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Robert Lepage attristé par la mort de Michèle Lalonde

Portrait de Robert Lepage sur fond noir.

Le metteur en scène a livré ses réflexions sur la vie et l'œuvre de Michèle Lalonde, décédée jeudi.

Photo : BERTRAND GUAY/AFP/Getty Images

Radio-Canada

Comme bien des personnalités du milieu culturel, Robert Lepage admirait Michèle Lalonde, décédée jeudi. L'œuvre de la poète et écrivaine s’est même taillé une place jusque dans celle du metteur en scène, dans sa pièce solo 887, dont le poème Speak White sert de colonne vertébrale.

Au téléphone, M. Lepage s'est dit très attristé par le départ de l’écrivaine, même s’il affirme l’avoir connue personnellement sur le tard : C’est un deuil terrible, pas juste pour le monde littéraire et culturel. Je pense que c’est une femme qui a eu un apport très important et de l’influence sur la conscience sociale et politique du Québec.

Speak White, l’œuvre la plus connue de Michèle Lalonde, sert de fil conducteur à l’une des pièces les plus autobiographiques de Lepage, 887, dans laquelle il se replonge dans ses souvenirs d’enfance et trace un portrait de la société québécoise des années 1960. Dans la pièce, Lepage doit mémoriser le poème pour un récital, à l'occasion du 40e anniversaire de la Nuit de la poésie.

Une scène de la pièce « 887 » de Robert Lepage

Une scène de la pièce «887», de Robert Lepage

Photo : Le Diamant / Érick Labbé

C’était le meilleur texte pour structurer mon spectacle. Ça comprend vraiment toutes les différentes étapes des années 1960, à la fois mon épanouissement personnel, mais aussi l’éveil identitaire du Québec, explique-t-il.

Encore une résonance 50 ans plus tard

Lorsque Michèle Lalonde a écrit Speak White, ce n’était pas dans une posture souverainiste, mais le poème a vite été récupéré par le mouvement nationaliste. Un demi-siècle plus tard, alors que ce mouvement n’est plus animé par la même ferveur qu'avant, le texte a-t-il encore une résonance?

Selon Robert Lepage, il est clair que oui, mais il faut comprendre l’intention initiale de l’autrice, qui s’intéressait surtout au pouvoir des mots et à l’oppression par l’entremise de la langue.

Michèle Lalonde lors de la première « Nuit de la poésie », le 27 mars 1970

Michèle Lalonde lors de la première «Nuit de la poésie», le 27 mars 1970

Photo : ONF/Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse

Dans le poème, elle ne parle pas seulement de l’anglais. Ça dit aussi que nous, les francophones, on n’a pas à donner de leçons aux Anglais par rapport à l’oppression d’un peuple par la langue. Elle réfère à ce que les Français ont fait au Congo, de comment les Russes ont utilisé le langage pour opprimer, puis ensuite les Allemands, explique-t-il.

Donc, ce n’est pas un poème pour dénoncer l’anglais par rapport au français. Elle dénonçait les gens qui utilisaient la langue, peu importe laquelle, pour opprimer un autre groupe. C’est ça, Speak White.

Aller plus loin que Speak White

Robert Lepage avoue que lorsqu’il a contacté Mme Lalonde pour lui demander la permission d’utiliser Speak White dans sa pièce, elle n’était pas si enthousiaste à l’idée.

Quand je l’ai appelée la première fois pour lui demander la permission, elle a dit : "bon, encore ce maudit poème!" Elle l’appelait son "maudit poème" parce qu’elle a une œuvre quand même très importante, mais c’est ce texte qui a tout éclipsé.

En effet, de son vivant, Michèle Lalonde était déçue que les gens ne s’intéressent qu’à Speak White, alors qu’elle a écrit une panoplie de textes, que ce soit pour le cinéma, pour le théâtre ou des essais. Robert Lepage cite notamment la pièce de 1977 Dernier recours de Baptiste à Catherine, qui est vraiment très habile.

Elle a aussi fait des recueils de poésie, comme Métaphore pour un nouveau monde, en 1980, qui est absolument remarquable. C’est une écriture qui est plus contemporaine que Speak White, ajoute-t-il.

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