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Assaut du Capitole : « J'ai l'impression d'être allé jusqu'en enfer pour les protéger »

Tristesse, colère, fierté d'avoir défendu la démocratie américaine, reconnaissance envers leurs collègues : les émotions des policiers qui ont repoussé les émeutiers, près de sept mois plus tard, sont encore vives. Les témoignages de quatre d'entre eux devant un comité du Congrès l'ont montré sans équivoque.

Écouté par ses collègues, le policier Daniel Hodges lit sa déclaration d'ouverture; l'un de ses collègues se couvre les yeux.

Le sergent Aquilino Gonell, Michael Fanone, Daniel Hodges et Harry Dunn ont livré des témoignages empreints d'émotion.

Photo : Associated Press / Brendan Smialowski

Les travaux du comité spécial de la Chambre des représentants qui enquête sur l'invasion du siège du Congrès ont commencé mardi matin de façon percutante, avec les témoignages émotifs de policiers visiblement encore ébranlés par l'assaut des pro-Trump qu'ils ont dû repousser le 6 janvier.

Si les images qui ont marqué cette journée fatidique ont été maintes fois montrées et vues, ces épisodes de violence étaient cette fois décrits par quatre des agents qui étaient aux premières lignes pour repousser l'assaut.

Agressés, insultés, les quatre agents qui ont donné le coup d'envoi aux travaux du comité, essuyant parfois leurs larmes, ont témoigné avec des détails troublants de la violence de cette journée, parlant des blessures qu'ils ont subies et des séquelles physiques et psychologiques qu'ils portent encore.

Ils m'ont torturé. Ils m'ont battu, a décrit Michael Fanone, qui a entre autres précisé avoir reçu des impulsions d'un pistolet électrique à plusieurs reprises.

Et j'ai entendu des gens dans la foule crier : “Prends son arme, tue-le avec son arme” et des mots de ce genre, a-t-il déclaré, ajoutant qu'il avait imploré la clémence de la foule d'assaillants en mentionnant qu'il avait des enfants.

Michael Fanone, qui porte son uniforme, regarde vers le bas, l'air abattu.

L'émotion des policiers qui ont témoigné devant le comité spécial d'enquête, dont Michael Fanone, était palpable.

Photo : Reuters / Michael Fanone

Son collègue du département métropolitain de la capitale fédérale, Daniel Hodges, ainsi que deux policiers du Capitole, les sergents Aquilino Gonell et Harry Dunn, ont eux aussi dit avoir craint pour leur vie.

C'est comme cela que je vais mourir, en défendant cette entrée, a pensé le sergent Gonell, alors que, pressé par les émeutiers, il cherchait son air.

Mes collègues policiers et moi-même avons été frappés, roués de coups de pied, aspergés de produits chimiques irritants et même aveuglés par des lasers nocifs pour les yeux, a-t-il narré. Il a spécifié que plusieurs émeutiers, protégés par des équipements tactiques, étaient armés de couteaux, de pulvérisateurs chimiques et de boucliers subtilisés aux policiers.

Le 6 janvier, pour la première fois, j'ai eu plus peur de travailler au Capitole que pendant tout mon déploiement en Irak.

Une citation de :Sergent Aquilino Gonell, policier du Capitole

En Irak, nous étions dans une zone de guerre. Mais rien dans mon expérience dans l'armée ou en tant que policier ne m'a préparé à ce que nous avons affronté le 6 janvier, a expliqué le vétéran.

Daniel Hodges, dont les images le montrant coincé entre un bouclier et le cadre d'une porte ont circulé abondamment, est revenu sur cet épisode, disant qu'un des émeutiers en avait profité pour le frapper à la tête. Il a également raconté avoir été frappé avec son propre masque à gaz.

À un autre moment, où il luttait pour conserver sa matraque, il s'est fait dire : Tu vas mourir sur tes genoux!, a-t-il raconté.

