance de faire ses recherches. Il y a plein d’organisations autochtones que les enseignantes peuvent contacter pour obtenir du soutien et de l’orientation dans leurs choix d’illustrations, dit-elle.

Pour Mme Chartrand, la consultation et l’exigence de ressources appropriées sont importantes.

Lors de la construction d’unités d’apprentissage, elle dit suivre la politique de rien pour eux sans eux, idée que Félix Saint-Denis assure appliquer dans tous ses projets.

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