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Assaut du Capitole : le comité de la Chambre entend ses premiers témoins

Contraints à renoncer à une vaste commission d'enquête sur le modèle de celle du 11 Septembre, les démocrates sont allés de l'avant avec un plan B, qui est sur le point de se mettre en œuvre.

Des partisans de Donald Trump, à l'extérieur du Capitole, certains portant des drapeaux américains ou pro-Trump, qu'ils ont pris d'assaut.

Des partisans de Donald Trump, à l'extérieur du Capitole, le 6 janvier dernier.

Photo : Getty Images / Spencer Platt

Le comité spécial de la Chambre des représentants sur l'assaut du 6 janvier amorcera ses travaux ce matin avec le témoignage de quatre policiers qui ont combattu les émeutiers. Malgré le boycottage des leaders de leur parti, deux républicains, tous deux très critiques à l'endroit de Donald Trump, se joindront aux démocrates pour enquêter sur cette attaque qui a ébranlé la démocratie américaine.

Composé de neuf membres, le comité restreint mandaté de faire la lumière sur l'invasion du siège du Congrès par des partisans de l'ancien président républicain aura à sa tête le président du comité de la Sécurité intérieure de la Chambre, Bennie Thompson.

Mais les yeux se tourneront rapidement vers une autre des membres du comité : la républicaine Liz Cheney, qui a été évincée de la position de numéro 3 de son parti en mai parce qu'elle martelait que Joe Biden avait remporté l'élection présidentielle de novembre 2020 de façon légitime.

Je ne resterai pas assise en silence et je ne croiserai pas les bras pendant que d'autres conduisent notre parti sur un chemin qui abandonne l'État de droit et rejoint la croisade de l'ancien président pour saper notre démocratie, avait-elle lancé devant la Chambre à la veille du vote de ses collègues.

Ostracisée par les membres de son propre parti, l'unique représentante du Wyoming se verra attribuer une tribune de choix par les démocrates.

Selon le New York Times et le Washington Post, elle devrait prendre la parole au début des audiences, après l'allocution d'ouverture du président du comité.

D'après le Washington Post, cette décision a été prise en raison de l'image forte que cela enverra.

Liz Cheney, devant un micro, prenant la parole devant la Chambre des représentants

Critique de l'ancien président Trump, Liz Cheney avait livré un message sans équivoque devant la Chambre des représentants à la veille du vote des républicains sur sa position de leadership au sein du parti.

Photo : C-SPAN

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, avait d'emblée inclus dans sa sélection Mme Cheney, qui ne sera toutefois pas la seule républicaine du comité.

Celui-ci devait initialement inclure 13 élus, soit huit nommés par Nancy Pelosi et cinq nommés en consultation avec le leader de la minorité républicaine de la Chambre, Kevin McCarthy.

Ce dernier a cependant décidé de retirer toutes ses recommandations après que Mme Pelosi eut rejeté deux de ses choix, Jim Jordan et Jim Banks, qu'elle jugeait trop partiaux. Les deux élus sont de très loyaux alliés de Donald Trump qui ont notamment relayé ses fausses allégations de fraude électorale.

La réponse de Nancy Pelosi? Nommer elle-même un autre républicain. Son choix, évident, s'est porté sur Adam Kinzinger et a été annoncé dimanche.

Sur le plan idéologique, le représentant de l'Illinois et sa collègue Liz Cheney sont loin d'appartenir à l'aile modérée de leur formation. Mais ils font partie du groupe restreint de 10 républicains qui ont voté en faveur de la mise en accusation de Donald Trump, en janvier, puis des 35 qui ont appuyé la tenue d'une vaste commission d'enquête bipartisane du Congrès, mais ils sont les seuls membres de leur camp à avoir ensuite appuyé la proposition de mettre en place un comité ad hoc de la Chambre.

M. Kinzinger apporte un grand patriotisme à la mission du comité : trouver les faits et protéger notre démocratie, a soutenu la démocrate la plus puissante de la Chambre.

Ce moment exige une approche sérieuse, lucide et non partisane, a-t-il déclaré dans un communiqué après sa nomination. Il a promis de travailler avec diligence pour faire en sorte que nous obtenions la vérité et que les responsables de l'attaque répondent pleinement de leurs actes.

Je suis un républicain attaché aux valeurs conservatrices, mais j'ai prêté le serment de soutenir et de défendre la Constitution – et même si ce n'est pas une position que je m'attendais à occuper ou que j'ai recherchée, lorsque le devoir m'appelle, je répondrai toujours à l'appel.

Une citation de :Adam Kinzinger, représentant de l'Illinois

Outre Bennie Thomson, le comité comprend six autres démocrates, dont Adam Schiff, président du Renseignement de la Chambre, et Jamie Raskin, les deux élus qui ont tour à tour présidé les équipes de mise en accusation au cours des deux procès de Donald Trump devant le Sénat, en 2020, puis en 2021.

