•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Restrictions sanitaires : une mauvaise année pour la conservation des espèces

Un carcajou sur un tronc d'arbre

Le carcajou est sous observation dans la région de Red Lake en Ontario.

Photo : AFP/Getty Images / Frederick Florin

Les chercheurs sur le terrain qui œuvrent à la conservation des espèces menacées ont vu leurs efforts entravés par les restrictions sanitaires depuis mars 2020. Des projets ont été annulés et des activités de collecte de données ont été mises sur pause depuis plus d’un an.

Que ce soit pour la protection des animaux ou des humains, les efforts de conservation au Canada ont eu à restreindre leurs activités depuis plus d’un an.

Les chercheurs ont dû se plier aux restrictions sanitaires et aux nouvelles consignes de manipulation des animaux face à la COVID-19.

Les projets les plus touchés ont été ceux menés en collaboration avec les Premières Nations, qui avant les campagnes de vaccination ont dû fortement restreindre l’accès à leur territoire à la population extérieure.

Selon Justina Ray, la présidente de la Société de conservation de la faune du Canada, certains de ces projets ont tout bonnement été annulés dans le Nord de l’Ontario.

L’établissement d’un projet de zone de conservation que nous étions en train de mettre en place avec une Première Nation nécessitait des rencontres avec des aînés et des membres de la communauté, dit-elle.

Le risque d’exposer ces populations à la maladie était trop grand.

Une citation de :Justina Ray, présidente de la Société de conservation de la faune du Canada

Mme Ray indique que de nombreux aspects d’autres projets de recherche qui nécessitent un travail avec les Premières Nations n’ont pas pu être faits en raison du danger plus élevé qui existait avant la vaccination.

Elle cite notamment la Première Nation de Moose Cree, située dans la région de la baie James, qui étudie la santé des différentes espèces de poissons d’eau douce.

Des membres de la communauté se sont retrouvés seuls à devoir gérer la collecte de données.

Jessica Steiner, la directrice de la conservation pour l’organisme Conservation de la faune au Canada, affirme quant à elle qu’un projet de conservation du serpent à sonnette Massasauga dans la région de la baie Georgienne a été mis sur la glace pour des raisons similaires.

Une femme avec des jumelles au cou et un papillon sur le doigt.

Jessica Steiner, directrice de la conservation pour l’organisme Conservation de la faune au Canada, oeuvre dans le domaine de la conservation des papillons.

Photo : Avec l'autorisation de Jessica Steiner

Nous devions commencer à travailler avec les Premières Nations de la région en 2020 pour recueillir des connaissances ancestrales sur les serpents de la région, notamment le serpent à sonnette Massasauga, explique-t-elle,

Ce projet a dû être reporté puisque les communautés ont fermé l’accès à la population extérieure.

Une citation de :Jessica Steiner, directrice de la conservation pour Conservation de la faune au Canada

Nous ne voulions pas poser un risque pour ces communautés en imposant notre présence, ajoute Mme Steiner.

Condamnés à l’isolement

Dans la région de Red Lake, une équipe de quatre travailleurs de la conservation ont dû bâtir une très petite bulle sanitaire pour continuer à travailler.

Matthew Scrafford, chercheur pour la Société de conservation de la faune du Canada, étudie l’évolution de la population de carcajous dans cette région du Nord de l’Ontario.

Un homme près de l'entrée d'une tanière dans la forêt.

Matthew Scrafford passe ses hivers à étudier le carcajou dans la région de Red Lake, dans le Nord de l'Ontario, il cherche notamment les tanières de ces animaux.

Photo : Avec l'autorisation de Matthew Scrafford

En raison des risques pour les populations locales, mais aussi pour les animaux qu’ils étudient, M. Scrafford, son équipe et quelques membres de leur famille ont passé un hiver 2021 en réclusion.

Ils se sont installés dans un chalet dans la région de Red Lake pour éviter les aller-retour entre les régions.

Le projet de recherche, qui implique la capture de carcajous par tranquillisant, l’identification, l’analyse sanguine et la pose de colliers GPS, a notamment vu son personnel réduit pour permettre la distanciation physique.

M. Scrafford affirme aussi que la manipulation des animaux a changé.

Puisque la science évalue qu’il y a un risque de leur transmettre la COVID-19, nous devons porter de l’équipement de protection individuel lorsqu’on manipule les carcajous, indique-t-il.

Si le travail de terrain n’a pas souffert de conséquences importantes, M. Scrafford affirme par contre que l’aspect sensibilisation et vulgarisation de son travail a été fortement affecté.

Il m’arrivait souvent de rencontrer des trappeurs de la région afin de les informer de l’état de l’espèce, que ce soit dans les cafés ou les restaurants, évidemment on ne pouvait plus le faire, ce qui a fortement freiné nos efforts de sensibilisation, indique-t-il.

M. Scrafford indique que la surveillance du carcajou est importante, puisque leur habitat pourrait être menacé par des projets miniers comme le Cercle de feu, ou encore par les activités forestières dans le nord de la province.

La collecte de données mise sur pause pour un an

Certains projets de collecte de données ont eu à s’arrêter temporairement en raison des restrictions.

Pour Conservation de la faune au Canada, trois initiatives ont été mises sur la glace depuis mars 2020.

Un projet de récolte de reines et d’identification de bourdons, qui sont des pollinisateurs en danger, a été annulé en 2020 dans la région de North Bay et de Sudbury, en raison de l’incertitude entourant la pandémie et les restrictions de voyage entre les régions.

Ces reines devaient servir à fournir un programme d’élevage pour permettre une réintroduction de l’espèce.

Du côté animalier, Jessica Steiner indique qu’un projet de réintroduction de la pie-grièche migratrice, un petit oiseau dont la population est menacée, a aussi été mis sur pause.

La réintroduction et la pose de bagues à fréquences radio sur ces oiseaux nécessitent une trop grande proximité entre les travailleurs pour pouvoir le faire en ce moment, indique-t-elle.

Dans le Sud-Ouest de l'Ontario, le biologiste Jonathan Choquette, lui aussi affilié à Conservation de la faune au Canada, travaille dans le domaine des reptiles, notamment les serpents à sonnette Massasauga du parc provincial Ojibway.

Un homme assis.

Jonathan Choquette, biologiste responsable du Programme de rétablissement des reptiles d'Ojibway Prairie chez Conservation de la faune au Canada.

Photo : Radio-Canada / Lisette Leboeuf

S’il a lui aussi dû se résigner à mettre une pause d’un an sur la pose de bagues sur les reptiles, il assure que pour les projets de conservation, l’impact ne devrait pas être trop important.

C’est une étude à long terme alors ce n’est pas grave de prendre une pause pour un an, indique-t-il.

M. Choquette indique que le travail terrain de sensibilisation est quant à lui toujours sur pause, bien qu’il peut parfois parler avec les personnes qui parcourent les sentiers pédestres du parc Ojibway.

Conservation de la faune au Canada estime qu’il ne reste que de 12 à 36 spécimens adultes du serpent à sonnettes Massasauga dans le Sud-Ouest de l’Ontario.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !