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Des experts doutent que l'Ontario puisse lever les restrictions le 6 août

Portrait de l'homme lors d'une entrevue Skype.

Le Dr Hugues Loemba doute que l'Ontario puisse pleinement vacciner 75 % des 12 ans et plus d'ici le 6 août.

Photo : Radio-Canada

Avant de déconfiner davantage, l'Ontario veut que 80 % des 12 ans et plus aient eu au moins une dose de vaccin et 75 %, les deux doses.

C'est le seuil fixé plus tôt ce mois-ci par le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore, pour la levée des restrictions le 6 août.

Entre-temps, l'Ontario demeure dans la troisième phase de son plan de réouverture :

  • le port du masque reste obligatoire dans les lieux publics intérieurs;
  • les rassemblements à l'intérieur sont limités à 25 personnes;
  • le nombre de places dans les cinémas, les stades et les salles de concert est réduit de moitié;
  • les bars peuvent accueillir 75 % moins de clients, etc.

Le Dr Moore dit que son objectif de vaccination est atteignable (il faut aussi qu'au moins 70 % des 12 ans et plus soient pleinement vaccinés dans toutes les régions), mais il admet avoir fixé la barre haut pour éviter un reconfinement lié au variant Delta. Il s'attend à une augmentation des cas de COVID-19 à l'automne.

À l'heure actuelle, seuls les 60 ans et plus ont un taux de vaccination (deux doses) de 75 % ou plus en Ontario. Chez les 12 à 17 ans, le taux est de 41 % seulement. Plus de 80 % des adultes ontariens ont reçu au moins une dose et un plus de 68 %, deux doses.

Le Dr Hugues Loemba, virologue et clinicien chercheur à l'Hôpital Montfort d'Ottawa, doute que l'Ontario puisse atteindre la cible provinciale d'ici moins de dix jours.

Cet objectif peut être réaliste à moyen terme seulement, bien au-delà du 6 août, ou certainement vers septembre, dans la mesure où on peut croire que ceux qui ont eu au moins une dose de vaccin anti-COVID-19 devraient certainement se prévaloir de leur 2e dose d'ici l'automne.

Une citation de :Dr Hugues Loemba, virologue

Le spécialiste des maladies infectieuses et professeur à l'Université McMaster de Hamilton Dominik Mertz pense, lui, que la province pourrait atteindre le seuil de 75 % durant la semaine du 9 août.

Nous avons accru le taux de vaccination de 5 % parmi les 12 ans et plus au cours de la dernière semaine, dit-il. Nous sommes maintenant à un taux de 66,7 % [deux doses]. Nous devrions atteindre la cible de 80 % [au moins une dose] au cours des prochains jours.

Convaincre les récalcitrants

L'épidémiologiste Timothy Sly, professeur à l'Université Ryerson de Toronto, souligne que l'Ontario et le Canada font actuellement bonne figure dans le monde en matière de taux de vaccination. Seule une poignée de pays et îles comme Gibraltar et Malte dépassent actuellement le Canada, note-t-il.

Néanmoins, la pente devient de plus en plus difficile à gravir, selon lui.

Le premier 50 % est facile à atteindre. Les gens font la queue pour se faire vacciner. Mais le dernier 50 % est beaucoup plus lent, pour de multiples raisons. Oublions les antivaccins, ils sont probablement une cause perdue. Mais ceux qui hésitent pour une raison ou une autre, il faut trouver pourquoi et répondre à ces inquiétudes.

Une citation de :Timothy Sly, épidémiologiste

De son côté, la Dre Anna Banerji, pédiatre et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, pense qu'il est toujours possible d'atteindre la cible provinciale, mais en rendant la vaccination encore plus accessible.

Elle se réjouit de voir qu'on vaccine maintenant dans certaines épiceries. Elle aimerait aussi que ce soit le cas dans les stations de métro, notamment.

Plus il y a de personnes vaccinées, plus ce sera sécuritaire pour la rentrée scolaire et le retour au bureau.

Une citation de :Anna Banerji, pédiatre

Le risque posé par le variant Delta

De l'avis de la Dre Banerji, le gouvernement ontarien a raison de faire preuve de prudence en matière de déconfinement.

On voit ce qui se passe au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis, où il y a une résurgence à cause du variant Delta, souligne-t-elle.

Le professeur Sly est du même avis, et souligne que le taux de positivité des tests de dépistage et le taux de reproduction net sont légèrement à la hausse en Ontario. La plupart des experts en santé publique et en épidémiologie sont très nerveux au sujet de la possibilité de tout rouvrir trop rapidement et trop tôt, prévient-il.

Selon lui, il faudrait un taux de vaccination d'au moins 85 % face au variant Delta, pour éviter d'autres débordements dans les hôpitaux.

La seule urgence est de rouvrir les écoles pour l'enseignement en personne le 7 septembre sans retard et peu importe les taux de vaccination à ce moment-là.

Une citation de :Dominik Mertz, professeur à l'Université McMaster

Le nombre moyen de nouveaux cas de COVID-19 par jour en Ontario est de 150 à 160 depuis la mi-juillet.

Une loterie comme au Québec?

Le premier ministre Doug Ford a fermé la porte à l'idée d'un passeport vaccinal, qui a été utilisé dans certains pays pour inciter la population à se faire vacciner en réservant l'accès à certains lieux aux personnes immunisées.

Et une loterie? Au Québec, le gros lot est de 1 million de dollars.

Le professeur Sly trouve « étonnant » qu'on doive offrir des incitatifs pour que le public se fasse immuniser, étant donné que le vaccin est offert gratuitement. Mais si les gens sont tellement confus, mal informés ou trompés qu'ils ont besoin d'incitatifs ou de prix, alors peut-être qu'on devrait faire ça pour protéger ceux qui ne peuvent pas se faire vacciner et qui sont vulnérables, dit-il.

Pour sa part, le Dr Loemba est sceptique. Même s’il semble que les mesures incitatives à caractère financier peuvent motiver une partie des personnes qui hésitent à se faire vacciner, il n’y a pas encore beaucoup de données pour prouver que cette stratégie de loterie soit concluante et efficace de manière significative pour faire basculer la balance chez les vaccino-sceptiques ''purs et durs''. Ça va probablement nécessiter une combinaison de plusieurs stratégies pour les convertir en grand nombre, affirme-t-il.

Le professeur Mertz croit qu'une loterie pourrait aider à en convaincre certains. Environ 8 % de la population est antivaccin et ils ne se feront jamais vacciner, dit-il. Il y a un autre 12 % de personnes qui ne sont pas vaccinées, mais qu'on pourrait arriver à convaincre. Il privilégie une approche multidimensionnelle combinant a) accès facile, b) répondre aux inquiétudes des gens et c) accroître la motivation de se faire vacciner.

Alexandra Hilkene, l'attachée de presse de la ministre ontarienne de la Santé Christine Elliott, répète que l'Ontario et les bureaux locaux de santé publique cherchent à accroître les taux de vaccination grâce, plutôt qu'à une loterie, à des séances d'information multilingues, de la sensibilisation pour les jeunes et des kiosques de vaccination dans des centres commerciaux et à la plage, notamment.

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