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Procès au Vatican : plongée dans les finances vaticanes et ses prédateurs

Vue de la basilique Saint-Pierre à Rome.

Le Vatican inculpe 10 personnes dans l’affaire du financement opaque d’un immeuble de luxe à Londres.

Photo : Associated Press / Gregorio Borgia

Agence France-Presse

L'achat par le Vatican d'un immeuble londonien de prestige – via des hommes d'affaires accusés de l'avoir gravement floué avec l'aide de complicités internes – sera au cœur d'un procès qui débute mardi devant le tribunal pénal du plus petit État de la planète.

La constitution d'un patrimoine immobilier par le Vatican, pour se mettre à l'abri financièrement et pour faire fructifier ses revenus, n'est pas nouvelle.

Mais jamais les services du pape ne s'étaient lancés dans un tel montage financier complexe, affirment les magistrats en décrivant un imbroglio quasi inextricable de fonds d'investissements spéculatifs avec effet de levier, de banques, d'institutions de crédit, et de personnes physiques et juridiques.

Deux ans d'enquête dans les méandres aussi de sociétés offshore ont débouché sur des chefs d'accusation variés contre dix protagonistes, dont un éminent cardinal italien en disgrâce. Fraude, détournement de fonds, abus de pouvoir, blanchiment, corruption, extorsion.

L'affaire est gênante pour l'Église, car elle met en évidence l'utilisation imprudente du Denier de Saint-Pierre, la grande collecte annuelle de dons dédiés aux actions caritatives du pape.

Un cauchemar

La lecture des éléments de l'enquête décrit deux hommes d'affaires, qui auraient profité de l'incompétence financière de la Secrétairie d'État, le gouvernement central qui seconde le pape.

Avec un prix d'achat surévalué, une hypothèque cachée, et un Saint-Siège longtemps privé de tout contrôle, voire victime d'extorsion, l'acquisition est devenue un cauchemar pour la réputation de l'Église.

Toute la chaîne de décisions de la Secrétairie d'État sera décortiquée. Car parmi dix inculpés, la moitié travaillait dans la Cité du Vatican lors de l'achat en deux temps de l'immeuble de 17 000 m2 situé au 60 Sloane Avenue, dans le chic quartier londonien de Chelsea.

En 2013-2014, la Secrétairie d'État emprunte plus de 200 millions de dollars notamment au Crédit Suisse pour investir dans le fonds luxembourgeois Athena d'un homme d'affaires italo-suisse vivant à Londres, Raffaele Mincione.

L'argent a été emprunté en mettant en gage dans un organisme spécialisé des liquidités importantes du Vatican, y compris des dons. La moitié de la somme est destinée à l'achat de 45 % de l'immeuble londonien, l'autre moitié à réaliser des placements boursiers.

Raffaele Mincione, rémunéré pour ses services par une commission, utilise l'argent de l'Église pour des opérations spéculatives, comme le rachat de banques fragiles. En conflit d'intérêts, pointent les magistrats, il finance aussi ses propres projets. Le Saint-Siège, qui essuie des pertes et n'a aucun contrôle sur le choix d'investissements pas forcément éthiques, décidera quatre ans plus tard, fin 2018, de mettre un terme à l'alliance.

Extorsion

C'est à ce moment-là qu'un nouvel intermédiaire londonien, l'Italien Gianluigi Torzi, est choisi pour négocier la rupture avec Raffaele Mincione – qui va obtenir 60 millions de dollars – et la pleine propriété de l'immeuble par le Vatican.

Torzi s'adjugera toutefois le contrôle du bien (à travers des actions avec droits de vote) à la barbe du Vatican et ira même jusqu'à extorquer 22 millions de dollars supplémentaires à la Secrétairie d'État (théoriquement propriétaire à 100 %) contre son départ, selon les documents du tribunal.

Le Saint-Siège a déboursé environ 518 millions de dollars finalement pour acquérir le bien.

Deux personnes auraient particulièrement aidé les deux intermédiaires londoniens, contre rémunération, soupçonnent les magistrats: Enrico Crasso, de nationalité suisse et un ex-banquier du Crédit suisse, pendant des décennies un consultant financier de la Secrétairie d'État du Vatican, et Fabrizio Tirabassi, un employé italien de cette section.

La haute hiérarchie du Vatican à la barre

Également devant le tribunal pénal – une première pour un cardinal – Angelo Becciu, qui était en 2014 Substitut de la Secrétairie d'État, numéro deux et l'équivalent d'un ministre de l'Intérieur en contact constant avec le pape François. Seront également appelés à comparaître son ancien assistant, le père Mauro Carlino, ainsi que les deux ex-dirigeants du gendarme financier du Vatican (AIF, depuis lors restructuré et renommé), le Suisse René Brülhart, et l'Italien Tommaso Di Ruzza.

Sans lien avec l'achat londonien, une femme, la dépensière Cecilia Marogna, affirme pour sa part avoir été employée par le cardinal pour des activités de renseignement visant à faire libérer des religieux enlevés, et a perçu un peu plus de 1 million de dollars de la secrétaire d'État sur un compte slovène.

Enfin, le procès se penchera sur un autre dossier distinct lié aussi au cardinal Becciu : le financement à hauteur de 1,2 million de dollars de l'entreprise de son frère par des fonds de l'épiscopat italien et de la Secrétairie d'État, pour des activités possiblement non caritatives.

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