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La fermeture fréquente des toilettes publiques soulève la grogne à l’île d’Entrée

Une butte avec des maisons et une ferme à l'avant-plan.

La fermeture sporadique des toilettes municipales de l'île d'Entrée occasionne certains désagréments pour les visiteurs et les résidents de l'île (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Des citoyens de l'île d'Entrée, aux Îles-de-la-Madeleine, sont exaspérés par les fermetures récurrentes des toilettes publiques. Ils accusent la Municipalité de négliger le développement touristique de leur île isolée.

Puisqu’elles sont reliées à une fosse septique scellée, et non à un champ d’épuration, les deux toilettes municipales situées près du quai de l’île d’Entrée sont fermées au public dès que le réservoir d’eaux usées est plein.

La Municipalité note cet été un achalandage plus important sur l'île d'Entrée qui force une vidange aux trois ou quatre jours maximum.

À chaque vidange de fosse, un camion municipal doit être transporté, à bord du seul traversier qui relie Cap-aux-Meules à l'île d'Entrée, mais les conditions météo, les marées et la petite capacité du bateau empêchent souvent la traversée de la machinerie et des employés municipaux en temps voulu.

Au début du mois de juillet, les toilettes municipales sont ainsi demeurées inaccessibles durant plus d’une semaine en raison de l’impossibilité de transporter l’équipement sur l’île d’Entrée.

Suzanne René est photographiée à l'extérieur, devant une butte verdoyante avec un chapeau sur la tête.

Suzanne René estime que la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine n'en fait pas assez pour accueillir convenablement les touristes sur l'île d'Entrée.

Photo : Avec l'autorisation de Suzanne René

Résidente de l'île d'Entrée depuis 30 ans, Suzanne René voit des visiteurs se soulager directement sur son terrain ou ceux de ses voisins.

La semaine passée, on est arrivé à la maison après une balade et deux jeunes filles étaient en train de faire pipi sur le bord du chemin, raconte-t-elle. Cet été, ça fait trois fois que je vois ça, et c’est sans compter les couches que je ramasse dans le champ. On ne va plus aux fraises, on ne sait pas qui a pissé dessus.

Des personnes descendent la Big Hill avec la mer en arrière-plan.

Des visiteurs ont été aperçus en train de faire leurs besoins sur des terrains privés de l'île d'Entrée durant les périodes de fermeture des toilettes municipales (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le restaurateur Brian Josey, dont la cantine est située à un jet de pierre du quai et des toilettes municipales, partage les propos de Mme René.

C’est un gros problème quand les gens vont dans les champs ou sur la plage parce que les toilettes municipales sont fermées. Je ne blâme pas les touristes, ils n’ont pas le choix.

Une citation de :Brian Josey, résident de l’île d’Entrée

Le restaurateur affirme permettre à tous les visiteurs qui le demandent d’utiliser ses toilettes lorsque les installations municipales sont inaccessibles. Brian Josey estime devoir accommoder jusqu’à 90 visiteurs par jour.

Je ne refuse personne qui veut aller aux toilettes, mais le problème c’est que mon restaurant est petit et que la capacité de mes installations sanitaires est limitée aussi. C’est le temps que la Municipalité passe à l’action, affirme le restaurateur Brian Josey qui croit qu’une vidange de la fosse septique serait minimalement nécessaire tous les deux jours.

Brian Josey photographié devant un paysage de l'île d'Entrée

Lorsque les toilettes municipales sont inaccessibles, le restaurateur Brian Josey doit accueillir des dizaines de visiteurs dans la toilette de son restaurant (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Suzanne René, qui possède sa propre entreprise touristique de camping et de tours guidés sur l’île  d’Entrée, demande à la Municipalité d'en faire plus pour accueillir convenablement les touristes, notamment en installant des tables, des points d’eau et des poubelles.

Le problème c’est que les visiteurs ne sont pas encadrés, ils sont "dompés" sur l’île d’Entrée. Je blâme la Municipalité de ne pas mettre ses culottes. L’île d’Entrée est 25 ans en retard sur le plan touristique.

Une citation de :Suzanne René, résidente de l’île d’Entrée

Selon elle, la population vieillissante de l’île n’est pas en mesure d’assurer de structurer adéquatement l’accueil des visiteurs.

L’île d’Entrée est une aile gériatrique à ciel ouvert, lance Mme René. On ne peut pas demander à des personnes âgées de gérer le développement touristique. C’est la responsabilité de la Municipalité de faire en sorte que les touristes qui paient une fortune pour venir ici soient au moins en mesure d’aller aux toilettes.

L'île d'Entrée, seule île madelinienne habitée qui n'est pas reliée aux autres par voie terrestre, compte une soixantaine de résidents permanents majoritairement anglophones. La plupart des insulaires ont plus de 60 ans.

