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Chance et stratégie pour capter l’image parfaite du pygargue empereur

Antoine et Pierre Etcheverry  assis face à face dans la forêt.

Antoine et Pierre Etcheverry ont fait un travail d'équipe remarquable.

Photo : Diane Ostiguy

Le biologiste de Gaspé Pierre Etcheverry et son fils Antoine savourent encore les moments où ils ont pu capter des images exceptionnelles du pygargue empereur, passé en coup de vent comme une vedette internationale du rock dans le paysage gaspésien.

S’ils admettent avoir eu beaucoup de chance, ils ont néanmoins usé de stratégie, pris des risques et travaillé en équipe, comme à la chasse. Ils disposaient également de l'équipement idéal.

Les probabilités étant infimes d'apercevoir à Gaspé le deuxième plus grand aigle du monde, une espèce en péril qui vit au nord-est de l’Asie, les chances de réaliser les photos parfaites étaient encore plus minimes.

La présence d’un pygargue empereur est une première au Canada, selon la plateforme eBird, qui fournit aux chercheurs et aux ornithologues amateurs des informations en temps réel sur l'abondance et la distribution des oiseaux.

Juché sur une épinette, le pygargue empereur domine la vallée de la rivière York en Gaspésie.

Juché sur une épinette, le pygargue empereur domine la vallée de la rivière York en Gaspésie.

Photo :  (c) Wildest Moods - A. Etcheverry.

L'effervescence régnait autour de la rivière York, le vendredi 9 juillet. Plusieurs personnes ont pu prendre des photos de cet oiseau amateur de saumon.

Plusieurs ornithologues vous diraient que ce genre de chose n’arrive qu'une seule fois dans leur vie, souligne M. Etcheverry.

Antoine, fils de Pierre Etcheverry et musicien de guitare classique, a pris les photos. 

On a vécu un événement extraordinaire! On était émerveillés de voir ça, commente-t-il.

C’était vraiment spécial d’être derrière l'appareil photo, d’attendre le bon moment et de pouvoir immortaliser le passage d’un empereur!

Une citation de :Antoine Etcheverry, auteur des photos

On l’a repéré une première fois dans le secteur où il avait été aperçu, mais il était loin et l’éclairage n’était pas idéal, mentionne M. Etcheverry.

Le duo a donc décidé de prendre le risque que l’oiseau s'envole et de se rapprocher le plus possible. Pour obtenir le meilleur angle, il a dû passer où la forêt est plus dense, là où il n’y a pas vraiment de chemin, pour atteindre le sommet d’une pente assez abrupte.

Le pygargue empereur capté à Gaspé, au sommet d'une épinette noire et entouré de carouges à épaulettes.

Privilège ultime, père et fils ont pu photographier le rapace en train de se faire houspiller par des carouges à épaulettes jusqu'à ce qu’il perde patience et change de place.

Photo :  ©Wildest Moods - A. Etcheverry

Ça nous a permis d’atteindre une altitude intéressante par rapport à la position de l'aigle, explique Pierre Etcheverry. Il arrive souvent qu’on se trouve beaucoup plus bas et qu’on photographie avec un fond de ciel, ce qui n’est pas un éclairage idéal.

On a pu s’approcher et on est tombés dessus avec un bel éclairage au sommet d’une épinette, raconte Antoine Etcheverry.

L’aigle est resté immobile un bon moment et on a pu prendre le temps de bien se placer pour trouver un angle dégagé.

Une citation de :Antoine Etcheverry, auteur des photos

La chance, ça se fait. Je fais partie de ceux qui croient que ça se provoque, estime Pierre Etcheverry. On aurait pu rester sur le premier site et se contenter de le voir de plus loin. On a fait en sorte que les conditions soient les meilleures.

Ouvrir l’oeil

L’aigle aurait été revu en fin de semaine dernière. Je ne serais pas surpris que le pygargue empereur soit toujours en Gaspésie, avance le biologiste. Il peut se trouver plus en amont de la rivière ou d’une autre rivière, dans des endroits inaccessibles pour l’humain. Nos passionnés d'ornithologie surveillent. Ce sont un peu nos sentinelles.

Par ailleurs, M. Etcheverry se dit convaincu que le pygargue observé en Gaspésie est le même que celui qui a été vu en Alaska. Il a quelques plumes blanches positionnées de façon particulière sous l’aile, précise-t-il. Elles ont été photographiées pendant le vol en Alaska et à Gaspé, donc c’est clair que c’est le même.

Un Pygargue empereur perché sur un arbre.

La visite d'un Pygargue empereur dans la région de Gaspé est un événement hors du commun.

Photo : ©Wildest Moods - A.Etcheverry

Il a aussi été vu au Texas. Les observateurs ont de bonnes raisons de croire qu’il s’agit du même pygargue, mais ne peuvent le certifier sans preuve.

Il est par ailleurs impossible de savoir si le pygargue est un mâle ou une femelle parce que, selon le biologiste, les spécimens des deux sexes sont semblables.

Les aigles sont capables de voler des distances considérables. On a pu le constater avec un aigle doré qui avait été capturé en 2020 et qui portait un collier émetteur, rapporte M. Etcheverry. Il avait volé 20 000 km.

Selon lui, il n’y a pas de raison de croire que le pygargue chercherait à s’établir en Gaspésie.

Effervescence au Club d'ornithologie de la Gaspésie

La présence de cet oiseau rare a créé tout un émoi chez les membres du Club d’ornithologie de la Gaspésie, selon le vice-président et membre fondateur du club, Pierre Poulin.

Il s’était d’abord rendu à la fin de juin dans le secteur de la rivière Restigouche, où l'oiseau avait été observé. Ça nous a pris 15 heures de recherche, rappelle-t-il. On a réussi à le voir et on se considère très chanceux.

Rivière Restigouche. Au fond, on aperçoit Campbellton au Nouveau-Brunswick, avec le célèbre Sugar Loaf.

Une partie de la rivière Restigouche (archives)

Photo : Radio-Canada / Brigitte Dubé

Les observations se faisaient plus du côté du Nouveau-Brunswick. Aussitôt que ça s'est su, ça a enclenché une migration d’ornithologues du Québec et des Maritimes. Si la frontière avec les États-Unis avait été ouverte, il y aurait eu beaucoup d’Américains, affirme M. Poulin.

Quand il a été vu à Gaspé, beaucoup de passionnés sont venus, cette fois aussi de l’Ontario dans l’espoir de le voir. Il y a des gens qui sont venus de loin, mais n’ont pas eu cette chance. Ils sont repartis la larme à l’oeil, relate-t-il.

Beaucoup d’ornithologues viennent en Gaspésie, mentionne M. Poulin. Il y a un heureux mélange de forêts, de montagnes et de milieux marins. Les observateurs d’oiseaux sont choyés.

Selon le vice-président du club, cet événement hors du commun est un cadeau inespéré pour célébrer le quarantième anniversaire du club, qui regroupe une centaine de membres.

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