Ces descriptions détaillées du fil des événements contrastent avec les affirmations de Donald Trump, qui a soutenu qu'une foule aimante de manifestants avaient étreint et embrassé les policiers.

Interrogé sur ces propos, le sergent Gonell a affiché son désaccord manifeste. C'est insultant, c'est démoralisant, parce que tout ce que nous avons fait, c'était pour éviter que tout le monde dans le Capitole soit blessé, a-t-il répondu.

C'est une excuse pathétique pour son comportement, pour une monstruosité qu'il a lui-même contribué à créer. Je ne suis pas encore remis de ces “étreintes et embrassades”, a dit le policier, encore en thérapie pour ses blessures.

Il a par ailleurs affirmé avoir aussi entendu des menaces spécifiques contre la vie de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et aussi du vice-président Mike Pence.

Plusieurs pro-Trump étaient entrés dans le Capitole en criant : Pendons Mike Pence!, après que Donald Trump eut dénoncé celui qui a sans doute été son allié le plus loyal pendant les quatre ans de son mandat. Mike Pence n'a pas eu le courage de faire ce qui aurait dû être fait pour protéger notre pays et notre Constitution, avait-il tweeté quelques minutes après le début de l'invasion.

Le racisme au cœur de la violence verbale

Semblant ému, Harry Dunn, regarde vers le haut.

Le sergent Harry Dunn a entre autres témoigné des insultes racistes qui ont été proférées à son endroit.

Photo : Reuters / Andrew Harnik

Le sergent Harry Dunn a de son côté fait part des insultes que lui et ses collègues noirs ont dû endurer à répétition le 6 janvier.

Les images captées ce jour-là montrent que certains des manifestants portaient des drapeaux confédérés.

Personne ne m'avait jamais, jamais traité de “n****” pendant que je portais l'uniforme d'un policier du Capitole, a-t-il dit, insistant sur le fait que son expérience était loin d'avoir été unique.

Le policier a signalé à quel point cette journée l'avait épuisé tant physiquement qu'émotivement et laissé en état de choc et d'incrédulité. Il a dit s'être assis sur un banc avec un collègue afro-américain après que l'édifice eut finalement été vidé et lui avoir raconté les insultes qu'on lui avait lancées.

Je suis devenu très émotif et j'ai commencé à crier : “Comment une chose comme celle-là peut-elle arriver? Est-on bien en Amérique?” J'ai commencé à sangloter, et des policiers sont venus me consoler.

Une citation de :Sergent Harry Dunn, policier du Capitole

C'est tellement décourageant et décevant que nous vivions dans un pays avec des gens comme ça, qui vous attaquent à cause de la couleur de votre peau, juste pour vous blesser. Ces mots sont des armes, a-t-il déploré.

Le policier Hodges a soutenu que plusieurs des émeutiers qu'il a vus, en grande majorité des hommes blancs, avaient exprimé des sentiments suprémacistes.

Ils n'ont rien dit de particulièrement xénophobe à mon endroit, mais ils l'ont fait à l'endroit de mes collègues noirs et de tous ceux qui ne sont pas blancs, a-t-il ajouté, ajoutant que certains avaient même tenté de le rallier à leur cause.

Très attentifs, les neuf membres du comité se sont montrés émus devant les témoignages des policiers qui les ont défendus au péril de leur vie.

J'ai parlé à un certain nombre d'entre vous et j'ai appris à vous connaître. Je pense qu'il est important de vous dire que, même si vous avez l'impression d'être un peu brisés à l'intérieur – vous avez tous parlé des effets auxquels vous êtes exposés et de l'impact de cette journée –, les gars, vous avez gagné, a affirmé le républicain Adam Kinzinger, peinant à retenir ses larmes.

Lui et sa collègue Liz Cheney sont les seuls républicains à siéger au comité ad hoc. Le leadership républicain a décidé de boycotter les travaux du comité mis sur pied par Nancy Pelosi, mais celle-ci a décidé de nommer ces deux élus – deux conservateurs loin d'être des alliés naturels des démocrates, mais les seuls républicains à avoir voté en faveur du comité.

