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Tunisie : le principal parti au Parlement préconise des élections anticipées

Un véhicule militaire bloque l'accès au parlement tunisien.

Les coups de force du président Kais Saïed ont suscité des inquiétudes au sein de la communauté internationale et chez certains citoyens.

Photo : Reuters / Zoubeir Souissi

Agence France-Presse

La principale formation politique au Parlement tunisien a préconisé mardi des élections anticipées après le coup de force du président Kais Saïed, qui a notamment suspendu l'assemblée, tandis que l'Union européenne a appelé au « rétablissement de la stabilité institutionnelle ».

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha a aussi appelé à un dialogue national pour faire sortir le pays de ses crises : politique, sociale, économique et sanitaire.

En moins de deux jours, le président Saïed a ordonné la suspension des travaux du Parlement pour un mois, limogé le chef du gouvernement Hichem Mechichi et s'est octroyé le pouvoir exécutif.

Au moment où le pays est frappé de plein fouet par une crise économique et sociale accentuée par la pandémie de COVID-19, ces décisions ont suscité des inquiétudes au sein de la communauté internationale, en particulier à Washington, Bruxelles et Paris.

L'ancrage démocratique du pays, le respect de l'État de droit, de la Constitution et du cadre législatif doivent être préservés tout en restant à l'écoute des volontés et aspirations du peuple tunisien, a averti mardi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dans un communiqué.

Au lendemain de violents affrontements entre partisans du président et opposants, Ennahdha s'est dit prêt à la tenue d'élections législatives et présidentielle anticipées simultanées, afin de garantir la protection du processus démocratique et d'éviter que tout retard ne serve de prétexte au maintien d'un régime autocratique.

Lundi, M. Saïed, également chef de l'armée, a aussi limogé le ministre de la Défense, Ibrahim Bartaji, et la porte-parole du gouvernement, Hasna Ben Slimane, également ministre de la Fonction publique et ministre de la Justice par intérim.

Ces initiatives ont été approuvées par de nombreux Tunisiens en colère contre le gouvernement notamment pour sa gestion de la crise de la COVID-19, la Tunisie ayant l'un des taux de mortalité les plus élevés au monde.

Najet Ben Gharbia, une habitante du quartier du Bardo à Tunis, attendait une décision forte depuis longtemps. Dix ans après la révolution, il y a encore beaucoup de pauvreté, les gens sont misérables, dit-elle, sa baguette de pain à la main.

L'inflation continue éprouve cette garde-malade de 47 ans. Avec son salaire mensuel de 600 dinars (180 euros), elle s'interdit la viande rouge, devenue trop chère, et s'inquiète pour l'avenir de son fils, qui vivote en travaillant dans un café.

La pandémie de COVID-19 et son cortège de restrictions n'ont fait qu'aggraver leur situation.

La priorité est à l'action, pas aux atermoiements, estime-t-elle, comme des milliers d'autres Tunisiens qui ont crié leur joie dans la rue après les annonces du président.

Le peuple n'approuvera jamais une nouvelle dictature

Mais d'autres ont fait part de leurs craintes d'un retour à la dictature dans la jeune démocratie, un peu plus de dix ans après le soulèvement populaire qui a mené à la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011.

On craint un peu ce qu'il peut advenir, de revenir à l'époque de Ben Ali, admet Mourtadha al-Saïdi, étudiant de 19 ans. Maintenant, il y a un seul pouvoir, c'est le président qui a le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.

Mais en réaction à la crise sanitaire et économique, et à la paralysie politique provoquée ces derniers mois par le bras de fer entre le président et Ennahdha, la tentation d'un homme à poigne séduit.

M. Saïed lors d'une entrevue, posant à côté du drapeau tunisien.

La président Kais Saïed

Photo : AFP / ANIS MILI

Ce que fait le président, c'est dans notre intérêt. Depuis 2011, les partis n'ont rien fait à part vendre nos biens aux étrangers et aux grandes familles de Tunis, estime Mounir Mabrouk.

Le quinquagénaire s'inquiète toutefois de la fermeture irresponsable du bureau de la chaîne qatarie Al-Jazira, investie par des policiers, alors que la liberté de la presse est l'une des fiertés de la Tunisie. Sans toutefois y voir un signal décisif.

Selon lui, le peuple n'approuvera jamais une nouvelle dictature.

La presse réagit

Coup d'État ou coup d'éclat, titre mardi en une le journal francophone le Quotidien. Le coup de pied donné par Kais Saïed dans la fourmilière parlementaire a pris au dépourvu pas mal de monde, à commencer par Ennahdha, ajoute-t-il.

Faut-il craindre pour la révolution?, titre le journal La Presse dans un éditorial, notant que le spectre de l'incertitude politique et de la banqueroute, conjugué aux effets d'une crise sanitaire mal gérée dans ce pays du Maghreb de 12 millions d'habitants, a provoqué un tremblement de terre dimanche.

Lundi, le premier ministre tunisien, Hichem Mechichi, s'est dit prêt à céder le pouvoir au futur premier ministre désigné par le président Kais Saïed.

J'assurerai la passation de pouvoir à la personnalité qui sera désignée par le président de la République, a-t-il déclaré.

Qui succédera au premier ministre?

Le président Saïed sera très prudent dans le choix du futur chef du gouvernement parce qu'il veut une personne de confiance et loyale qui adopterait la même politique que lui, souligne le politologue Slaheddine Jourchi.

On aura un gouvernement de Saïed qui doit améliorer les conditions de vie des Tunisiens, poursuit-il.

Les problèmes profondément enracinés du chômage et de la dégradation des infrastructures publiques qui étaient à l'origine du soulèvement il y a dix ans n'ont jamais été résolus.

Les événements de ces derniers jours en Tunisie, pays souvent représenté comme le seul où a réussi le Printemps arabe, ont entraîné de multiples réactions à l'étranger.

La France a dit souhaiter un retour, dans les meilleurs délais, à un fonctionnement normal des institutions et a appelé à éviter toute violence, tandis que les États-Unis, préoccupés, ont appelé au respect des principes démocratiques.

Le président Saïed est devant un grand défi, de montrer aux Tunisiens et au monde qu'il avait pris les bonnes décisions, dit M. Jourchi.

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