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Des musées de renommée dupés par un faux sculpteur autochtone

Une oeuvre sur bois et une autre vue de dos pour voir la signature de Harvey John.

À gauche, une sculpture du faux artiste autochtone Harvey John évaluée à 1200 $. À droite, une autre oeuvre où l'on voit sa signature.

Photo : Quintana Galleries/Invaluable.com

Radio-Canada

Plusieurs musées de grande renommée de la Colombie-Britannique regrettent d’avoir vendu des sculptures sur bois d’apparence traditionnelle autochtone, signées d’un artiste qui, en réalité, n’existe pas.

Les membres d’une page Facebook (Nouvelle fenêtre) qui a pour mission de dévoiler les faux objets d’art autochtone ont aidé à débusquer l’artiste qui faisait des sculptures sur bois et s'attribuait le nom de Harvey John. Il prétendait être de la communauté Nuu-Chah-Nulth, de l’île de Vancouver, et racontait dans sa biographie officielle  (Nouvelle fenêtre)avoir appris la sculpture sur bois grâce à son oncle.

Rien de cette histoire n’est vrai. Après avoir été questionné à ce sujet, Steve Hoffman, un marchand d’art de la vallée du Fraser, a admis que Harvey John était un pseudonyme.

Dans une entrevue avec CBC, M. Hoffman, de Langley, a admis qu’il avait délibérément induit ses clients en erreur et qu’il a payé une compensation financière aux magasins qu’il a trompés.

Je suis désolé, a-t-il dit. J’ai un sens moral.

Il dit que les sculptures proviennent d’un artiste de la Colombie-Britannique, qui s’est inventé l’identité de Harvey John et a écrit sa biographie. Steve Hoffman dit avoir cru au début que l’artiste était véritablement Autochtone et que, lorsqu’il a pris connaissance de la vérité, il a néanmoins décidé de continuer à propager le mensonge.

D’un point de vue, j’ai aidé quelqu’un à gagner sa vie, a dit M. Hoffman. Mais d’un autre point de vue, c’était un pseudonyme. C’était inexact.

M. Hoffman a refusé de révéler la vraie identité de l’artiste. Je ne veux dénoncer personne.

Je l’ai su instantanément.

Une citation de :Erin Brillon

C’est une description bâclée de l’artiste qui a mis la puce à l’oreille d'Erin Brillon. La designer de mode de Totem Design House est d'origine haïda et crie. Elle a remarqué une annonce d’un magasin d’art albertain décrivant les oeuvres de Harvey John comme étant « des sculptures originales haïdas » et non pas Nuu-Chah-Nulth, comme dit la biographie officielle de l'artiste.

Mme Brillon a fait mention de ses doutes dans le groupe Facebook qui se consacre à dénicher l’art autochtone frauduleux.

J’ai su instantanément qu’il ne s’agissait pas d’une personne haïda. Ce n’était pas un design haïda, loin de là. Et je sais que John n’est pas un nom de famille haïda.

Sa publication a récolté de nombreux commentaires de personnes qui partageaient ses doutes et qui ont trouvé des magasins partout dans le monde vendant des œuvres signées Harvey John.

En fin de compte, quelqu’un a signalé qu'un propriétaire de magasin de Vancouver avait vendu ses sculptures. Cette personne a demandé des explications à M. Hoffman et lui a fait admettre la duperie, et la nouvelle s’est répandue dans le monde des galeries d’art de la Colombie-Britannique.

Je suis vraiment heureuse qu’on s’en soit rendu à la source de cet art frauduleux, dit Mme Brillon.

La designer de mode Erin Brillon a aidé à dénoncer le faux artiste autochtone Harvey John.

La designer de mode Erin Brillon, à l'exposition Haida Now au Musée de Vancouver le 22 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Les musées coupent les ponts

Le Musée d’anthropologie de la Colombie-Britannique, le musée des beaux-arts Audain de Whistler, et la galerie Bill Reid, de Vancouver, ont enlevé les œuvres de Harvey John de leurs étagères et ont mis fin à leur relation avec Steve Hoffman.

C’est très troublant, que quelqu’un ait mis de l’avant une fausse identité, déplore Curtis Collins, le directeur et curateur en chef du musée des beaux-arts Audain.

La boutique du Musée a fait part de la fausse information  (Nouvelle fenêtre)aux clients qui ont acheté des oeuvres de Harvey John et offert un remboursement.

Nous faisons affaire avec les gens en bonne foi, dit la gérante de la boutique du Musée d’anthropologie, Sharon Haswell. Nous nous attendons à ce que les gens disent la vérité dans leurs relations commerciales. Malheureusement, celle-ci s’est avérée une escroquerie. Elle dit que cette expérience l’a rendue plus vigilante par rapport aux produits qu’elle vend et que, dorénavant, elle demandera probablement des rencontres en personne avec les artistes.

Un problème de plus grande envergure

Erin Brillon déplore toutefois que le problème aille au-delà d'un seul artiste qui a dupé ses clients.

Le faux art autochtone est très répandu. En ce moment, les membres du groupe Facebook dénoncent quotidiennement des vendeurs de tee-shirts. Ceux-ci s’emparent de designs conçus par des artistes autochtones pour vendre de la marchandise promouvant le message Chaque enfant compte dans la foulée de la découverte des sépultures d'enfants non marquées près des anciens pensionnats pour Autochtones.

[Harvey John] aurait dû être débusqué beaucoup plus vite. Je pense que beaucoup de gens ont fermé les yeux, dit Erin Brillon.

Elle voudrait que le Canada emboîte le pas aux États-Unis, qui en 1990 ont créé une loi qui protège (Nouvelle fenêtre) l’art des nations autochtones américaines et qui pénalise la mise sur le marché de produits frauduleux, avec des amendes qui peuvent s’élever à 1 million de dollars et à des peines de prison allant jusqu'à cinq ans de prison.

Avec les informations de Bethany Lindsay

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