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Les Cris d’Oujé-Bougoumou au cœur de la restauration d'un site minier

Le grand nettoyage de sites miniers désaffectés québécois avance à pas de tortue depuis plusieurs années, mais un partenariat entre Cris et allochtones dans le Nord-du-Québec pourrait donner un nouvel élan à ces travaux.

Vaste espace d'eau et de sable orangé sans végétation où reposent des résidus miniers.

Le site de l'ancienne Mine Principale est l'un des plus gros au Québec avec trois parcs à résidus, un bassin de polissage et une zone d'opération sur l'île Merrill.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Chaque fois que le chef cri d’Oujé-Bougoumou, Curtis Bosum, se rend sur le site de l’ancienne mine Principale, il a l’impression d’arriver sur une autre planète.

On dirait qu’on est sur Mars.

Une citation de :Curtis Bosum, chef de la communauté crie d’Oujé-Bougoumou

Le site minier abandonné se trouve sur l’île Merrill en plein cœur du territoire ancestral cri O-59 à environ cinq kilomètres du centre-ville de Chibougamau, dans le Nord-du-Québec.

De 1953 à 1979, la mine Principale y exploitait du cuivre et de l’or. Par la suite, l’usine a traité les minéraux de mines avoisinantes. Les déchets ont été laissés sur place après la fermeture complète en 2008. Des années plus tard, le site de 4 kilomètres carrés n’est toujours pas restauré.

Des petites pousses vertes à travers un champ de sable orange.

La faible végétation montre que les tentatives de reboisement ont donné peu de résultats dans un des parcs à résidus.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Le décor est aride. La vaste mare d’eau et de boues aux teintes orangées tranche le décor d’épinettes qui l’entoure.

Tu vois qu’il y a des plantes, ils ont fait des essais et tu vois que ça ne repousse pas tant que ça , se désole le chef Curtis Bosum.

Curtis Bosum pointe vers le parc à résidus.

Le chef d'Oujé-Bougoumou, Curtis Bosum, explique que la mine Principale a fait de l'enrochement pour retenir les déchets miniers.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Autrefois, les membres de sa communauté pêchaient dans les lacs Chibougamau et aux Dorés qui encerclent l’ancienne mine. Même si des études ont démontré que le niveau de contamination de l’eau est en dessous des seuils acceptables, plus personne ne vient ici.

Quand on me dit qu’il n’y a pas de contaminants à des niveaux risqués ou dangereux, je me dis que ça dépend à qui l’on parle. Si, par exemple, il y a une nation crie qui pêche dans les eaux environnantes et qui décident de ne plus pêcher parce qu’ils n’ont plus confiance dans la qualité des eaux, pour eux il y a une contamination existante , explique le porte-parole de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe.

Deux tuyaux installés sur une digue.

Un vaste réseau d'irrigation a été mis en place pour éviter le drainage acide vers le lac Chibougamau et le lac aux Dorés qui entourent l'île Merrill.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Un long système d’irrigation a été construit vers trois parcs à résidus pour limiter la contamination des lacs avoisinants et des eaux souterraines.

Selon Ugo Lapointe, le réchauffement climatique pourrait toutefois faire augmenter les précipitations et les risques de débordement.

405 sites abandonnés

Le gouvernement du Québec a hérité du fardeau de la restauration de la mine Principale après la faillite de Ressources Campbell en 2008.

Grand trou creusé dans un rocher entouré de débris.

Le lieu d'accès aux anciennes galeries souterraines a maintenant été sécurisé, mais de nombreux débris sont toujours visibles.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Avant 2013, les minières n’avaient aucune obligation de garantie financière à donner pour la restauration des sites miniers qui arrivaient en fin de vie.

Même si les règles ont changé, le passif environnemental minier pèse encore lourd sur le gouvernement provincial.

Lors de la première annonce, on parlait de 96 millions. Ensuite, c'est passé à 150 millions, juste pour la mine Principale.

