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Pesticides : Ottawa veut permettre plus de résidus dans les bleuets sauvages

Comme avec le glyphosate dans les légumineuses, le Canada deviendrait moins exigeant que les États-Unis.

Des bleuets.

Les bleuets sauvages ou bleuets nains sont plus petits que les bleuets de culture ou bleuets de corymbe.

Photo : Radio-Canada / Chantale Desbiens

Santé Canada propose d'autoriser trois fois plus de traces d'un insecticide et d'un fongicide dans les bleuets sauvages, une fois rendus dans l'assiette des Canadiens. Deux consultations publiques sont en cours, dont une se termine ce mardi. Les framboises sont aussi concernées. Il n'y a aucun risque pour la santé, assure Ottawa.

Au bout du téléphone, depuis sa bleuetière du Lac-Saint-Jean, Daniel Gobeil avoue son étonnement. Jamais le président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec n'a demandé à Santé Canada de tolérer plus de résidus de pesticides.

Au contraire, dit-il. Nos membres vont de plus en plus vers le biologique.

Les producteurs de bleuets sauvages du Nouveau-Brunswick ne sont pas non plus à l'origine de la requête.

Dans les documents de consultation publique sur le site de Santé Canada, l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) propose de faire passer la tolérance de 3 parties par million (ppm) à 10 ppm pour le métalaxyl (Nouvelle fenêtre) (un fongicide) et de 0,7 à 2 ppm pour le sulfoxaflore (Nouvelle fenêtre) (un insecticide).

Dans le cas des framboises, la modification concerne uniquement le métalaxyl, mais le rehaussement est important : la tolérance deviendrait sept fois plus élevée qu'actuellement.

Le président de l’Association québécoise des producteurs de fraises et de framboises, David Lemire, n'était pas non plus au courant. Ce n'est vraiment pas une demande du Québec, assure-t-il. Pour moi, c’est incompréhensible.

On n'a aucun intérêt à faire monter ce taux-là, parce que ça pourrait permettre à des produits qui dépassent la norme actuelle de rentrer chez nous.

Une citation de :David Lemire, président de l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec
Des framboises les unes sur les autres.

Les framboises produites au Québec sont uniquement destinées à la consommation locale. Mais la vaste majorité des framboises canadiennes sont produites en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Tina Lovgreen

Demandeurs et justifications inconnus

Contrairement à la consultation sur le glyphosate, qui justifiait le changement par des impératifs d'importation et de ventes, les deux documents de consultation ne précisent pas ce qui nécessite la modification des limites.

On ignore aussi qui est le demandeur pour chacun des deux pesticides. Dans le cas du glyphosate, c'est le fabricant du Roundup, Bayer, qui en avait fait la demande.

Nos questions à Santé Canada sont restées sans réponse. On sait toutefois que les fabricants de pesticides sont le plus souvent à l'origine de ces demandes. Leur lobby CropLife le reconnaissait récemment.

La multinationale Corteva n'a rien demandé

La compagnie américaine qui commercialise le sulfoxaflore, Corteva Agriscience, affirme ne pas être à l'origine de la requête.

Ce dossier est aberrant, réagit la professeure à l'Institut des sciences de l’environnement de l'UQAM et spécialiste des pesticides, Louise Vandelac. C'est l'opacité la plus complète.

Quand ce sont les données de l’industrie qui servent à analyser les demandes de l’industrie, c’est un cercle pour le moins vicieux.

Une citation de :Louise Vandelac, professeure à l'Institut des sciences de l’environnement de l'UQAM

Le demandeur a fourni au gouvernement des « données d'essai en conditions réelles », sans que soient précisés le lieu (quel pays, par exemple) et les conditions dans lesquelles ces tests ont été menés.

On apprend dans ces données que la moyenne la plus élevée de résidus de métalaxyl constatée dans les framboises est 0,686 ppm. Or, Ottawa propose de fixer la LMR a 1,5. C'est plus du double.

Toutefois, les « risques » de toutes les nouvelles limites fixées sont jugés « acceptables pour la santé humaine et l'environnement », écrit Santé Canada dans le document.

Pesticides sur les petits fruits

Quels sont ces pesticides?

Le métalaxyl est un fongicide qui permet de lutter contre la pourriture des racines. Il est commercialisé sous la marque Orondis-Gold par la multinationale suisse Syngenta.

Il s'agit d'un pesticide systémique, qui est absorbé par les feuilles, les tiges et les racines. Le produit circule à l’intérieur de l’organisme de la plante, explique Louise Hénault-Ethier, chercheuse associée à l'INRS et directrice du Centre Eau Terre Environnement.

La chair du fruit au complet peut éventuellement contenir le pesticide, si on parle d'un produit systémique.

Une citation de :Louise Hénault-Ethier, chercheuse associée à l'Institut national de recherche scientifique (INRS) et directrice du Centre Eau Terre Environnement.
Le prix de la livre de bleuets sauvages a beaucoup diminué depuis 2011.

Un Canadien consomme en moyenne 1,1 kg de bleuets (corymbes et sauvages) par année et 1,43 kg à travers des produits transformés, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada

Le sulfoxaflore est un insecticide qui permet de lutter contre les pucerons et les punaises. Il est commercialisé sous la marque Closer par la multinationale américaine Corteva.

Selon la base de données du Québec sur les pesticides, le sulfoxaflore est « toxique chez les abeilles ». Par ailleurs, « des effets neurodéveloppementaux » ont été observés chez des rats de laboratoires « sans que ne soit confirmée la pertinence ou non de ces effets chez l'humain ».

Un Canadien consomme en moyenne 1,1 kg de bleuets (corymbes et sauvages) par année et 1,43 kg à travers des produits transformés, selon Statistique Canada.

Dans son évaluation, l’ARLA prend en compte la consommation moyenne des aliments, mais Louise Henault-Éthier et Louise Vandelac remettent en question cette façon de faire. Elles s'inquiètent pour la diète de certaines populations autochtones et des résidents du Lac-Saint-Jean, qui mangent davantage de bleuets sauvages.

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