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Hausse relativement marquée des crimes haineux en Ontario, selon Statistique Canada

L'origine de la pandémie expliquerait le racisme à l'égard des groupes asiatiques en 2020.

Un poing serré devant un fond noir où se trouvent les symboles de cinq religions.

La haine contre les Noirs reste prédominante dans certaines villes ontariennes devant celle contre les Asiatiques.

Photo : iStock

Jean-Philippe Nadeau (Trois-Rivières)

Une étude de Statistique Canada montre que les crimes haineux ont augmenté de 2019 à 2020. L'Ontario n'est pas en reste. L'origine géographique de la pandémie, le confinement et le télétravail expliqueraient en partie le phénomène.

Le nombre de crimes haineux qui ont été déclarés à la police et classifiés comme tels au Canada a augmenté de 37 % au cours de la première année de la pandémie, selon Statistique Canada.

En Ontario, la hausse est également de 37 % pour un total de 1164 incidents rapportés en 2020 contre 848 l'année précédente (il s'agit d'une coïncidence, selon les auteurs du rapport).

L'agence définit le crime haineux comme un crime ayant été rapporté aux autorités et que la police décrit comme étant motivé par la haine contre un groupe identifié par la Charte canadienne sur la base de sa couleur, sa religion, son ethnicité ou d'autres facteurs (comme le handicap ou l'orientation sexuelle par exemple).

Les messages sur les chandails sont « La haine est un virus », « Fier d’être asiatique » ou encore, « Arrêtons la haine anti-asiatique ».

Trois chandails créés pour combattre le racisme anti-asiatique.

Photo : Soumise par Alison Singharath

Le crime haineux peut aller du harcèlement en ligne ou en personne jusqu'au meurtre, en passant par l'agression physique et le vandalisme contre la propriété.

Les personnes appartenant à des groupes de minorités visibles étaient trois fois plus susceptibles d'avoir perçu une augmentation des incidents de harcèlement ou d'attaque motivés par la race comparativement au reste de la population (18 % contre 6 %).

Une citation de :Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités (une division de Statistique Canada)

L'étude de Statistique Canada publiée sur Internet indique que la pandémie a davantage mis au jour et exacerbé les enjeux entourant la sécurité et la discrimination au Canada, y compris les crimes haineux.

L'exemple de l'Ontario

Le formateur national du programme des services policiers à Statistique Canada, Warren Silver, soutient que les crimes haineux en Ontario étaient effectivement basés en grande partie sur l'ethnicité des personnes qui avaient participé à la recherche.

Peterborough et Kingston ont enregistré une forte hausse d'incidents racistes, mais il faut relativiser les nombres selon M. Silver. La population relativement petite dans ces localités fait en sorte que les augmentations qu'elles affichent d'une année à l'autre peuvent paraître grandes, dit-il.

Peterborough a ainsi recensé 25 incidents haineux en 2020 contre 11 l'année précédente et Kingston, 18 contre 9 en 2019. Le nombre d'incidents est en revanche resté le même d'une année à l'autre à Sudbury avec trois cas.

Donc, oui, l'augmentation est double, mais le nombre de cas reste relativement faible et il est plus difficile dans ces petites communautés d'observer une tendance avec des données aussi petites, poursuit l'analyste.

Fait à noter, ces trois villes possèdent une université que fréquentent des étrangers, ce qui fait que le nombre de personnes appartenant à une minorité visible y est peut-être plus élevé que dans d'autres villes moyennes qui n'ont aucun établissement de ce genre.

Des étudiants attendent de traverser l'avenue University sur le campus.

Campus de l'Université Queen's à Kingston.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

M. Silver affirme toutefois que son expertise ne lui permet pas d'y voir une corrélation. Nous n'avançons aucune hypothèse qui pourrait expliquer la cause de ces incidents haineux, nous nous attardons seulement aux chiffres, précise-t-il.

Le formateur souligne néanmoins que dans cette catégorie en particulier des personnes issues des minorités visibles se sont senties davantage harcelées ou attaquées en 2020 qu'en 2019 à cause de la couleur de leur peau par rapport au reste de la population.

Le criminologue Jean-Claude Bernheim est en revanche moins hésitant à dresser un lien de causalité immédiat : [au début de la pandémie], le virus était considéré venant de Chine […] et certaines personnes ont fait un amalgame, qui a rapidement fait des personnes originaires d’Asie la cible de plusieurs attaques haineuses.

Les Noirs plus ciblés

La théorie de l'origine géographique de la pandémie ne se vérifie toutefois pas nécessairement partout en Ontario comme à l'échelle nationale.

La ville d'Ottawa a par exemple enregistré une hausse de 66 % des crimes haineux perpétrés sur son territoire. Selon M. Silver, les Noirs s'y disent les plus persécutés devant les Asiatiques (Est/Sud-Est) et les Juifs.

Un homme nettoie une croix gammée rouge peinte sur une porte.

Un homme nettoie un graffiti antisémite peint sur la porte d'un centre juif d'Ottawa en 2016.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Même chose à Toronto, où les groupes Noirs ont rapporté 83 incidents supplémentaires en 2020 par rapport à 2019 et les Asiatiques, 32 de plus durant la même période.

Dans le groupe des Asiatiques, les Chinois et les Coréens se disaient le plus souvent victimes d'incidents racistes.

Il existe peut-être un lien avec la pandémie lorsqu'on regarde les augmentations relevées dans le groupe des Asiatiques, mais il reste que les Noirs restent davantage visés si on s'en tient aux chiffres, explique l'analyste.

M. Silver dit que ces statistiques sont importantes, parce qu'elles permettent aux gouvernements ou aux corps policiers de dresser un portrait d'ensemble de la situation et de mieux établir des stratégies contre le racisme et la violence.

Autres actes criminels

Les crimes toute catégorie confondue ont en revanche diminué au Canada comme en Ontario.

Les villes de Peterborough, Sudbury et Kingston, en revanche, ont enregistré la plus forte hausse de leur indice de gravité de la criminalité tout crime confondu, avec une augmentation respective de 14 %, de 7  % et de 4 % de 2019 à 2020.

Il y a eu plus de personnes qui sont restées à la maison durant la première année de la pandémie, donc la criminalité a changé de visage aussi et il y a eu plus de crimes sur Internet par exemple, conclut M. Silver.

Les corps de police dans ces municipalités et les bureaux de leurs maires respectifs n'ont toutefois pu répondre à nos demandes d'entrevue dans les temps escomptés pour les fins de cet article.

Jean-Claude Bernheim en entrevue devant la caméra.

Jean-Claude Bernheim, expert en criminologie et chargé de cours à l'Université de Saint-Boniface au Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Le criminologue Jean-Claude Bernheim confirme que la toile, par l'intermédiaire des réseaux sociaux, a constitué le terrain le plus propice à ces attaques dans un contexte de confinement.

Comme les gens ne pouvaient pas s’exprimer en public à l’extérieur, ils s’exprimaient par le biais d’Internet et des réseaux sociaux, dit-il.

Outre les crimes haineux, les meurtres et les infractions liées au port d'une arme à feu ont eux aussi augmenté de 2019 à 2020, selon l'étude de Statistique Canada.

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