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Une survivante des pensionnats « choquée » que sa photo soit vendue en ligne

Dans les juridictions de la common law, les médias ont le droit de publier des images de personnes qui sont dans un endroit public, mais la question soulève des préoccupations éthiques.

Capture d'écran d'une photo montrant une femme en chagrin vendue sur le site de Getty Images pour 575$.

Capture d'écran de la photo sur le site de Getty Images. Le droit des médias de photographier des personnes lors événements publics est reconnu en common law.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Une Vancouvéroise autochtone est stupéfaite d’apprendre qu’une photo dans laquelle on la voit se recueillir après la découverte des tombes non marquées près d’un ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique, soit vendue à des organes de presse sans son consentement.

Membre de la Première Nation Lheidli T'enneh, Loretta John travaille dans le quartier Downtown Eastside, à Vancouver. Le 29 mai dernier, elle a assisté à une soirée aux flambeaux publique à l'extérieur du Musée des beaux-arts.

Plusieurs photographies montrant son chagrin ont été prises par un photographe pour l'agence Anadolu. Elles sont maintenant vendues sous licence par Getty Images pour un montant maximum de 575 $.

Loretta John a donné à CBC/Radio-Canada la permission d'utiliser l'image. Elle souhaite néanmoins que les profits qui découlent de sa vente soient reversés aux survivants des pensionnats pour Autochtones et aux groupes de soutien.

Loretta John se sent troublée et blessée à l’idée que ce moment de prière privé soit exploité à des fins lucratives sans son consentement. Elle a été enlevée à sa famille pendant la rafle des années 60 et forcée de fréquenter un pensionnat. C'est vraiment désolant de voir des gens profiter de cela.

Elle comprend que les médias aient le droit, dans la common law, de publier des images de personnes qui sont en public, mais croit néanmoins qu'elle aurait dû être consultée et que tous les profits tirés de son image devraient servir à soutenir les survivants des pensionnats.

NDLR : Le Québec, une juridiction de droit civil, reconnaît un droit à l'image plus poussé que les autres provinces canadiennes. À écouter : Aujourd'hui l'histoire - L'affaire Duclos (Nouvelle fenêtre)

Nous nous efforçons de maintenir l'équilibre entre le droit d'un individu à la vie privée et notre obligation de couvrir l'histoire dans l'intérêt public de mettre en lumière des problèmes difficiles , affirme Getty Images dans un communiqué.

L’agence note par ailleurs que l'image n'est disponible qu'à des fins éditoriales, ce qui signifie qu'elle ne peut être utilisée que par des organes de presse couvrant des histoires d'intérêt public générales.

L'agence Anadolu, un média géré par l’État turc, n'a pas répondu aux demandes de commentaires.

Une personne est de dos et regarde des marches sur lequel plusieurs objets sont disposés.

Sur le terrain, les journalistes et photographes qui couvrent des événements sensibles ont des considérations éthiques.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Des questions éthiques

Il est de pratique courante pour les organes de presse, y compris Radio-Canada, d’obtenir des images auprès d'agences, notamment Getty Images.

Sur le terrain, les journalistes et les photographes qui couvrent des événements sensibles doivent considérer certains éléments éthiques.

Odette Auger, une journaliste indépendante et membre de la Première Nation Sagamok Anishnawbek, s’assure d'obtenir l'approbation des personnes qu'elle photographie, en particulier lorsqu'elles assistent à un recueillement ou à un événement sensible sur le plan culturel.

Mon approche est de donner de l’espace et de faire très attention, dit-elle. Il semble injuste de simplement tirer profit d’un tel moment, ou de penser que, puisqu’il se déroule en public, on a tous les droits.

Après avoir témoigné de leur expérience au pensionnat pour autochtone de Kamloops, Evelyn Camille (à gauche) et Leona Thomas (à droite), deux survivantes, s'enlacent.

Certains journalistes s'assurent d'obtenir l'autorisation des personnes photographiées lors d'événements sensibles, mais cela n'est pas requis par la loi.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

La photojournaliste Amber Bracken, reconnue par l'Association canadienne des journalistes pour sa couverture des événements survenus en 2020 sur le territoire wet'suwet'en, prend en considération le pouvoir que détient le sujet.

Par exemple, nous avons besoin du droit d’observer ce que font les politiciens en public parce qu'ils détiennent le pouvoir, mais ce n'est pas toujours la même chose pour les citoyens ordinaires, croit-elle.

Les journalistes ont des droits, rappelle-t-elle. Or, ce n'est pas dans l'intérêt de la profession d’utiliser ces droits pour intimider quelqu'un ou de ne pas avoir considération pour les personnes touchées, conclut-elle.

Avec les informations de Kate Partridge

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