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Un « tsunami indien » déferle sur la région de Moncton

Shubham Mavani, un jeune homme souriant, devant un édifice.

Shubham Mavani est originaire de l'Inde. Il étudie à Moncton depuis 2019.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Pascal Raiche-Nogue

La communauté indienne de Moncton connaît une croissance fulgurante depuis trois années avec l’arrivée de centaines d’immigrants et d’étudiants. Et ce « tsunami indien », comme le surnomme à la blague l’un d’eux, ne semble pas sur le point de s’arrêter.

Le téléphone intelligent de Ketan Raval ne dérougit pas par les temps qui courent. Tous les jours ou presque, il reçoit des messages d’Indiens qui préparent leur arrivée à Moncton.

Ce matin, j’ai reçu trois messages Whatsapp. Ils voyagent le 1er août et ils cherchent un logement ici. Il y a toujours des gens qui cherchent de l’aide, dit-il en souriant.

L’année dernière, cet entrepreneur originaire de l’Inde – propriétaire d’une entreprise de technologie de l’information – a lancé Moncton Cares.

Cet organisme à but non lucratif aide des immigrants et étudiants (des Indiens pour la plupart) à s’installer et à trouver leurs repères dans la région.

Ketan Raval à l'ordinateur

Ketan Raval, fondateur de l'organisme Moncton Cares, ne chôme pas par les temps qui courent.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Depuis, lui et ses collègues accompagnent de nombreux compatriotes pour trouver un logement et un emploi, s’intégrer et faire toutes sortes de choses comme se procurer un permis de conduire néo-brunswickois.

Ils ne manquent pas de boulot. Au cours des dernières années, des centaines d’Indiens se sont installés à Moncton, attirés notamment par le marché du travail, le coût de la vie et des maisons à prix abordable.

De 2015 à 2017, 95 nouveaux résidents permanents originaires de l’Inde se sont établis dans la région de Moncton. Au cours des trois années suivantes, ce nombre a explosé pour atteindre 435, selon des données du gouvernement fédéral.

Le changement a été phénoménal. La communauté a connu une expansion spectaculaire, affirme Ketan Raval.

L’arrivée de ces centaines de personnes – qu’il appelle à la blague le tsunami indien – a eu un impact majeur sur la communauté indo-canadienne.

Quand je suis arrivé [en 2019], on avait une épicerie et peu d’articles indiens chez Walmart. Aujourd’hui, il y a plus de cinq épiceries indiennes, une allée chez Walmart et des produits dans d’autres supermarchés. On a plus de cinq restaurants indiens, dit-il.

Un employé de son entreprise – et bénévole au sein de l’organisme Moncton Cares – Shubham Mavani, est du même avis.

Il y avait seulement un magasin. Et je ne peux même pas dire que c’était une épicerie indienne. C’était une épicerie asiatique. Aujourd’hui, il y a plus de cinq épiceries. Et plus de cinq restaurants et il y en a d’autres qui sont en développement, dit-il.

Ce foisonnement et la vague d’immigrants indiens l'enthousiasment énormément. Je pense que c’est bon pour la ville de Moncton. De nombreux emplois sont disponibles et les immigrants viennent les décrocher. Et au fur et à mesure que les immigrants arrivent, Moncton va croître. Ils vont reprendre des entreprises et fonder des entreprises.

Quant à Ketan Raval, il n’en revient tout simplement pas. On n’a jamais imaginé que le changement aurait lieu si rapidement. [...] On pensait que ça prendrait cinq ans, sept ans, dix ans pour avoir une si grande communauté indienne.

Et cette vague n’est pas sur le point de s'arrêter, selon lui. Je pense qu’il y a probablement environ 500 autres Indiens qui attendent de venir et qui vont acheter leur billet d’avion dès que la frontière va rouvrir. Je ne pense pas que ça va arrêter.

C’est comme une colle qui soude la communauté

Thomas George, originaire de l’Inde, habite à Moncton depuis près de dix ans. Lorsqu’il s’est établi dans la région, après avoir passé quelques années à Toronto et à l’Île-du-Prince-Édouard, il s’est joint à une communauté indo-canadienne très modeste.

Il y avait très peu d’Indiens au Nouveau-Brunswick. On allait à Halifax pour acheter des aliments, comme des épices que l’on ne pouvait pas trouver au Nouveau-Brunswick. À l’époque, de nombreux immigrants ne restaient pas ici parce que c’était important pour eux, explique-t-il.

