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Course à la mairie de Sherbrooke : Steve Lussier sort des sentiers battus

Les candidats aux élections municipales profitent de la période estivale pour faire le plein d’énergie avant de s’engager dans la course officielle cet automne. À Sherbrooke, trois élus lorgnent la mairie. Dans une série de trois reportages, Réjean Blais s’entretient avec les candidats alors qu'ils pratiquent l’une de leurs activités sportives préférées.

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, fait un saut avec son vélo de montagne sur une piste du mont Bellevue.

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, en action sur une piste de vélo de montagne du Mont-Bellevue.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Des enfants s’en donnent à cœur joie sur la pump track du Mont-Bellevue. Garçons et filles roulent à toute vitesse dans le parcours de pentes abruptes, de sauts et d’obstacles naturels avec une agilité remarquable. Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, s’immisce dans ce groupe de camp de jour et fait très bonne figure, malgré ses 48 ans. Il arpente le circuit avec aisance et enthousiasme. C’est comme si le gamin en lui pouvait lâcher son fou, laissant de côté, pour un moment, toutes les responsabilités qui l’accaparent. Rien ne semble effrayer celui qui, il y a quatre ans, est devenu maire de la Ville de Sherbrooke à la grande surprise de tous.

Il faut dire que les sports extrêmes, il connaît ça. Depuis son jeune âge, Steve Lussier carbure aux émotions fortes. Ce n’est pas parce qu’il est maire de la sixième plus grande ville du Québec qu’il boude ce plaisir, bien au contraire. Il assume pleinement l’amusement que cela lui procure. Il a d'ailleurs fait l’acquisition de son vélo de montagne à assistance électrique l’an dernier pour prolonger la durée de ses sorties. C’est un loisir qu’il a particulièrement apprécié pendant la pandémie.

L’intrépide candidat fait aussi à l’occasion du BMX sur la piste située à l’arrière de l’école du Triolet et du motocross sur sa terre à bois, deux sports qu’il pratique depuis sa jeunesse.

Je pense qu’une fois que t’as goûté à l’adrénaline, tu veux ça toute ta vie. C’est une forme de défoulement. Ça me permet vraiment de me sortir de moi-même.

Une citation de :Steve Lussier, maire de Sherbrooke

Cette passion, Steve Lussier affirme qu'elle lui vient de son père. Et la tradition se poursuit. Il est fier de souligner qu'il a transmis à son tour cet engouement à ses deux filles, Maude et Jade, âgées respectivement de 26 et 19 ans.

Ce défoulement aux côtés de jeunes passionnés le replonge dans les souvenirs d’une enfance heureuse, qu’il a vécue dans le secteur d'Iberville, à Saint-Jean-sur-le-Richelieu, en Montérégie. À peu près tout le monde avait un motocross. J’ai été le dernier à en avoir un, se rappelle-t-il. On était un groupe d’amis à se réunir. J'allais même en motocross à l’école. J’en garde des souvenirs incroyables. Aujourd’hui, on ne pourrait plus faire ça.

le maire dévale une piste de velo de montagne.

Steve Lussier adore les sports qui procurent des sensations fortes.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Évoquer cette période amène spontanément le maire à témoigner d’une grande reconnaissance envers ses parents, qui se sont montrés extrêmement engagés envers lui et son frère aîné Sylvain, pour qu’ils puissent réaliser leurs rêves. Malgré leurs revenus modestes, ils n’ont rien négligé et ils ont beaucoup travaillé pour que le jeune Steve puisse faire des compétitions de motocross et de BMX. Car même s’il a pu profiter de généreux commanditaires pour pratiquer ce sport dispendieux, cet accompagnement de ses parents fut essentiel. Ils se sont donnés à 100 %. C’est remarquable, ajoute-t-il.

Ces derniers n’hésitent pas à l’accompagner un peu partout dans ses compétitions. Son père va même souvent avec lui aux États Unis, où il est couronné vainqueur à plusieurs occasions. Ses parents arrivent aussi à convaincre la direction de son école de permettre qu'il manque des jours de classe, à une époque où la conciliation sport et études n’existe pas vraiment.

Un attachement profond à son père, parti trop tôt

Steve Lussier a plutôt l’habitude de se montrer en contrôle de ses émotions, et semble généralement peu enclin à les laisser transparaître. Mais la mort de son père, atteint d’un cancer alors que Steve n’avait que 23 ans, semble visiblement avoir été l’une des plus rudes épreuves de sa vie.

