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Feux en C.-B. : une mauvaise gestion des forêts a créé une « bombe à retardement »

De la fumée s'échappe d'une forêt.

Plus de 3600 kilomètres carrés sont partis en fumée en Colombie-Britannique jusqu'à maintenant cet été.

Photo : BC Wildfire

Une mauvaise gestion des forêts en Colombie-Britannique, combinée aux effets des changements climatiques, est responsable de la saison des incendies de forêt hors du commun que vit actuellement la province, selon plusieurs experts.

Avec le temps, on a construit cette bombe à retardement qui devient de plus en plus grosse chaque année, dit Jesse Zeman, directeur des programmes de restauration à la BC Wildlife Federation.

L’organisme de conservation, qui défend les intérêts des chasseurs et pêcheurs dans la province, dénonce depuis longtemps l’approche adoptée il y a un siècle par la Colombie-Britannique en matière de gestion des forêts, qui vise essentiellement à éradiquer systématiquement les incendies aussitôt qu'ils se déclenchent.

Dans les années 1950, nous sommes devenus très bons dans la suppression des feux, explique M. Zeman. [La philosophie] était que les feux sont mauvais et qu’il faut les supprimer pour protéger la valeur économique du bois et la propriété.

Le résultat est un changement majeur en termes de quantité de matières combustibles qui se trouvent au sol et d'arbres, ajoute-t-il.

Le rôle essentiel des feux de forêt

Pourtant, les incendies jouent un rôle essentiel pour le renouvellement des forêts de l'intérieur de la Colombie-Britannique.

De manière naturelle, les forêts devraient brûler tous les 5 à 30 ans lors d’incendies de faible intensité se propageant sur une superficie limitée.

Des arbres survivent – comme les sapins de Douglas les plus grands, dont l’écorce résiste aux feux modérés – et d’autres flambent, ce qui laisse place à diverses espèces végétales dont se nourrissent certains animaux, comme les caribous forestiers, une espèce menacée.

Nous sommes en quelque sorte des leaders mondiaux de la suppression des feux, renchérit le professeur émérite en écologie forestière à l’Université Simon Fraser, Ken Lertzman. Il y a du positif associé avec cette stratégie, mais l’effet net est que les combustibles forestiers s’accumulent alors qu’ils auraient dû brûler.

Selon lui, les changements climatiques restent le moteur principal de la situation actuelle, mais leur impact est exacerbé par des facteurs liés à la gestion des forêts et à l’occupation du territoire.

Le choix des arbres à replanter

Outre la suppression des feux, le choix des arbres à replanter après une coupe forestière joue un rôle important dans la propension des forêts britanno-colombiennes à se transformer en brasiers incontrôlables.

L’industrie forestière, pour des raisons économiques et réglementaires, replante majoritairement des conifères.

Des arbres feuillus comme le peuplier faux-tremble, plus résistant aux feux, sont considérés comme indésirables en raison de leur faible valeur sur le marché. Comme ailleurs au pays, l’industrie procède à l’épandage de glyphosate sur des dizaines de kilomètres carrés de forêt chaque année pour tenter de les éliminer.

Une forêt remplie de fumée d'incendie.

En Colombie-Britannique, les forêts replantées après une coupe à blanc sont presque exclusivement constituées de conifères.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Par ailleurs, le replantage après une coupe à blanc crée des forêts uniformes composées de jeunes arbres qui brûlent plus facilement.

Nous tendons à homogénéiser le paysage forestier, affirme M. Lertzman. Si un incendie s'impose, il aura moins de coupe-feu sur son chemin, que ce soit un mélange de différentes espèces ou des arbres d’âges différents, ce genre de choses qui fournit une sorte de barrière.

L’expansion des zones habitées par l’humain rend aussi les incendies plus menaçants.

C’est un peu comme construire des communautés dans des plaines inondables, pour ensuite s’inquiéter des inondations, illustre-t-il. Nous choisissons de vivre dans des endroits propices aux feux.

Désamorcer la bombe grâce au brûlage dirigé

Une solution prônée par les experts en prévention des incendies est le brûlage dirigé des pans de forêts qui posent un risque pour les communautés avoisinantes.

Cela consiste à déclencher des incendies contrôlés au printemps et à l’automne afin de réduire la quantité de combustible pouvant alimenter les feux au plus fort de la saison des incendies.

Commune chez certaines Premières Nations, cette pratique a été interdite par les autorités coloniales.

En 2021, la Colombie-Britannique prévoit brûler en tout 93 kilomètres carrés de forêts.

C’est nettement insuffisant, croit l’écologue spécialiste des feux de forêt, Robert Gray.

Nous devrions brûler entre 50 000 et 100 000 hectares [500 et 1000 kilomètres carrés] chaque année, dit-il. Et il faudrait le faire plus tôt que tard.

La province doit opérer un changement de cap radical, affirme M. Gray.

Et d’autres juridictions le font déjà : ce n’est pas comme si on devait réinventer la roue, ajoute-t-il, citant en exemple le New Jersey.

L’État américain, qui est environ 40 fois plus petit que la Colombie-Britannique, arrive à brûler de manière préventive plus de 10 000 hectares (100 kilomètres carrés) de forêt par an.

Une maison apparemment intacte au bout d'une rangée de maisons complètement détruites.

Quelques rares maisons ont échappé au feu qui a ravagé le village de Lytton, le 30 juin 2021.

Photo : Radio-Canada / Timothé Matte-Bergeron

Une crise existentielle

C’est une véritable crise existentielle que vit la province de l’Ouest, croit Robert Gray, qui se dit déçu de l’approche progressive adoptée par les gouvernements successifs à Victoria.

Selon Jesse Zeman, de la BC Wildlife Federation, la Colombie-Britannique s'enligne pour dépenser plus de 500 millions de dollars cet été dans sa lutte contre les feux de forêt, alors que la saison est loin d'être terminée.

Début juillet, le Service de lutte contre les incendies avait déjà déboursé près de 100 millions de dollars.

Si nous prenions cet argent et l'investissions de manière proactive pour mieux gérer nos forêts et en prendre soin, les maisons des gens ne brûleraient pas autant, déclare M. Zeman.

Avec des informations de Mélinda Trochu.

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