Ils faisaient également partie du groupe restreint de 10 républicains qui ont voté, en début d'année, en faveur de la mise en accusation de Donald Trump.

Les républicains montrés du doigt

Des partisans de Donald Trump, à l'extérieur du Capitole, certains portant des drapeaux américains ou pro-Trump, qu'ils ont pris d'assaut.

Assaut du capitole

Photo : Getty Images / Spencer Platt

Si de nombreux élus républicains et commentateurs de droite ont tenté de minimiser les événements du 6 janvier, ce n'était de toute évidence pas le cas des quatre témoins, qui n'ont pas hésité à parler par exemple d'insurrection ou d'attaque terroriste.

Le sergent Gonell, qui a dit s'être fait traiter de traître par les émeutiers, a qualifié l'assaut de tentative de coup d'État. En tant qu'immigrant aux États-Unis, je suis particulièrement fier d'avoir défendu la Constitution américaine et notre démocratie le 6 janvier, a-t-il affirmé.

Certains ont exprimé leur indignation lorsque quelqu'un s'est simplement agenouillé pour la justice sociale, a-t-il déploré, faisant allusion aux athlètes qui protestaient, pendant l'hymne national, contre la violence policière à l'endroit des Noirs. Où sont ces mêmes personnes pour s'indigner de l'attaque violente contre les forces de l'ordre, le Capitole des États-Unis et notre démocratie américaine?, a-t-il demandé.

Michael Fanone, qui avait tenté en vain de convaincre les républicains d'appuyer la création d'une commission d'enquête indépendante, a été particulièrement cinglant à l'égard des républicains qui ont cherché à banaliser l'assaut.

J'ai l'impression d'être allé en enfer pour les protéger, eux et les personnes présentes dans cette salle, mais trop de gens me disent maintenant que l'enfer n'existe pas ou que l'enfer n'était pas si terrible.

Une citation de :Michael Fanone, policier au sein du département métropolitain de la capitale fédérale

L'indifférence qu'ils montrent à l'endroit de mes collègues est honteuse, a-t-il tonné, frappant la table de sa main.

Dire la vérité ne devrait pas être difficile, a pour sa part lancé le sergent Dunn. Se battre le 6 janvier était difficile. Entrer travailler le 7 janvier était difficile. [...] Liz Cheney et Adam Kinzinger sont acclamés comme des héros courageux. Et bien que je sois d'accord avec cette notion, pourquoi? Parce qu'ils ont dit la vérité? Pourquoi est-ce difficile de dire la vérité? Je suppose que dans cette Amérique, ça l'est.

Le policier Hodges, qui a martelé à plusieurs reprises que les émeutiers étaient des terroristes, a été invité à commenter les propos d'un républicain qui les avait plutôt comparés à de simples touristes.

Eh bien, si c'est ainsi que se comportent les touristes américains, je comprends pourquoi les pays étrangers n'aiment pas les touristes américains, a-t-il répondu sous les rires, insufflant un rare moment de légèreté dans une audience à forte intensité.

Les émeutiers ont été clairs sur les raisons qui les avaient emmenés au Capitole, a par ailleurs affirmé le sergent Gonell. Ils disaient tous, tous : Trump nous a envoyés.

Interrogés sur les questions qu'ils voudraient voir le comité spécial examiner, les quatre policiers ont été unanimes : il faut identifier les responsables à l'origine de l'assaut.

Si un tueur à gages est recruté et qu'il tue quelqu'un, il va en prison. Mais il n'y a pas que le tueur à gages qui va en prison, la personne qui l'a recruté aussi. Une attaque a été commise le 6 janvier, et [quelqu'un] a envoyé [ceux qui l'ont commise]. Je veux que vous alliez au bout de cette histoire.

