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La nouvelle propriétaire d’une maison victime sans recours devant la mérule pleureuse

Geneviève Levasseur devant sa maison.

Geneviève Levasseur entame des travaux, présentement estimés à 30 000 $, pour décontaminer le sous-sol de sa maison.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Bélanger

Radio-Canada

La propriétaire d’une maison à Trois-Rivières n'aura pas profité longtemps de sa nouvelle demeure. Le lendemain de l'acquisition de la propriété, le 20 mai, Geneviève Levasseur a trouvé de la mérule pleureuse dans le sous-sol tandis qu’elle amorçait des travaux de rénovation.

On a trouvé des champignons en dessous du plancher et dans les murs du sous-sol, raconte celle qui a réagi avec stupeur et panique lors de cette découverte.

Le sous-sol de son duplex situé dans le secteur Cap-de-la-Madeleine est infesté de ce champignon très difficile à éradiquer. Aussi connue sous le nom de cancer du bâtiment, la mérule pleureuse peut se propager sur plusieurs étages d’une maison. La présence élevée d’eau ou d’humidité dans les matériaux de bois, une faible luminosité et une ventilation insuffisante sont les conditions que préfère le champignon.

Un champignon aux couleurs brune, jaune et blanche sur un plancher de bois.

La mérule pleureuse se nourrit de bois. Elle finit par l'assécher et le rendre incapable de soutenir une maison.

Photo : Aquanet Solutions

Sa manière de procéder souvent, c’est que le champignon se trouve une source d’eau. Il va se servir de l’eau qu’il a trouvée. Il va la monter dans ses propres racines et il va l’injecter dans le bois pour le faire pourrir. Autrement dit, il va tenir le bois humide pour s’en nourrir. C’est assez pervers, explique André Plourde, président d’Aquanet Solutions, qui est responsable de décontaminer la demeure de Geneviève Levasseur.

La décontamination est estimée pour l’instant à 30 000 $, rapporte Geneviève Levasseur. Jeudi, les équipes d’Aquanet Solutions avaient déjà vidé le sous-sol de ses murs et planchers. Une forte odeur de chlore émanait de la maison, signe que les travaux de décontamination ont commencé.

Des traces blanches sur un mur de béton.

La mérule pleureuse s'est incrustée dans les fondations de la maison de Geneviève Levasseur. Les traces blanches sont une partie des racines du champignon.

Photo : Aquanet Solutions

La propriétaire entame les travaux alors qu’elle ne bénéficie d’aucun soutien financier. Les assurances ne couvrent pas, parce que c’était là avant que j’y habite, explique-t-elle.

Et parce qu’elle a acheté la propriété sans garantie légale, Mme Levasseur n’est pas admissible au Programme d’intervention résidentielle pour la mérule du gouvernement du Québec. Cette enveloppe soutient les propriétaires-occupants en remboursant une partie des travaux de décontamination ou de démolition.

J’ai visité à peu près 12 maisons. Chaque fois, je n’avais pas la maison parce que les gens enlevaient la clause de l’inspection ou la clause de la garantie légale, parce que c’était des surenchères par-dessus surenchères, dit-elle pour illustrer cette tendance dans le marché immobilier.

Geneviève Levasseur juge pourtant qu’elle a fait ses devoirs. Elle a fait faire une inspection avant d'acheter la maison.

Il n'était pas question que j'achète une maison sans inspection. Ça fait qu’on a attendu celle-là. On pensait que c'était la bonne. C'était des fenêtres neuves, une toiture neuve, des galeries neuves. Pour une personne seule comme moi, c'est l'idéal. Les grosses dépenses étaient déjà faites. Je pensais que j'avais trouvé ma maison, témoigne-t-elle.

Par ailleurs, les propriétaires avant elle ne se sont jamais doutés de la présence du champignon, puisqu’ils n’ont effectué aucune rénovation pendant qu’ils ont habité le bâtiment.

Sans recours légal

Pour l'instant, la nouvelle propriétaire se trouve sans recours légal.

La notaire Cassy Bernier appelle les acheteurs potentiels de propriétés à se tourner vers leur conseiller juridique, et les encourage à faire toutes les vérifications pour s’assurer du bon état du bien.

Si les gens font inspecter, ça réduit le risque de potentiels vices cachés, parce qu'on est en mesure de voir s'il y a des choses qu'on n’aurait pas pu voir. S'il y a des choses qu'on n'a pas vues, comme dans le cas de cette dame-là, il demeure quand même possible le recours contre, par exemple, le dol, qu'on peut aussi appeler "une fraude". Par contre, il faut prouver que la personne qui nous a vendu avait caché cette information-là, explique-t-elle.

Pour Geneviève Levasseur, cette tâche risque d’être compliquée, voire impossible.

La personne qui lui a vendu le duplex l’avait aussi acheté sans garantie légale en 2017 parce que la propriétaire de l’époque est décédée. Comme la succession de la propriétaire n’avait pas souhaité reprendre la propriété, le duplex avait été vendu sur le marché sans garantie légale.

En attendant de trouver une solution permanente, la fille de Geneviève Levasseur a lancé une campagne de sociofinancement afin de pouvoir payer les coûts de la décontamination.

J’ai essayé d’aller à la banque, j’ai essayé la famille, j’ai essayé tout ce que je pouvais faire avant d’en arriver là, se désole-t-elle.

Avec les informations de Marc-Antoine Bélanger

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