Une citation de :Curtis Bosum, chef d'Oujé-Bougoumou

Au total, 405 sites abandonnés sont toujours sous la responsabilité de l’État. On compte 223 sites d’exploration, 178 sites d’exploitation et 4 carrières et sablières.

Le coût des travaux de restauration de tous ces endroits est évalué à 1,2 milliard de dollars. En 2019-2020, le gouvernement avait prévu d’investir 29,5 millions de dollars, mais moins de la moitié a finalement été dépensée.

La différence entre les dépenses prévues et celles réelles s’explique, notamment, par le regroupement des appels d’offres pour les études de caractérisations et les délais dans les processus contractuels ou dans l’obtention de diverses autorisations, peut-on lire dans le bilan annuel des travaux de restauration des sites miniers abandonnés.

Fondation de béton d'où dépassent des tiges de fer rouillé.

Le site de l'ancienne mine est interdit au public en raison des déchets miniers et des débris qui sont toujours sur place, plus de 10 ans après la fermeture complète.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

En 2016, le gouvernement de Philippe Couillard s’était engagé à investir 620 millions de dollars pour nettoyer 80 % des mines abandonnées sur 5 ans. Finalement, moins de 180 millions ont été investis, et ce, depuis 15 ans.

Force est de constater que les résultats ne sont pas là à l’aube de 2022. On est à peine à 10 %, 15 % si je suis généreux. Si on veut véritablement nettoyer rapidement ces sites-là, il va falloir mettre beaucoup plus de ressources humaines, d’expertise dans les ministères responsables pour faire les travaux, soutient Ugo Lapointe de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine.

Espoir à la mine Principale

À Chibougamau, les élus locaux suivent le déroulement des travaux de près.

La municipalité et la communauté d’Oujé-Bougoumou se sont alliées pour participer à la restauration des lieux et bénéficier directement des retombées économiques.

Le reportage de Catherine Paradis est diffusé à Désautels le dimanche à 10 heures sur ICI Première.

En vertu d’un décret provincial, publié au mois d’avril, un entrepreneur général cri a obtenu un des premiers contrats de construction, mais sans avoir à se soumettre au processus habituel d’appels d’offres publics. Pour le chef Curtis Bosum et la mairesse Manon Cyr, il s’agit d’une exception sans précédent dans le domaine de la restauration minière.

Au fil des ans, notre population a été déplacée sept fois [en raison du développement minier]. Le gré à gré, c’est la moindre des choses. Publiquement, ça aurait pu être quelqu’un d'autre de l’extérieur, puis on n’aurait pas eu d’appartenance comme dans le passé, croit M. Bosum.

Les deux élus discutent devant le parc à résidus qu'il faut restaurer.

La mairesse de Chibougamau, Manon Cyr, et le chef d'Oujé-Bougoumou, Curtis Bosum, travaillent ensemble sur le projet de restauration de la mine Principale.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Ça va permettre à l’équipe de continuer à développer leur expertise. Le pari que je fais, c’est que dans 20 ans ou 25 ans, les gens d’Oujé-Bougoumou et les gens de Chibougamau travailleront ensemble, là, on participera aux appels d’offres du gouvernement du Québec, mais là, en attendant, si on avait laissé l’idée d’aller en appel d’offres public, je ne suis pas sûre qu’on aurait réussi à scorer, explique Manon Cyr.

Ce contrat représente 5 millions de dollars pour l’industrie locale. La restauration complète coûtera plus de 150 millions. Des travaux de nettoyage doivent commencer cet été. En ajoutant la décontamination des sols et la restauration des parcs à résidus, il faudra probablement attendre de 5 à 10 ans avant de revoir l'île Merrill dans un état plus naturel.

Une structure de béton au centre d'un terrain rocailleux.

Les fondations des anciens bâtiments miniers sont encore présentes sur le site.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

On ne peut pas penser reconstruire des maisons dans ce coin-ci et ce n’est pas la volonté de la municipalité. L’idée, c’est de remettre ça le plus proche de la nature et qu’éventuellement les gens puissent avoir accès au lac à partir d’ici. Un parc pour les Chibougamois et un secteur de chasse à l’outarde pour les Cris.

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