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Le sort de Linda O'Leary est maintenant entre les mains du juge

La vitesse, la visibilité et la consommation d'alcool sont au centre du procès.

Kevin O'Leary et Linda O'Leary posant l'un à côté de l'autre pour une photo.

Linda O'Leary, ici en compagnie de son mari Kevin O'Leary, devra attendre deux mois avant de connaître la décision du juge.

Photo : Reuters / Danny Moloshok

À Parry Sound, le juge au procès de Linda O'Leary a mis la cause en délibéré après avoir entendu jeudi les arguments finaux de la Couronne et de la défense dans cette affaire. Mme O'Leary a plaidé non coupable d'accusations de conduite imprudente à la suite de l'accident de bateau mortel, qui a fait deux morts et trois blessés en 2019 dans les Muskoka.

Dans son dernier plaidoyer, la défense a demandé l'acquittement de sa cliente, parce que la Couronne n'a pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable qu'elle a conduit de façon imprudente le soir du 24 août 2019 sur le lac Joseph.

L'avocat Brian Greenspan a rejeté la faute sur le bateau accidenté, parce que son capitaine avait éteint, selon lui, tous les feux de signalisation à bord pour que ses 11 passagers puissent mieux admirer les étoiles par une nuit sans lune.

Les conducteurs de bateaux sont tenus de respecter les règles de sécurité nautique et la Loi fédérale sur la marine marchande, explique Me Greenspan.

Une illustration judiciaire de l'avocat Brian Greenspan.

L'avocat Brian Greenspan représente Linda O'Leary.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

L'avocat ajoute qu'il ne revenait pas à sa cliente d'anticiper des dangers ce soir-là et de vivre dans la peur constante d'un accident, lorsqu'un capitaine navigue sans aucune lumière la nuit sur un plan d'eau.

Le conducteur du Nautique a fait fi de la sécurité de ses propres passagers, dit-il en précisant que Richard Ruh avait payé une amende en raison de la lumière défectueuse à l'arrière de l'embarcation.

Me Greenspan recourt à la jurisprudence en dressant le même parallèle avec les cyclistes téméraires qui roulent la nuit sans réflecteurs ou les piétons inattentifs qui traversent illégalement la rue.

Il relève dans le témoignage d'un passager du Nautique à la barre du procès que le conducteur avait couvert la console lumineuse de l'embarcation avec un chandail pour assombrir davantage l'habitacle afin de bien admirer le ciel étoilé.

Une résidence secondaire luxueuse dans les Muskoka.

Le hangar à bateaux chez les O'Leary avec leur résidence principale en hauteur.

Photo : Radio-Canada / CBC

Comment Richard Ruh peut-il affirmer que ses lumières étaient allumées s'il a accepté que l'on recouvre la console du volant pour créer des conditions de noirceur maximales à bord?, s'insurge l'avocat.

Me Greenspan soutient par ailleurs que la Couronne n'a pas réussi à prouver que sa cliente était imprudente, qu'elle conduisait vite et qu'elle avait les facultés affaiblies avant la collision. Ma cliente n'aurait jamais dû être accusée dès le départ dans cette affaire, poursuit-il.

Il souligne que le seul témoin de la défense, Kevin O'Leary, a été crédible et constant dans son témoignage à la barre mercredi au sujet des aptitudes de navigation de sa conjointe.

L'avocat ajoute que les ambulanciers, qui étaient arrivés les premiers chez les O'Leary après l'accident, n'avaient senti aucune odeur d'alcool en examinant Linda O'Leary.

Une photo du bateau des O'Leary.

Une caméra de surveillance capte l'arrivée des O'Leary et de leur amie Allison Whiteside (en rouge) au domicile des Smith.

Photo : OPP (pièce à conviction)

Il rappelle que Linda O'Leary était la conductrice désignée de son groupe de trois personnes ce soir-là et que ses compétences en navigation ne sont plus à démontrer.

Il n'existe aucune preuve que ses facultés derrière le volant étaient affaiblies sous l'effet de l'alcool, dit-il.

Me Greenspan répète que sa cliente a pris un verre pour calmer ses nerfs de retour chez elle, ce qui explique le résultat positif de l'alcootest qu'elle a passé au cours de la nuit.

Il rappelle en outre que les policiers sont arrivés à son domicile au moins 45 minutes après la collision et que le test n'a pas été effectué immédiatement au moment des faits.

Réquisitoire des procureurs

La Couronne affirme au contraire que Linda O'Leary conduisait de façon dangereuse, peu importe si le bateau qu'elle a percuté était illuminé ou non ce soir-là.

