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35 décès à la Villa-Bonheur de Granby : des leçons à tirer de cette pandémie

Le CHLSD Villa-Bonheur de Granby.

Plus du tiers des résidents du CHSLD Villa-Bonheur avaient succombé à la COVID-19 cet hiver. (archives)

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Radio-Canada a appris que le CIUSSS de l’Estrie CHUS a lancé une analyse interne pour faire la lumière sur les éclosions survenues dans certaines résidences pour aînés et CHSLD où plusieurs personnes âgées sont mortes de la COVID-19. Parmi ces endroits, on retrouve le CHSLD Villa-Bonheur, à Granby, où plus du tiers des résidents ont succombé cet hiver au virus.

L’éclosion aura duré 57 jours. Entre le 19 novembre et le 14 janvier, 35 aînés succombent à la COVID-19. Parmi les 99 résidents de l'établissement, 88 contractent le virus, ainsi que 104 employés. 

Au cœur de la tempête : les proches de résidents, inquiets et impuissants. Le 28 novembre, alors qu’il n’y a encore que quelques cas, des proches contactent Radio-Canada Estrie. Ils se questionnent au sujet du déplacement du personnel entre les zones chaudes et froides, sans avoir eu le résultat d’un test de dépistage. Le 2  décembre, l’inquiétude des familles augmente aussi vite que le nombre de cas. Les mots sont sans équivoque : une hécatombe est à prévoir.

Une situation qui a vite dégénéré

Sophie Séguin est présidente du Syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la FIQ. Elle confirme que la situation a vite dégénéré.

Rapidement, autant au niveau des patients que du personnel, les gens sont devenus "COVID positifs", ce qui fait que ça prenait des gens qui travaillent en soins d’hébergement pour venir aider l’équipe de soins.

Une citation de :Auteur

Des documents obtenus par Radio-Canada par la Loi d’accès à l’information confirment les nombreux témoignages recueillis pendant cette période.

Un courriel envoyé le 4 décembre par la directrice du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Sylvie Moreault, au directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier, annonce une inversion d’une mesure d’éclosion. Il est demandé de regrouper les résidents plus pour les protéger et déclarer toutes les autres unités en zone rouge.

Le même jour, les proches aidants sont interdits de visite, sauf pour motif humanitaire. Cette décision est maintenue trois semaines. L'un des motifs apparaît dans un message envoyé au Dr Alain Poirier. Dans ce courriel, dont nous avons obtenu copie via la Loi d’accès à l’information, on peut lire que deux RPA de Granby ont des usagers avec dépistage positif en lien avec le Centre Villa-Bonheur, ces personnes étant proches aidantes de résidents dépistés positifs à Villa-Bonheur. Source : le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Deux employés avec une visière regardent par la fenêtre.

Le CHSLD Villa-Bonheur de Granby a été touché par une importante éclosion en hiver. (archives)

Photo : Radio-Canada

Des correctifs qui tardent

Pendant cette éclosion, la présence de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est régulière. Malgré la visite d’une équipe de prévention et de contrôle des infections, les correctifs tardent.

II est à noter que la direction de cet établissement est au fait de la situation et des lacunes au niveau des mesures sanitaires. Malgré cela, l’intervention d’un inspecteur et l’émission d’avis de correction ont dû être nécessaires pour faire appliquer ce que l’équipe PCI [prévention et contrôle des infections] avait recommandé et agir sur la situation d’éclosion majeure, indique un rapport de la CNESST dont nous avons obtenu copie.

Insatisfaite des mesures prises en date du 7 décembre, un avis d’infraction est rédigé par la CNESST contre l’employeur, en vertu de l’article 51(5) de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Les correctifs se feront finalement dans les jours suivants. À ce jour, le constat n'a toutefois pas encore été réglé en cour.

Des leçons à retenir, selon le syndicat

Pour Sophie Séguin, il est clair qu’il faut tirer des leçons de cet épisode encore difficile aujourd’hui. Ça a été très sombre. On était très près de l’actualité, on a fait des représentations auprès de la CNESST dans ces moments-là. Oui, les membres nous appelaient, pleuraient, trouvaient ça difficile, se souvient-elle.

On amenait des pistes de solutions qu’on transmettait automatiquement à la direction. On a mis, tout le monde, l’épaule à la roue. Mais il y a un contexte au niveau de la COVID, de la rapidité de l’éclosion, au niveau des lieux physiques qui nous ont donné un petit peu de fil à retordre, ajoute-t-elle.

Toutes les demandes d'entrevue de Radio-Canada ont été refusées, tant par la CNESST que par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui ont préféré nous répondre par écrit. Au sujet des délais pour mettre en application les exigences de la CNESST, voici ce que le CIUSSS a répondu :

Plusieurs pratiques pertinentes et recommandées en situation d'éclosion étaient déjà en place au moment de la visite. Toutefois, le regard critique porté par les experts de la CNESST a permis de consolider nos mesures dont certaines étaient limitées dans leur déploiement par la configuration du bâtiment. Les ajustements requis ont été faits rapidement, tels que constatés par les représentants de la CNESST lors d'une visite de contrôle.

Six mois plus tard, les familles des personnes disparues espèrent que des leçons seront tirées, mais se sentent bien impuissantes. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’a pas précisé quand il prévoit remettre les résultats de son analyse interne.

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