Une citation de :Sergent Harry Dunn, policier du Capitole

Vous avez fait votre devoir en prenant des risques considérables. Maintenant, nous, les membres de ce comité, avons un devoir. Un devoir cependant bien moins dangereux, mais essentiel : faire toute la lumière sur ce qui s'est passé ce jour-là, a d'ailleurs promis le président du comité, le représentant démocrate Bennie Thompson, avant de clore les travaux de cette première journée.

Nous ne pouvons pas permettre que ce qui s'est passé le 6 janvier se reproduise. Nous le devons à vous et à vos collègues, et nous ne manquerons pas, je vous l'assure, à cette responsabilité.

Liz Cheney défie de nouveau son parti

Assis dans la salle d'audience où se trouve devant un drapeau américain, Liz Cheney et Adam Kinzinger ont tous deux la tête penchée et la main sur le côté du visage.

Les républicains Liz Cheney et Adam Kinzinger ont continué de tenir une autre position que celle de leur caucus.

Photo : Reuters / Andrew Harnik

Les démocrates ont par ailleurs donné l'occasion à Liz Cheney de faire une déclaration d'ouverture, dont elle a profité pour défier une fois de plus son caucus.

Adhérerons-nous à l'état de droit, respecterons-nous les décisions de nos tribunaux et préserverons-nous la transition pacifique du pouvoir? Ou serons-nous aveuglés par la partisanerie au point de rejeter le miracle de l'Amérique? Haïssons-nous nos adversaires politiques plus que nous n'aimons notre pays et ne révérons notre Constitution?, a-t-elle demandé.

Si les responsables n'ont pas à rendre des comptes et si le Congrès n'agit pas de manière responsable, cela restera un cancer pour notre république constitutionnelle, en sapant le transfert pacifique du pouvoir au cœur de notre système démocratique.

Une citation de :Liz Cheney, représentante du Wyoming

Son caucus l'a évincée de sa position de leadership au sein du parti en mai dernier, parce qu'elle persistait à dire que Donald Trump avait perdu l'élection et qu'elle dénonçait ses allégations non fondées de fraudes électorales massives.

À l'instar du président du comité, elle a plaidé pour une enquête approfondie.

Nous devons savoir ce qui s'est passé ici, au Capitole. Nous devons également savoir ce qui s'est passé pendant chaque minute de cette journée à la Maison-Blanche – chaque appel téléphonique, chaque conversation, chaque réunion avant, pendant et après l'attaque, a-t-elle déclaré.

L'allusion au leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, était claire. Pendant le déroulement du deuxième procès en destitution de Donald Trump, en février dernier, une représentante républicaine avait fait part d'un appel tendu qu'il avait fait à Donald Trump au cours duquel il l'avait en vain imploré d'intervenir au moment de l'assaut du Capitole.

La décision du leadership républicain de boycotter le comité sur l’assaut du Capitole a donné lieu à une série de questions et un ton d’une exceptionnelle uniformité dans un Washington désormais défini par une polarisation extrême.

Celle-ci s'est cependant affichée de façon évidente à l'extérieur de la salle d'audience. Certains représentants républicains qui sont de loyaux alliés de Donald Trump ont profité de la journée pour dénoncer devant le siège du département de la Justice le traitement réservé aux prisonniers politiques arrêtés en lien avec leurs actes du 6 janvier. Ils ont cependant dû couper court à leur événement en raison de contre-manifestants.

Selon CNN, Kevin McCarthy, dont le parti se pose traditionnellement en ardent défenseur de l'ordre public et des policiers, a par ailleurs soutenu ne pas avoir eu le temps de suivre les audiences.

Après avoir initialement blâmé Donald Trump pour l'assaut du Capitole, il a par la suite modifié son discours, s'opposant à toute démarche visant à enquêter sur les événements du 6 janvier.

Il a d'abord rejeté la proposition d'une commission d'enquête indépendante inspirée de celle sur le 11 Septembre, bloquée par les républicains du Sénat, puis a critiqué l'option retenue par les démocrates de la Chambre, déplorant la mise en place, selon lui, d'un comité aux conclusions écrites d'avance.

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