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Une communauté autochtone sauvée d’un incendie grâce aux savoirs ancestraux

Les résidents de Skeetchestn, membres de la Première Nation Secwépemc, se battent contre les flammes dans l’intérieur de la province.

Ron Ignace devant une forêt brulée.

Le feu et l'eau peuvent être destructeurs ou guérisseurs. Ce sont les deux côtés d'une même pièce de monnaie.», révèle Ron Ignace, premier commissaire aux langues autochtones du Canada. OK

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Camille Vernet

Après plusieurs jours à des températures records au début du mois de juillet, des feux de forêt ont entraîné l’évacuation de Skeetchestn, une communauté autochtone située à une cinquantaine de kilomètres de Kamloops. Bravant la menace, 75 membres de la nation sont restés sur place pour protéger leur communauté.

Protéger la communauté

Le feu de Sparks Lake, déclenché le 28 juin, a menacé pendant plusieurs jours les infrastructures de la bande indienne de Skeetchestn, passant à seulement 20 mètres de l’école.

Les flammes ont parcouru le plateau qui surplombe les maisons et les bâtiments, lançant des braises menaçantes dans leur sillage.

La nuit est rouge, à cause de flammes que l'on voit au loin, dans une forêt.

Le feu de Sparks Lake enflamme la vallée dans la bande indienne de Skeetchetn.

Photo : Fournie par Ron Ignace

Alors que le feu s’approchait dangereusement des bâtiments, les appels à l’aide de la communauté au service de lutte contre les incendies BC Wildfire sont restés sans réponse durant deux jours, raconte la directrice du patrimoine de la Skeetchestn Natural Resources Corporation, Joanne Hammond.

BC Wildfire n’était pas en mesure de répondre aux questions de Radio-Canada au moment de la publication.

Ce sont finalement des archéologues forestiers et des membres du personnel de l’école, notamment, qui ont été parmi les premiers à combattre les incendies.

Nous avons travaillé fort et très rapidement, alors que le feu nous menaçait tout le temps. Nous sommes donc incroyablement fiers de cette réalisation.

Une citation de :Joanne Hammond, archéologue et directrice du patrimoine, Skeetchestn Natural Resources Corporation
Johanne Hammond, directrice du patrimoine de la pour Skeetchestn Natural Resources Corporation, se trouve dans la cour d’école de Skeetchestn où le feu est passé très proche.

L’école de Skeetchestn a été épargnée par les flammes

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Ils ont travaillé sans relâche pour ignifuger les structures en mettant en place des systèmes d'arrosage sur les toits, en nettoyant les alentours des combustibles, en surveillant la progression des incendies et en construisant un pare-feu de 18 km.

De la fumée recouvre une maison.

Des systèmes d'arrosage ont été placés sur les toits de toutes les propriétés pour les protéger des incendies.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Combattre le feu par le feu

Malgré leurs efforts, le feu a pris de l'ampleur et c’est grâce au savoir traditionnel de Darrell Peters, un gardien du feu de la nation de Skeetchestn, que l’école a pu être épargnée.

En collaboration avec BC Wildfire, il a mené un contre-feu en bas de la pente, afin d'éloigner l’incendie et le repousser sur le plateau, où il a pu être combattu.

Les flammes arrivent à hauteur du terrain.

Ce feu contrôlé a permis de sauver l’école Skeetchestn Community.

Photo : Fournie par Ron Ignace

Le feu de Sparks Lake est estimé à ce jour à plus de 55 000 hectares. Il ne peut pas être géré par un seul groupe ou même une seule entité, explique Joanne Hammond.

Le partenariat entre les Premières Nations et les pompiers de la province est essentiel, car ces derniers sont capables d’intervenir au sol comme dans les airs, ce que la communauté ne peut pas faire seule. Celle-ci se dit toutefois fière d'avoir pu mettre son savoir à contribution pour lutter contre l’incendie.

L'école, intacte.

Grâce aux efforts de la communauté, les flammes n’ont pas atteint l’école communautaire de Skeetchestn.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Beaucoup de pompiers sont repartis avec une meilleure compréhension de ce que les peuples autochtones peuvent apporter comme expertise.

Une citation de :Joanne Hammond, archéologue et directrice du patrimoine, Skeetchestn Natural Resources Corporation

Joanne Hammond espère maintenant faire valoir ce savoir dans la lutte contre les incendies, afin de les prévenir. Elle aimerait, par exemple, voir réapparaître des pratiques ancestrales comme celle des brûlages traditionnels.

