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« Le Canada est à genoux devant Bayer », déplore Québec solidaire

Des drapeaux et un logo géant de l'entreprise devant une de ses usines.

La multinationale Bayer est à l'origine d'une consultation controversée sur le glyphosate.

Photo : Reuters / WOLFGANG RATTAY

Une partie de la classe politique s'insurge qu'une simple demande de la multinationale Bayer ait poussé le gouvernement canadien à envisager de revoir à la hausse la quantité de résidus de glyphosate autorisée sur plusieurs denrées alimentaires comme les lentilles, les haricots ou les pois.

La proposition fait actuellement l'objet d'une consultation publique. Cette dernière découle d'une requête soumise par Bayer, qui a racheté en 2016 l'entreprise américaine Monsanto, connue pour son herbicide Roundup, dont l'ingrédient actif est le glyphosate.

Le fait que Santé Canada ait accepté cette demande soulève l'ire de nombreux partis politiques, à commencer par Québec solidaire.

La nouvelle a même fait sortir la députée Émilise Lessard-Therrien de ses vacances. Ceci est totalement scandaleux, a-t-elle déclaré sur Facebook.

Cette idée de rehausser les résidus de pesticides sur les légumineuses est totalement incompréhensible, et je suis incapable de m’expliquer comment Santé Canada peut avoir un chouïa d’ouverture à cette proposition.

Une citation de :Émilie Lessard-Therrien, porte-parole de Québec solidaire en matière d’agriculture, de pêcheries et d’alimentation

Le Canada est à genoux devant Bayer et c’est franchement honteux, estime-t-elle. Si vous aviez besoin d’une seule bonne raison de faire l’indépendance du Québec, Santé Canada vient de vous en fournir toute une.

Bayer a demandé la révision sur le glyphosate

Invitée à préciser sa pensée dans l'émission Midi info, la députée a rappelé que tous les intervenants ayant participé en 2019 à la commission parlementaire sur les pesticides – créée à la suite de l'affaire Louis Robert – avaient dénoncé le fonctionnement de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA).

Cette agence de Santé Canada – qui a fait sienne la proposition de Bayer – travaille avec les données fournies par l'industrie, a-t-elle expliqué. Elle n'étudie que les effets des molécules prises séparément et non les « effets cocktail » des produits comme le Roundup.

On doit mettre fin à cette influence-là, plaide le NPD

La nouvelle a aussi fait réagir le NPD à Ottawa. L'ARLA et Bayer ont beau assurer que les changements proposés ne posent pas de risques pour la santé, le leader parlementaire du parti, Peter Julian, trouve que plusieurs aspects de ce débat sont inquiétants.

Augmenter la quantité des produits chimiques qui sont permis, dit-il, met à risque la santé des familles canadiennes.

La consultation, ajoute le député, démontre une mainmise des lobbyistes sur le gouvernement, un phénomène qui, selon lui, s'accentue depuis l'ère Harper. On doit mettre fin à cette influence-là et agir toujours dans l'intérêt de la population canadienne, soutient-il.

Ça prend un gouvernement qui est prêt à dire "non" quand les compagnies veulent faire avancer leurs propres intérêts.

Une citation de :Peter Julian, leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique

Sur Twitter, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet s'est lui aussi indigné qu'une ultrapuissante multinationale puisse jouir de la perméabilité du gouvernement canadien en demandant une aberrante hausse des seuils tolérés de glyphosate, présumé cancérigène.

Aucune décision n'a été prise, rappelle le gouvernement Trudeau

Pour toute réponse, la vice-première ministre Chrystia Freeland a convenu vendredi qu'il s'agissait d'un problème important pour les Canadiens et Canadiennes. Son gouvernement, a-t-elle déclaré lors d'un point de presse, est convaincu qu'il est important de parler avec les gens [et] de faire des consultations sur tous les enjeux.

Chrystia Freeland en point de presse.

La vice-première ministre du Canada Chrystia Freeland était vendredi à Frederiction, au Nouveau-Brunswick.

Photo : La Presse canadienne / Stephen MacGillivray

De passage au Manitoba, la ministre fédérale de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau a rappelé pour sa part qu'aucune décision n'a été prise dans ce dossier et qu'il était encore prématuré de faire des commentaires sur toute cette démarche.

Les discussions à ce sujet, a-t-elle assuré, se poursuivent entre elle et la ministre fédérale de la Santé Patty Hajdu, de qui relève l'ARLA.

Celle-ci est une agence indépendante, a rappelé Mme Bibeau vendredi, qui a des processus à suivre lorsqu'elle reçoit des demandes en bonne et due forme.

Cela étant dit, l'agriculture canadienne est sur la voie d'une agriculture toujours plus durable, a-t-elle assuré.

Nos producteurs sont très sensibles à ce que leur travail assure une agriculture durable, parce que leur terre, c'est certainement ce qu'ils ont de plus précieux. [...] Alors, on suit cette question de façon très intéressée.

Une citation de :Marie-Claude Bibeau, fédérale de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

La consultation prolongée

Les Canadiens avaient initialement jusqu'au 20 juillet pour commenter la proposition de l'ARLA, mais le gouvernement a prolongé la période de consultation jusqu'au 3 septembre en raison de la controverse.

Le président de l'Ordre des chimistes du Québec, Michel Alsayegh, approuve cette décision. Il dit avoir demandé à Santé Canada et à l'ARLA, de concert avec l'Association des microbiologistes et l'Association des biologistes, de réévaluer le dossier. Ce n'est pas encore fait, donc, je pense qu'on a encore le temps, dit-il, optimiste.

L'ex-ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec Rémy Trudel, qui est aujourd'hui professeur invité à l'ÉNAP, estime pour sa part que, dans le doute, l'ARLA devrait rejeter la demande de Bayer, qui aurait pour effet de tripler la quantité de résidus de glyphosate tolérée sur les légumineuses et les noix.

S'il y a des indices qui nous portent à dire : "Il faut être prudent", l'organisme a la responsabilité d'évoquer le principe de précaution, dit-il.

M. Trudel se demande aussi si les agriculteurs ont été consultés. Au Québec, le président de l'UPA, Marcel Groleau, a répété sur toutes les tribunes vendredi, y compris à l'émission Tout un matin, que ses membres étaient satisfaits des normes actuelles.

Plus de glyphosate sur nos aliments ?

Avec Jean-Philippe Hughes et Xavier Savard-Fournier

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