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Le projet de GNL Québec aurait grugé les surplus énergétiques d'Hydro-Québec

Un plan aérien permet de voir où prendrait place le projet de GNL Québec.

Un plan aérien du projet de GNL Québec

Photo : Radio-Canada

Si le gouvernement avait donné son aval à Énergie Saguenay de GNL Québec, l’octroi d’un bloc énergétique de 550 mégawatts par Hydro-Québec pour alimenter l’usine de liquéfaction de gaz naturel aurait compromis la réalisation de projets plus verts.

C’est en partie ce que révèle le rapport d’analyse environnementale pour le projet Énergie Saguenay rédigé par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, déposé le 30 juin. Le document a été rendu public jeudi, au lendemain de l’annonce du refus du gouvernement de donner le feu vert au projet caressé par GNL Québec au port de Grande-Anse, à La Baie.

Le rapport indique que l’octroi de ce bloc d’hydroélectricité à GNL Québec, un avantage qui se trouvait au cœur du projet et qui permettait à la compagnie d’affirmer que son gaz naturel liquéfié serait produit grâce à de l’énergie propre, aurait privé Hydro-Québec de ses surplus.

N’étant plus en situation de surplus d’électricité, ce bloc d’énergie propre ne serait plus disponible, advenant l’autorisation du projet, pour des projets répondant à des besoins plus stratégiques pour l’atteinte de ces cibles de réductions, est-il indiqué dans le rapport.

Ce constat fait écho aux prétentions de la Coalition Fjord, opposée au projet depuis le tout début.

C’est intéressant de voir que le Ministère vient à la même conclusion que nous. Six milliards de kilowattheures, parce que 500 MW, ça représente annuellement six milliards de kWh, c’est l’équivalent de 300 000 maisons par année, il faut s’en rappeler. C’est ce qui aurait été consommé par cette usine-là. Ça n’avait aucun sens. C’est intéressant de voir que le Ministère abonde dans le même sens, s’est réjoui Jean Paradis, responsable du dossier énergie à la Coalition Fjord.

Jean Paradis a écrit à la présidente d’Hydro-Québec pour lui dire que ça n’avait aucun sens d’utiliser notre hydroélectricité pour transporter du gaz. C’est d’ailleurs un argument soulevé au cours des consultations menées par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) par Jean Paradis et une majorité d’intervenants opposés au projet.

Jean Paradis estime que l’électricité requise par les besoins de l’usine de GNL Québec, qui espérait pouvoir produire 10,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié annuellement, serait davantage utile dans des projets d'électrification des transports ou pour convertir des usines alimentées en gaz naturel à l’hydroélectricité.

Cette dimension de l’hydroélectricité, qui n’a même presque pas été discutée au BAPE, c’était un élément majeur, et je pense que ça fait partie d’une importante raison expliquant pourquoi le gouvernement n’est pas allé de l’avant avec ce projet-là, a relevé Jean Paradis au cours d’une entrevue accordée à notre collègue Michel Gaudreau.

Un homme se tient devant une rangée de maisons.

Jean Paradis est le responsable des dossiers énergétiques à la Coalition Fjord.

Photo : Radio-Canada

À partir du plan d’approvisionnement d’Hydro-Québec, diffusé l’automne dernier, des organismes ont sorti leurs calculatrices. L’Union des consommateurs a avancé des chiffres permettant de démontrer que le projet Énergie Saguenay aurait des répercussions directes sur la facture des contribuables québécois à partir de 2030. Ce calcul n’a jamais été démenti par la société d’État, précise Jean Paradis, ex-patron de l’entreprise Négawatts.

Rappel

En 2014, l’entreprise GNL Québec a dévoilé son projet d’implantation d’une usine au port de Grande-Anse. Le projet était tributaire de l’implantation d’une conduite souterraine de 780 kilomètres, raccordée au réseau existant de Trans Energy, pour faire cheminer du gaz naturel de l’Ouest canadien issu de la fracturation hydraulique vers le Saguenay. Gazoduq, une compagnie sœur de GNL Québec, pilotait ce dossier.

Le projet a soulevé les passions dans la région et a divisé la population. Des sympathisants le croyaient porteur en matière de création d’emplois et de retombées économiques, tandis que les opposants relevaient les menaces environnementales de l’implantation du complexe et d’un gazoduc, autant pour ses émissions de gaz à effet de serre que pour la menace pressentie sur certaines espèces marines dans le fjord du Saguenay et dans l’estuaire du Saint-Laurent.

Le rapport du ministère de l’Environnement aborde d’ailleurs ce chapitre en exprimant des craintes au sujet du passage de 400 méthaniers annuellement dans un milieu qui constitue l’habitat essentiel d’une espèce en voie de disparition, le béluga.

L’autorisation du projet, en plus d’amener des effets dont les conséquences pourraient être importantes sur ces mammifères marins, viendrait accaparer l’équivalent du transit actuel dans la rivière Saguenay, ce qui signifie qu’à lui seul, le projet de GNL Québec occuperait presque le même espace que l’ensemble des utilisateurs actuels, peut-on lire dans le document.

Avec Michel Gaudreau

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