Brûler des forêts pour mieux les protéger

Cette tradition autochtone consiste à démarrer des incendies contrôlés au printemps et à l’automne, soit avant et après la saison des feux. Cela permet de réduire la quantité de combustible pouvant alimenter les feux, de favoriser la croissance de nouvelles plantes​​ et d'augmenter la quantité de nutriments dans le sol.

L'homme est appuyé sur un des ballots plantés dans le sol.

Ron Ignace se tient devant un ballot de protection, dans lequel des chefs de la nation de Secwépemc ont déposé des plantes qui servent à protéger de divers dangers. Le feu n'a jamais atteint les ballots.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

L’ancien chef de la communauté de Skeetchestn et premier commissaire aux langues autochtones du Canada, Ron Ignace, s’est remis à cette pratique il y a 15 ans.

J'ai pu faire revenir des plantes importantes qui n'avaient pas poussé à cet endroit depuis 100 ans, en utilisant du feu, confie-t-il. Ce savoir lui a été transmis par son arrière-grand-père, qui était responsable de ces brûlages en forêt.

La politique de suppression des incendies du Service des forêts de la Colombie-Britannique a mis fin à la plupart des brûlages traditionnels dans les années 1930. Selon la province, les saisons des feux de forêt sont plus longues en raison des changements climatiques et de l'accumulation de combustible due à la suppression des incendies.

Une vallée qui a brûlé.

La vallée qui accueille des sites autochtones spirituels a été ravagée par le feu, tout comme les zones autour des lacs au nord de la réserve, à l'ouest. « Nous perdons une partie de nous-mêmes avec la perte de la terre », explique Ron Ignace, membre de la communauté Skeetchestn

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Avant d’atteindre les infrastructures, l’incendie de Sparks Lake a rapidement ravagé une grande partie de la vallée.

Celle-ci est très importante pour la communauté autochtone, car elle fournit une grande quantité de nourriture lorsque l’on chasse, explique Ron Ignace.

C'est comme notre magasin. Mais maintenant, vous pouvez voir ce qui lui est arrivé, toute la vallée a été complètement détruite, déplore-t-il.

Un sol brûlé.

Le sol de la forêt dans le territoire de la bande indienne Skeetchestn a été réduit en cendres.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Un appel à la reconnaissance des savoirs traditionnels

Selon Ron Ignace, il est temps que les connaissances autochtones soient mises en pratique à plus grande échelle. Nous sommes sur cette terre depuis 10 000 ans. Nous avons appris des choses [...] sur les forêts que nous pouvons communiquer au reste du monde. Nous n'avons pas peur de mettre nos connaissances à l’épreuve de la science occidentale.

La femme tient son cheval.

Marianne Ignace, évacuée et résidente de Skeetchestn, s’occupe chaque jour de ses chevaux à Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Dans le contexte de la réconciliation, je pense qu’il est important que les connaissances autochtones soient pleinement reconnues et validées pour leur histoire et pour ce qu'elles ont à offrir en matière de restauration écologique, soutient Marianne Ignace, linguiste et anthropologue à l’Université Simon-Fraser et épouse de Ron Ignace.

Qu’en est-il des autres communautés?

Si la nation de Skeetchestn a pu maintenir les flammes à distance et éviter le pire dans l’attente des secours grâce au savoir-faire traditionnel et à l’équipement dont elle dispose, toutes les communautés ne peuvent pas en faire autant, explique Joanne Hammond.

Il y a beaucoup de communautés qui sont beaucoup plus petites et qui n'ont pas ces ressources à portée de main, note-t-elle. Elles comptent entièrement sur le gouvernement et sur leurs voisins.

Un homme regarde la fumée qui se dégage des feux, au loin.

Le feu de Tremont Creek, à 8,5 kilomètres de la ville d’Ashcroft, fait presque 11 000 hectares. Il est considéré comme n'étant pas circonscrit.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Alors qu’un deuxième feu, à Tremont Creek, menace le sud de la communauté, les résidents planifient déjà la restauration de l'environnement endommagé par les feux. Il faudra une vie entière ou plus pour que cette terre puisse être restaurée, estime Ron Ignace. Ce travail, les résidents comptent le faire dans le respect de leurs traditions.

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