Réplique du maire des Îles-de-la-Madeleine

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, ne cache pas que le débordement des toilettes est un problème récurrent et bien connu, mais il estime que la Municipalité déploie les efforts nécessaires pour trouver des solutions de rechange en fonction des éléments qu'elle contrôle.

D’entrée de jeu, M. Lapierre souligne que la double insularité de l’île d’Entrée contribue au problème.

Ce n’est pas un manque de volonté, c’est une difficulté liée à l’insularité. C'est extrêmement complexe à gérer parce qu’on a seulement accès à l’île par bateau via le traversier de la STQ.

Une citation de :Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

Chaque fois qu’on veut vider la fosse, il faut réserver une place sur le traversier et envoyer de la main-d’œuvre avec la machine, souligne le maire. Ça, on peut le faire lorsqu’il fait beau, lorsque la marée est haute, et lorsqu’il y a de la place sur le bateau.

Jonathan Lapierre dehors au soleil.

«Je pense qu’il n’y a pas de problème de manque de toilettes à l’île d’Entrée, il y a une utilisation et un affichage à améliorer», soutient le maire des Îles, Jonathan Lapierre (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La Municipalité précise qu’elle a déjà doublé la fréquence des vidanges depuis quelques semaines. Une place à bord du bateau Ivan-Quinn est réservée tous les lundis et les jeudis jusqu’à la fin de l’été.

M. Lapierre note également qu’une entente a été conclue avec le Conseil des Madelinots anglophones pour que la toilette située dans l’ancienne école de l’île d’Entrée soit ouverte au public tous les jours, entre 9 h 30 et 16 h 30. L’installation est toutefois située à près de 1,5 kilomètre du quai, le point d’entrée de tous les visiteurs, ce que plusieurs résidents de l'île d'Entrée jugent trop éloigné pour être adéquat.

Une école blanche dont le revêtement est en mauvais état.

Une toilette est accessible à l'ancienne école de l'île d'Entrée. Toutefois, le bâtiment n'est pas situé sur le chemin qu'empruntent habituellement les visiteurs pour atteindre la Big Hill, principal attrait de l'île d'Entrée (archives).

Photo : CAMI

Jonathan Lapierre souligne par ailleurs que la Société des traversiers du Québec (STQ), propriétaire du traversier qui dessert l'île d'Entrée, possède également une toilette sur le quai, mais que celle-ci est actuellement hors service. Le maire indique avoir communiqué lundi avec la STQ pour exiger la réouverture de l’installation.

Il y a une question de bon vouloir, chacun doit mettre de l’eau dans son vin, précise le maire.

On a des améliorations à faire de notre côté, la STQ doit aussi prendre ses responsabilités et ouvrir sa propre toilette et il y a probablement des améliorations à faire pour l’affichage de la toilette offerte dans l’ancienne école, admet le maire.

La Municipalité prévoit également réaliser des travaux le plus tôt possible pour convertir une des deux toilettes par un urinoir et remplacer l’autre par une toilette à faible débit pour économiser l'eau et ralentir le remplissage de la fosse.

Pas de terrains municipaux, pas de champ d’épuration

Avec l’achalandage connu cet été et les problèmes de traversées vers l’île d’Entrée, la Municipalité admet que la toilette avec une fosse scellée telle qu’elle est là est inappropriée. Toutes les tentatives pour déplacer les toilettes et les doter d’un champ d’épuration, dans le but d'éviter les vidanges fréquentes, se sont avérées infructueuses selon le maire.

Il y a eu énormément d’efforts faits par l’équipe municipale pour négocier et acheter des terrains, mais il y a un propriétaire qui possède énormément de terrains près du quai qui est très peu collaboratif.

Une citation de :Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

Cette situation limite également l’installation d’équipements municipaux pour accueillir les touristes sur l'île d'Entrée.

La Municipalité a des responsabilités, elle a certainement des torts, mais elle n’a pas tous les torts, croit M. Lapierre. Je pense qu’on fait beaucoup pour les gens de l’île d’Entrée, mais il y a une partie qui leur appartient, parce qu’on a très peu de propriétés qui relèvent de la Municipalité.

Un paysage de l'île d'Entrée

La Municipalité indique qu'elle possède très peu de terrains à l'île d'Entrée, ce qui limite le développement d'installations selon le maire (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

M. Lapierre souligne également l’absence de comités de citoyens à l’île d’Entrée pour travailler de concert avec la Municipalité, de même que la cohabitation de différents clans qui ont des visions différentes en ce qui concerne le développement de l’île.

La Municipalité en fait énormément pour l’île d’Entrée, mais il y a quand même des gens qui nous empêchent d’avancer, lance le maire.

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