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Non, les CDC n’ont pas dit que les tests COVID-19 détectent aussi la grippe

Cette fausse information a entre autres été diffusée par le Parti conservateur du Québec.

Une infirmière prélève un échantillon de la narine d'une patiente pour un test de dépistage de la COVID-19 le 19 octobre 2020, à Zurich, en Suisse.

Les échantillons utilisés pour les tests de dépistage de la COVID-19 sont souvent prélevés par voie nasale avec un écouvillon.

Photo : Reuters / Arnd Wiegmann

Depuis des mois, de nombreux internautes allèguent faussement que les tests de réaction de polymérisation en chaîne (PCR) pour détecter le virus qui cause la COVID-19 ne peuvent faire la distinction entre ce coronavirus et la grippe, gonflant ainsi artificiellement le nombre de cas. Pour certains, un récent avis des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC) est venu confirmer cette idée, mais il s’agit d’une interprétation erronée du communiqué en question, qui recommande d’utiliser des tests capables de détecter plus d’un virus à la fois avec un seul échantillon.

L’avis daté du 21 juillet (Nouvelle fenêtre) informe les laboratoires cliniques américains que la demande d’autorisation d’utilisation d’urgence du test PCR qu’ont développé eux-mêmes les CDC pour détecter le SRAS-CoV-2 sera retirée le 31 décembre prochain.

Les CDC recommandent plutôt de se servir de l’un des nombreux autres tests approuvés par le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) et encouragent les laboratoires à envisager l’adoption d’une méthode multiplexée pouvant faciliter la détection et la différenciation du SRAS-CoV-2 et des virus de l’influenza.

Une capture d'écran de l'avis des CDC intitulé, en anglais, « Alerte de laboratoire : modification au RT-PCR CDC pour le dépistage du SRAS-CoV-2 ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capture d'écran de l'avis des CDC.

Photo : Capture d'écran

C’est la dernière partie de cette recommandation qui a retenu l’attention sur les réseaux sociaux, tant aux États-Unis qu'ailleurs.

Au Québec, le Parti conservateur du Québec (PCQ) et Samuel Grenier, l’un des co-organisateurs de la manifestation du 1er mai contre l’état d’urgence sanitaire, ont mis en ligne des publications virales prétendant que les tests PCR ne pouvaient pas différencier le SRAS-CoV-2 et la grippe.

On apprend par le CDC américain que les tests PCR qu’on utilise détectent aussi l'influenza, a dit le PCQ le 25 juillet sur Facebook, dans une publication qui a cumulé plus de 950 partages.

Capture d'écran d'une publication Facebook du Parti conservateur du Québec.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avant qu'elle soit modifiée, cette publication du Parti conservateur du Québec alléguait que « les tests PCR qu'on utilise détectent aussi l'influenza ». Ce passage a maintenant été remplacé par la phrase « voici une alerte émise par le CDC for le 21 juillet dernier dont personne ne parle au Québec ».

Photo : Capture d'écran

La publication a été modifiée plus tard dans la même journée pour omettre ce passage, mais met toujours l’accent sur le mot différenciation dans sa traduction de l’avis des CDC, en l’écrivant en majuscules. La traduction semble également indiquer que l’avis concerne l’ensemble des tests PCR sur le marché (il y en a près de 200 aux États-Unis) alors qu’il concerne uniquement celui qu’ont développé et commercialisé les CDC.

Le PCQ n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

On ne parle pas de complot, là. On parle d’une réalité, s’est indigné Samuel Grenier dans sa vidéo sur le sujet. Ils se sont servis des tests PCR pour fabriquer des cas.

Capture d'écran d'une vidéo Facebook de Samuel Grenier avec la description : "Les tests PCR qui détectent l'Influenza et la COVID, c'est pratique ça !!!".Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'organisateur de manifestations contre les mesures sanitaires Samuel Grenier a supprimé sa vidéo alléguant que les tests PCR ne font pas la différence entre la COVID-19 et l'influenza.