Une femme marche devant une boutique indienne à Moncton

L'une des nombreuses boutiques indiennes de Moncton

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Depuis deux ans, il a assisté à l’arrivée de centaines d’immigrants indiens dans le Grand Moncton, une vague qui a mené à l’ouverture de nombreux restaurants et commerces indiens qui aident à retenir les nouveaux arrivants.

C’est comme une colle qui soude la communauté et qui permet à la communauté de croître. C’est très excitant. Et c’est très bon pour le Nouveau-Brunswick, pas seulement pour les immigrants indiens.

Angelique Reddy-Kalala devant l'hôtel de ville de Moncton

Angelique Reddy-Kalala, l'agente de la stratégie d'immigration de la Ville de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

L’agente pour la stratégie d’immigration de la Ville de Moncton, Angelique Reddy-Kalala, confirme que la présence de ces commerces et d’une masse critique d’Indo-Canadiens dans la région a un impact sur la rétention des nouveaux arrivants.

Plus il y a de gens qui déménagent ici, plus facile c’est de retenir les immigrants. Les services et la nourriture sont disponibles. Ces aspects sont très importants pour l’établissement de tous nos nouveaux arrivants.

Ketan Raval est du même avis. Plus la communauté est importante, plus les Indo-Canadiens peuvent parler leur langue maternelle et partager des repas avec des gens originaires de la même région qu’eux.

L’une des choses importantes que recherchent les immigrants, c’est une communauté, des gens qui parlent leur langue. L’Inde est un pays très diversifié. Nous avons plus de 100 langues officielles. C’est difficile de trouver quelqu’un qui parle ta langue, même en Inde. Donc si on trouve même 10 personnes qui parlent notre langue, on va vouloir rester.

Une communauté plurielle

Thomas George en entrevue par vidéoconférence

Thomas George, président de l'Association du Kerala de Moncton (capture d'écran) en entrevue avec Radio-Canada Acadie

Photo : Radio-Canada

Avec la croissance fulgurante du nombre d’immigrants et d’étudiants originaires de l’Inde, on peut désormais parler de communautés au pluriel.

L’Association indo-canadienne est fantastique et nous travaillons encore avec elle. Maintenant, à cause de l’expansion de la population, il y a un besoin pour plus d’associations, explique Thomas George.

Il est le président de l’Association du Kerala de Moncton, créée pour regrouper les gens originaires de cet État du sud de l’Inde.

L’Inde est comme plusieurs pays qui cohabitent dans un grand pays. Chaque État a sa propre langue, sa propre culture, sa propre nourriture. C’est pour ça que des organisations [régionales] ont été créées.

Thomas George dit être en contact avec plus de 200 personnes du Kerala qui demeurent à Moncton. Un nombre modeste, mais qui permettra à son association d’organiser des événements pour transmettre la culture cet été aux plus jeunes.

Les étudiants indiens, une manne pour les institutions postsecondaires

Le tsunami indien frappe aussi les institutions postsecondaires anglophones de Moncton.

L’Université Crandall – une université anglophone privée – a vu le nombre d’étudiants indiens augmenter en flèche. Lors de l’année universitaire 2018-2019, ils n’étaient que six. L’année suivante, ils étaient 80. Puis, ce groupe d’étudiants est passé à 200 l’année dernière, en pleine pandémie.

Le vice-recteur académique de l’institution, Jon Boyd Ohlhauser, rapporte que les Indiens fréquentent surtout les programmes de deuxième cycle en gestion.

La croissance des dernières années est appelée à se poursuivre, selon lui. Nous nous attendons à ce que le nombre d’étudiants originaires de l’Inde continue d'augmenter au cours des trois prochaines années et s’approcher de 400 par année, dit-il par courriel.

Un édifice du campus.

Le campus de Moncton du New Brunswick Community College accueille de plus en plus d'étudiants indiens.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Le campus de Moncton du New Brunswick Community College (NBCC) rapporte lui aussi des hausses phénoménales.

En 2016-2017, l’institution a seulement attiré trois étudiants indiens. Au cours de l’année 2020-2021, ce groupe était formé de 149 étudiants.

La porte-parole du NBCC, Tanya Greer, rapporte par courriel que la plupart des étudiants indiens sont attirés par les programmes d’ingénierie, d’entreprenariat et de technologie de l’information.

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