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« Frustrant, rageant » : un médecin d’Atlanta se résigne à affronter la 4e vague

« On voit des foyers d’éclosion dans les zones où les gens sont mal vaccinés », explique le docteur Julien Cavanagh.

Le docteur Julien Cavanagh, devant un hôpital de Brooklyn.

Le docteur Julien Cavanagh (archives).

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Radio-Canada

« Nous sommes en état d’alerte », lance depuis Atlanta le Dr Julien Cavanagh, qui anticipe avec une certaine frustration une quatrième vague de COVID-19 dans la métropole de la Georgie, où la vaccination contre le virus ne suscite pas l’engouement espéré.

Ce docteur et professeur adjoint de neurologie à l’Université Emory d’Atlanta, spécialisé dans les maladies infectieuses et auto-immunes, ne cache pas qu’il anticipe avec un certain désarroi cette nouvelle déferlante de cas, attribuable au variant Delta, qui semble imminente.

Le nombre de cas augmente chaque jour, et on voit des foyers d’éclosion dans les zones où les gens sont mal vaccinés, a-t-il expliqué dans une entrevue accordée vendredi à l'émission Tout un matin, diffusée sur les ondes d'ICI Première.

À l’échelle du pays, dans beaucoup d’endroits, nous sommes en retard dans la campagne de vaccination pour faire face à cette propagation du variant Delta, et donc […] les cas sont déjà là et les services hospitaliers se remplissent, témoigne-t-il.

Ici, à Atlanta – où nous sommes frontaliers de l’Alabama, mais aussi de la Floride, et pas très loin du Missouri, de l’Arkansas, de la Louisiane, où les cas littéralement explosent – nous savons que ces patients qui ne sont pas encore là vont arriver.

Une citation de :Dr Julien Cavanagh

Selon le Dr Cavanagh, il ne faudra que deux semaines pour que les hôpitaux d’Atlanta soient de nouveaux débordés, essentiellement par l'admission de gens non vaccinés, sans contredit les plus touchés par cette quatrième vague.

C’est de la statistique. C’est de l’exponentiel. Et c’est ça qui est difficile pour le public à comprendre : le cerveau humain aime les choses plus linéaires, plus arithmétiques. Les propagations exponentielles sont difficiles à comprendre pour l’esprit humain.

Mais les courbes ne mentent pas. Et systématiquement, on se retrouve, lorsqu’on a des vagues comme ça, très rapidement avec énormément de patients, ajoute-t-il.

Mais là, on a une variable que l’on maîtrise, c’est la vaccination. Et il est vraiment dommage, frustrant, rageant de se retrouver avec ces patients qui vont être très malades et hospitalisés alors qu’ils auraient pu être sauvés par la vaccination.

Une citation de :Dr Julien Cavanagh

En Georgie, qui compte 10,5 millions d’habitants, plus de 1400 personnes sont infectées en moyenne chaque jour depuis une semaine, selon une compilation faite par le New York Times et la tendance est claire : le nombre de cas a augmenté de plus de 200 % depuis deux semaines.

Mais la vaccination, pourtant offerte depuis des mois, stagne fortement : seuls 45 % des résidents se sont fait inoculer une première dose de vaccin, et une maigre tranche de 38 % de la population est adéquatement vaccinée.

À titre de comparaison, le Canada, qui compte une population au moins 3,5 fois plus importante que la Georgie, ne recense qu’environ 400 cas de COVID-19 en moyenne depuis sept jours. Plus de 70 % ont toutefois reçu une première dose de vaccin, et environ 53 % en a reçu deux.

Selon le Dr Cavanagh, une bonne partie de la population ne comprend tout simplement pas comment fonctionnent les vaccins. Il raconte par exemple que des gens demandent à être vaccinés uniquement après avoir reçu un résultat positif à un test de dépistage, alors qu’il est déjà trop tard.

Quelque part, ça traduit notre échec en tant que société, notre échec à éduquer, à faire comprendre ces concepts scientifiques de base. C’est un rappel qu’il faut informer, éduquer, expliquer, sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, pour que la population comprenne comment les vaccins fonctionnent.

Une citation de :Dr Julien Cavanagh

Le Dr Cavanagh croit que le personnel de santé pourra affronter cette nouvelle vague, même s’il concède que plusieurs employés sont épuisés , voire traumatisés par les moments extrêmement difficiles vécus depuis que la pandémie a frappé, il y a environ un an et demi.

Face à l’adversité, les professionnels de la santé font face, mais c’est un peu dans ces moments de préparation, où on sent la vague venir, que l’on revoit tous les uns et les autres les images qui nous ont marqués, et qui relèvent quasiment du psychotrauma, indique-t-il.

Comme d’autres avant lui, le médecin souligne que la réticence des gens à se faire vacciner s’explique en partie par la méfiance qu’une partie de la population entretient face aux politiciens, aux autorités de la santé publique, et même les médias.

Il continue d’espérer que les gens en faveur de la vaccination pourront convaincre leurs proches réticents à les imiter. En attendant, il fait sa part, en tentant de convaincre, un à un, les gens qui viennent le consulter.

Lorsque je vois les patients en consultation externe […] c’est un sujet que j’aborde systématiquement. Je reviens à des concepts de base, à essayer de répondre aux questions les plus simples, et on réussit à convaincre les personnes comme ça, dit-il.

Donc, c’est un travail de terrain à l’échelon individuel, et c’est pour ça que c’est si difficile et que c’est si long.

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