Photo : Capture d'écran

La vidéo de M. Grenier a été partagée près de 700 fois avant d’être retirée quelques minutes après que nous l’avons contacté dans le cadre de cet article. Le co-organisateur de la manifestation du 1er mai n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

Un test (efficace) parmi tant d’autres

Le test PCR des CDC qui fait l’objet de l’avis est l’un des 195 tests approuvés par la FDA pour détecter la COVID-19 (Nouvelle fenêtre).

Au début de la crise, il n’y avait pas de tests commerciaux approuvés par la FDA pour diagnostiquer le SRAS-CoV-2, donc les CDC avaient développé leur propre test qui a eu une autorisation d’urgence, explique le spécialiste clinique en biologie médicale au CIUSSS de l’Estrie, le Dr Simon Lévesque.

Après ça sont arrivés des tests commerciaux de plus en plus nombreux qui ont eu l’autorisation de la FDA. Ce que je comprends de cet avis-là, c’est que les CDC recommandent de ne plus utiliser leur test, mais de migrer vers des tests qui ont des approbations en bonne et due forme, poursuit-il.

Si les CDC n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue des Décrypteurs, leur porte-parole Jasmine Reed a déclaré au site de vérification de faits Health Feedback (Nouvelle fenêtre) que l’agence retirait sa demande d’autorisation d’utilisation d’urgence parce que plusieurs des tests commerciaux fournissent plus rapidement des résultats.

Bien que le [test PCR des CDC] ait répondu à un important besoin lorsqu’il a été développé et déployé et qu’il n’ait pas démontré de problème de rendement, la demande pour ce test a diminué vu l’émergence de tests à débit plus élevé et de tests multiplexes.

Une citation de :Jasmine Reed, porte-parole des CDC

Test multiplexes

Les tests multiplexes ont quant à eux la capacité de détecter plus d’un virus à la fois, d’où la recommandation des CDC de privilégier leur utilisation. Notons que l’agence a elle-même développé un test capable de détecter à la fois le SRAS-CoV-2 et l’influenza (Nouvelle fenêtre) en juillet 2020.

Mais ça ne veut pas dire que les tests qu’on a actuellement ne différencient pas la COVID-19 de l’influenza, ou qu’ils détectent de l’influenza et disent c’est de la COVID-19, rappelle le Dr Lévesque. Ça veut juste dire que présentement, il y a beaucoup de laboratoires qui se servent de tests COVID-19 et de tests influenza de manière séparée. Donc, s’ils veulent tester pour les deux virus, ils doivent faire deux analyses, ce qui prend le double du temps.

Le Dr Lévesque note également qu’il est impossible qu’une personne atteinte de l’influenza obtienne un test PCR positif à la COVID-19, de par la nature du test.

Quand on développe un essai PCR, on développe des amorces qui vont amplifier une région spécifique du virus, et une sonde aussi qui va émettre de la lumière qui va nous permettre à notre appareil de détecter la présence du virus, dit le microbiologiste.

Ces amorces et ces sondes là sont 100 % spécifiques au virus qu’on veut amplifier et détecter. Donc, si le virus n’est pas présent, il n’y a pas d’amplification de son matériel génétique et on ne le détectera pas, ajoute-t-il.

Des tests multiplexes COVID-influenza étaient d’ailleurs utilisés au Québec au début de la saison de grippe à l’automne dernier, mais ils ont été mis en banque lorsqu’il a été constaté qu’il y avait très peu d’activité grippale en cette période (Nouvelle fenêtre), notamment en raison des mesures anti-COVID comme le port du masque et la distanciation sociale, dit le Dr Lévesque.

Si on avait un patient qui était négatif à la COVID qui avait des symptômes, on pouvait faire un test d’influenza ou d’autres virus respiratoires, mais on n’en a à peu près pas trouvé. Nous, en Estrie, on en a trouvé zéro. Cette année, on ne sait pas plus quelle sorte de saison [de grippe] on va avoir, et c’est pour ça que les CDC demandent aux laboratoires américains de se préparer, explique-t-il.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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