L'erreur du Nautique au sujet des signaux lumineux n'absout pas la responsabilité de Mme O'Leary relativement à son comportement imprudent, explique le procureur Samir Adam, qui rappelle que son permis de conduire avait été suspendu durant trois jours.

Me Adam soutient de toute façon que l'embarcation accidentée était bien visible, même si la lumière au bout du mât arrière était défectueuse.

Une illustration judiciaire du procureur et du témoin de la défense.

Le procureur de la Couronne, Samir Adam, contre-interroge Kevin O'Leary, qui se trouvait à Los Angeles pour affaires.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Il cite les tests de reconstitution de la police qui ont démontré qu'elle était percevable à 5 m devant soi dans le noir sur le lac Joseph et que l'accusée conduisait probablement à une vitesse de 38 à 48 km/h.

Si Linda O'Leary avait conduit plus lentement, elle aurait eu le temps d'éviter la collision, déclare-t-il, en précisant que les passagers du Nautique ont confirmé à la barre des témoins qu'elle naviguait à vive allure.

Le procureur mentionne le bruit assourdissant de la collision et les dommages encaissés par le bateau des O'Leary qui montrent la violence de l'impact et, par déduction, la vitesse à laquelle l'accusée naviguait.

Elle n'a pas abordé la noirceur comme un danger comme l'exigent les consignes de sécurité nautique, dit-il en affirmant qu'elle a failli à son devoir de rester attentive et de se concentrer sur son champ de vision.

Un grand chalet avec un quai pour les bateaux sur un lac.

Linda O'Leary avait réussi à rentrer chez elle à bord du Cobalt avec ses deux passagers et à remiser l'embarcation dans le hangar en attendant la police.

Photo : CBC

Me Adam cite plusieurs règlements du code que l'accusée a enfreints ce soir-là, comme le fait de redoubler de prudence, de ralentir dans de telles circonstances et de ne jamais présumer que la voie est libre si on ne voit rien devant soi.

Un conducteur averti aurait anticipé le danger, que les signaux lumineux d'un bateau vers lequel il se dirige soient allumés ou non, souligne Me Adam.

Le procureur rejette en outre la déclaration de Kevin O'Leary selon laquelle sa femme avait ralenti, lorsqu'il avait aperçu le Nautique à trois pieds de lui juste avant la collision.

La vitesse de leur Cobalt a toujours été constante et le fait de conduire vite vous empêche de bien voir ce qu'il y a devant vous, affirme Me Adam.

Illustration judiciaire du juge Humphrey.

Le juge Richard Humphrey, de la Cour de justice de l'Ontario, a présidé les audiences, en personne, au palais de justice de Parry Sound durant trois semaines.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le procureur ajoute qu'on ne peut écarter la possibilité que Mme O'Leary ait bu avant l'accident, parce qu'elle avait consommé selon des témoins au moins un cocktail 4 h avant la collision chez leurs voisins, les Smith.

Linda O'Leary a enfreint sa propre règle au sujet de la consommation, lorsqu'elle a enseigné à ses enfants que l'alcool et la navigation ne font jamais bon ménage, déclare-t-il.

Me Adam souligne que Mme O'Leary a donc menti aux policiers lorsqu'elle leur a répété à deux reprises qu'elle n'avait pas bu de la journée ce jour-là. Or, on sait qu'elle a pris une coupe de rosé à l'heure du lunch, précise-t-il.

Droit de réplique

Dans son droit de réplique, la défense a accusé la Couronne de fabuler (au Canada, lorsque la défense présente des preuves dans un procès, c'est à elle de conclure les plaidoiries et non à la Couronne, NDLR).

Mon confrère dresse des conclusions à partir d'hypothèses et de preuves circonstancielles, précise Me Greenspan, en soulignant que la Couronne ne sélectionne que les éléments du dossier qui font bien son affaire.

Un tribunal.

Le palais de justice de Parry Sound, où se tient le procès devant juge seul.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

L'avocat de la défense ajoute par ailleurs que la consommation d'alcool n'est pas un argument pertinent dans ce procès et que le chapitre à ce sujet est clos.

Me Greenspan a conclu son plaidoyer en qualifiant le réquisitoire de la Couronne d'inexact, d'inapproprié et de fallacieux.

Le juge rendra son verdict le 14 septembre. S'il statue que Mme O'Leary est coupable, l'accusée risque une amende de 10 000 $ selon la loi, mais le magistrat a la discrétion de déterminer le montant de son choix.

Gary Poltash, 64 ans, originaire de la Floride, et Suzana Brito, 48 ans, d'Uxbridge en Ontario, ont succombé à leurs blessures après l'accident et trois autres de leurs amis ont été blessés dans le Nautique.

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