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Crise politique en Tunisie : deux autres ministres limogés

Un homme perché sur les portes en fer qui mènent au parlement tunisien agite un drapeau de la Tunisie.

Avec la destitution de deux autres ministres, la crise politique en Tunisie continue de s'aggraver.

Photo : Reuters / Zoubeir Souissi

Radio-Canada

Le président tunisien, Kais Saied, a limogé lundi le ministre de la Défense et le porte-parole du gouvernement – qui dirigeait aussi le ministère de la Fonction publique et celui de la Justice de manière intérimaire.

L’incertitude continue de s’accentuer dans cette jeune démocratie en crise depuis des mois.

Les nouvelles destitutions s’ajoutent à celle du premier ministre, Hichem Mechichi, survenue dimanche soir après une journée de manifestations dans de nombreuses villes de Tunisie, notamment contre la gestion de l’épidémie de coronavirus.

Qui plus est, M. Saied a annoncé le gel des activités du Parlement pour 30 jours en vertu de l’article 80 de la Constitution, qui envisage des mesures exceptionnelles en cas de péril imminent.

Le président, qui est également le chef de l’armée, s’est aussi octroyé le pouvoir exécutif, en annonçant son intention de désigner un nouveau premier ministre.

Crise en tunisie

Une démocratie mise à l’épreuve

Il y a un objectif de restaurer l’efficience de l’État, mais il faudra s’assurer d’impliquer un large nombre d’acteurs, a estimé l’analyste d’International Crisis Group Michael Ayari. On est dans l’inconnu, avec un risque de dérives y compris sanglantes.

Ennahdha, principal parti au Parlement, a fustigé les mesures imposées par le président, dénonçant un coup d’État contre la révolution et la Constitution.

En revanche, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, a estimé que les décisions de M. Saied étaient conformes à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique, plus de dix ans après le soulèvement populaire qui a mené à la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Le président du Parlement, Rached Ghannouchi, également chef d’Ennahdha, a appelé à la mobilisation et est resté près de 12 heures devant l’Assemblée bouclée par des militaires pour réclamer le droit d’y accéder.

Rached Ghannouchi, entouré de gardes de sécurité, s'adresse à un journaliste.

Le président du Parlement, Rached Ghannouchi

Photo : Reuters / Zoubeir Souissi

Selon Ennahdha, le bureau de l’Assemblée, réuni en dehors du Parlement, a appelé l’armée et les forces de sécurité à se placer du côté du peuple et à remplir leur rôle de protection de la Constitution. Le bras de fer entre MM. Ghannouchi et Saied, en cours depuis six mois, a plongé la Tunisie dans une crise constitutionnelle.

Les décisions de M. Saied visent à changer la nature du régime politique en Tunisie et à le faire passer d’un régime parlementaire à un régime présidentiel, individuel et autoritaire, a accusé M. Ghannouchi. Les alliés d’Ennahdha au sein de la coalition, Qalb Tounes et le mouvement islamiste nationaliste Karama, ont condamné les décisions de M. Saied.

Dans l’opposition, le Courant démocratique, parti sociodémocrate qui a plusieurs fois soutenu M. Saied, a rejeté sa prise de pouvoir, imputant néanmoins la responsabilité de la tension populaire et de la crise à la coalition gouvernementale.

Un véhicule militaire bloque l'accès au parlement tunisien.

Le parlement tunisien est complètement bouclé.

Photo : Reuters / Zoubeir Souissi

Préoccupations au sein de la communauté internationale

Les développements en Tunisie, seul pays rescapé du printemps arabe, ont suscité l’inquiétude à l’étranger.

Affaires mondiales Canada dit suivre l'évolution de la situation de près et appelle les parties au dialogue. Le Canada soutient le peuple tunisien dans sa transition démocratique, écrit un porte-parole du ministère dans un courriel.

La France a dit souhaiter un retour, dans les meilleurs délais, à un fonctionnement normal des institutions et appelé à éviter toute violence.

Même son de cloche du côté de la Russie, de l’Union européenne, de l’Allemagne, du Qatar, de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis.

Interrogée pour savoir si Washington estimait être en présence d’un coup d’État, la porte-parole de la Maison-Blanche a souligné que cette question était examinée par le département d’État.

De l’autre côté de frontière occidentale de la Tunisie, le principal parti islamiste d’Algérie, le Mouvement de la société de la paix, est beaucoup plus catégorique en évoquant un coup d’État contre la Constitution et la volonté populaire de nos frères tunisiens exprimée lors des précédentes législatives. Selon un tweet de la présidence algérienne, M. Saied s’est entretenu au téléphone avec son homologue Abdelmadjid Tebboune des derniers développements en Tunisie.

Tribulations sociales

Des manifestants le poing levé devant un policier dans les rues de Tunis.

De nombreuses personnes ont manifesté à Tunis dans les derniers jours.

Photo : Reuters / Zoubeir Souissi

La crainte d’un retour en arrière sur les libertés a été accentuée après la fermeture lundi du bureau de la chaîne qatarie Al-Jazira à Tunis par des policiers, sans décision de justice ni explications. Amnistie internationale et Reporters sans frontières ont condamné cette fermeture et ont appelé les autorités à garantir la liberté d’expression.

Dans la journée, plusieurs centaines de partisans du président Saied et d’Ennahdha ont échangé des jets de bouteilles et de pierres devant le parlement à Tunis. Mais la situation est ensuite revenue à la normale.

En fin de journée, la présidence a annoncé que le couvre-feu nocturne officiellement instauré pour lutter contre la COVID-19 avait été prolongé d’une heure, désormais de 19 h à 6 h. Elle a aussi annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de trois personnes et deux jours de congé pour les fonctionnaires.

Depuis le début de juillet, la Tunisie, frappée par ailleurs par le chômage et l’inflation, affronte un pic épidémique avec l’un des pires taux de mortalité officiels du monde. Le pays de 12 millions d’habitants a enregistré officiellement plus de 560 000 cas de COVID-19, dont plus de 18 000 décès.

Avec les informations de Agence France-Presse

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