Parler de l’impact de son départ rapide après un diagnostic sans appel le laisse momentanément sans mots. Il s’excuse d’être, pendant un instant, incapable de parler. Évoquer le souvenir de cet homme qu’il aimait et admirait tant le bouleverse. Bizarrement, il est mort le jour de sa fête, à 60 ans. Il était tellement fier de moi. Il était tellement adoré par les gens. Je garde tellement de bons souvenirs de lui, raconte-t-il, en versant quelques larmes.

le maire de sherbrooke en entretien avec un journaliste.

Évoquer les souvenirs de son père, mort en 1998, reste visiblement difficile pour le maire sortant, qui peine à en parler sans être bouleversé.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Ce père, Yvon, est un artiste touche-à-tout, le patenteux du coin, qui mène mille et un projets. Accordéoniste, il donne des spectacles et trimballe le jeune Steve dans ses soirées, et le fait même monter sur scène pour quelques morceaux. Je jouais de la trompette, mais je n’avais pas son talent, se rappelle-t-il en riant.

Yvon fait aussi de la gravure sur bois, principalement de l’art religieux. Une de ses œuvres est d’ailleurs exposée à la basilique-cathédrale Saint-Michel, grâce à des démarches entreprises par Steve Lussier à la suite de sa mort, en 1998. Le Jésus de Prague, c’est une œuvre qui lui était chère, et qui lui a pris quelques années à faire, souligne avec nostalgie le maire de Sherbrooke.

Une vie professionnelle moulée par les expériences

Steve Lussier s’est visiblement bien débrouillé dans la vie, même s’il ne s’est pas éternisé sur les bancs d’école. On le sent d'abord un brin mal à l’aise lorsqu’on lui demande de parler de son parcours scolaire, mais, il ajoute rapidement : Il n'y a tellement pas de honte. Tous les chemins nous mènent quelque part. C’est la persévérance qui nous permet d’y arriver. Il ne faut jamais lâcher.

le maire de sherbrooke roule sur un sentier de velo de montagne.

Steve Lussier adore arpenter les sentiers de vélo de montagne du Mont-Bellevue.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Après le secondaire, il saute donc à pieds joints sur le marché du travail et ouvre une entreprise d’organisation de courses et de spectacles. Cet esprit entrepreneurial le suivra à travers divers projets d’affaires qu’il mènera avec sa conjointe, Pascale, avec qui il partage sa vie depuis 31 ans.

J’ai eu de très très bons mentors dès mon jeune âge. C’est ce qui m’a amené où ce que je suis aujourd’hui. Pour moi, c’est important de transférer ce qu’on aime aux autres.

Une citation de :Steve Lussier

Son parcours professionnel se fait petit à petit par ses expériences de travail et les formations continues offertes par certains de ses employeurs, comme la Banque Nationale, où il travaille une vingtaine d'années... avant d’être élu maire de Sherbrooke.

Le maire de Sherbrooke pose sur son velo de montagne

Le maire carbure à l'adrénaline, autant dans le cadre de ses loisirs que de son métier.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

On ne peut s’empêcher de faire des comparaisons entre sa passion pour les sports extrêmes et son parcours professionnel atypique. Le changement de cap radical effectué pour se lancer dans la course à la mairie de Sherbrooke, en 2017, il l’explique par une belle-famille politisée, par des discussions et des réflexions sur le changement à apporter à la Ville. Mais il n'entre pas dans les détails. Il est difficile de cerner ses motivations profondes de se lancer en politique tant il est peu loquace sur le sujet. Par contre, ce qui ressort, c’est le goût du risque, de l’aventure.

J’aime tout ce qui est inattendu. Sincèrement, à tous les jours, il y a quelque chose de nouveau. Il y en a beaucoup dans le monde politique et il faut trouver des solutions.

Cette flamme pour la vie politique brille encore pour le maire, mais elle a une date butoir. Steve Lussier n’a pas changé d’idée, il affirme que s’il est réélu, ce sera son dernier mandat. Être maire, c’est sept jours par semaine. C’est être sur le terrain pour rencontrer les gens. [Lorsque je suis devenu maire], ma décision était de faire huit ans consécutifs pour me donner à 100 % à la population de Sherbrooke.

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