La deuxième procédure en destitution lancée à son endroit – et à l'issue de laquelle il avait sans surprise été acquitté – avait d'ailleurs été engagée en raison de la responsabilité qu'une majorité de représentants lui attribuait dans l'assaut du Capitole.

Des témoignages qui s'annoncent percutants

Les quatre premières personnes appelées à témoigner devant le comité spécial seront quatre policiers qui étaient en première ligne : deux agents du Capitole, le sergent Aquilino Gonell et Harry Dunn, ainsi que deux membres du département métropolitain de la capitale fédérale, Michael Fanone et Daniel Hodges.

Ils rendront compte vraisemblablement des abus physiques et verbaux qu'ils ont subis. Ils ont déjà raconté leur expérience dans les médias, témoignant de la violence de l'événement et des difficultés qu'ils ont vécues, mais c'est la première fois qu'on les entendra partager un récit qui s'annonce saisissant dans un contexte aussi solennel.

L'un d'eux, Daniel Hodges, est l'un des policiers attaqués pendant l'assaut dont on a le plus souvent vu des images. C'est ce policier, attaqué alors qu'il était écrasé par une porte, qu'on entendait crier à l'aide. Il a dit à CBS News avoir eu peur pour sa vie.

Des images de la caméra d'intervention de Michael Fanone obtenues par CNN montrent notamment que des émeutiers l'ont battu avec un mât de drapeau et lui ont donné des impulsions électriques avec son propre pistolet électrique, qui lui avait été subtilisé, tout comme son arme de service. Un émeutier avait aussi dit qu'ils devraient le tuer avec sa propre arme à feu . Selon des documents de cour, il a fait une crise cardiaque et a dû être hospitalisé.

Il a tenté en vain de convaincre des républicains d'appuyer la création d'une commission bipartisane, et il ne s'est pas gêné pour critiquer publiquement le fait que plusieurs d'entre eux minimisent les événements.

Je veux que les gens comprennent la signification du 6 janvier. Je veux que les gens comprennent que, en fait, des milliers d'émeutiers se sont rendus au Capitole avec une volonté de violence et de destruction et de meurtre.

Une citation de :Michael Fanone, en entrevue à CNN

Aquilino Gonell a lui aussi été battu avec une hampe de drapeau. Il a affirmé avoir été traité de traître pendant l'attaque et a également dit avoir entendu qu'il serait tué.

Harry Dunn a pour sa part rapporté que lui et ses collègues noirs avaient dû subir les insultes racistes des émeutiers pendant qu'ils tentaient de repousser leurs assauts. Ils ont montré qu'ils nous détestaient et qu'ils détestaient la couleur de notre peau, a-t-il soutenu sur les ondes de CNN.

L'assaut a fait près de 150 blessés au sein du corps policier.

Le plan B des démocrates

Après le refus des sénateurs républicains de créer une commission d'enquête indépendante inspirée de celle sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001, la majorité démocrate de la Chambre s'est tournée vers la mise sur pied d'un comité spécial de la Chambre.

D'autres comités réguliers de la Chambre et du Sénat se sont déjà penchés sur des aspects de l'assaut du Capitole. D'ex-responsables de la sécurité au Capitole invités à comparaître devant deux comités sénatoriaux ont par exemple unanimement montré du doigt les ratés des services de renseignement et la lenteur du Pentagone à déployer des renforts lors de l'assaut du Capitole.

Le comité ad hoc, qui jouira de pouvoirs d'assignation à comparaître et d'injonction de production de documents, aura toutefois une portée plus large.

Il s'attardera notamment aux facteurs politiques. Ensuite, il devrait examiner la réponse de Donald Trump à l'invasion meurtrière du Capitole, mais possiblement aussi sa contestation de la légitimité de l'élection.

Adopté il y a un mois, le texte, présenté par Nancy Pelosi, stipule que la commission aura pour mandat d'enquêter sur les faits, les circonstances et les causes de l'attentat terroriste national du 6 janvier 2021 contre le complexe du Capitole des États-Unis et ceux de l'interférence avec le transfert pacifique du pouvoir ainsi que sur les facteurs d'influence qui ont fomenté une telle attaque contre la démocratie représentative américaine alors qu'elle était engagée dans un processus constitutionnel.

La préparation et la réponse de la police du Capitole et celles d'autres organismes fédéraux, locaux et des États seront aussi dans sa mire.

Ses travaux devraient durer des mois.

Environ 10 000 partisans de l'ex-président républicain avaient envahi le périmètre du Capitole et quelques centaines d'entre eux avaient pris d'assaut le siège du Congrès.

Le bureau du procureur général du District de Columbia évalue à 1,5 million de dollars américains les dommages matériaux occasionnés le 6 janvier. Selon son plus récent bilan, plus de 535 personnes ont été arrêtées.

Jusqu'ici, une dizaine de personnes ont plaidé coupables à diverses accusations fédérales, qui vont de délits mineurs à des délits d'obstruction. Plusieurs font face à une sentence d'emprisonnement.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, et CNN

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