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Affaire Pegasus : Israël lance une enquête parlementaire

Selon un consortium de médias, le logiciel de NSO aurait permis d’espionner 180 journalistes, 85 militants des droits de la personne et 14 chefs d’État. La firme nie tout.

Un homme marche devant un mur orange sur lequel le logo de NSO est visible.

Un homme marche à l'extérieur d'une succursale de la firme NSO située dans le désert d'Arava, dans le sud d'Israël.

Photo : Reuters / AMIR COHEN

Radio-Canada

Une commission du Parlement israélien va se pencher sur les allégations selon lesquelles le logiciel d’espionnage Pegasus conçu par la firme NSO a été utilisé à « mauvais escient » par certains États, selon un député israélien.

La Défense a désigné une commission composée d'un certain nombre de groupes, a indiqué à la radio militaire Ram Ben-Barak, qui dirige la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset (Parlement de l'État d'Israël).

Nous devons certainement réexaminer toute cette question des licences accordées par la DECA, a-t-il dit, en référence à l’Agence de contrôle des exportations de matériel militaire, gérée par le gouvernement israélien.

Considéré comme un produit de cybersécurité offensif, Pegasus doit obtenir le feu vert du ministère israélien de la Défense pour être vendu à des pays tiers, au même titre qu'une arme.

À l'issue de l'enquête [...], nous évaluerons si nous devons apporter des corrections, a affirmé M. Ben-Barak, un ancien directeur adjoint du Mossad, les services de renseignements extérieurs israéliens.

Sans s’indigner du scandale révélé dimanche par un consortium international de 17 médias, le député centriste s’est porté à la défense du logiciel Pegasus, en soulignant son utilité.

À vrai dire, ce système a permis de mettre au jour de nombreuses cellules terroristes et criminelles et a aidé un grand nombre de personnes. S'il a été utilisé à tort, ou vendu à des parties irresponsables, c'est quelque chose qui doit être vérifié.

Une citation de :Ram Ben-Barak, député israélien

Selon une source israélienne directement informée du dossier citée par l’agence Reuters, il est peu probable que des restrictions à l’exportation soient imposées au logiciel Pegasus.

L'objectif est de découvrir ce qui s'est passé, d'examiner ce problème et d'en tirer des leçons, a-t-elle dit, s'abstenant de présenter la mission de cette équipe comme une enquête formelle.

Une affaire qui soulèverait trop peu d'intérêt

Dans les pages du quotidien Haaretz, un défenseur des droits de la personne qui a déjà tenté de faire révoquer des licences d'exportation de NSO, Eitay Mack, s'est désolé du peu d'intérêt que l'affaire suscite en Israël.

Selon lui, le gouvernement, les médias et le public sont plutôt obsédés cette semaine par la décision de Ben & Jerry's de ne plus vendre de crème glacée dans les territoires palestiniens occupés.

Des pots de crème glacée sur un comptoir, derrière lequel se trouve une femme.

La décision annoncée par Ben & Jerry's a soulevé davantage d'indignation que l'affaire Pegasus en Israël, selon un défenseur des droits de la personne.

Photo : Reuters / RONEN ZVULUN

Le premier ministre israélien Naftali Bennett, son ministère des Affaires étrangères et d'autres ministres ont décidé qu'il était urgent de condamner dans une vague démagogique la décision de la marque de crème glacée et ont même affirmé, implicitement ou explicitement, qu'elle alimentait l'antisémitisme et le terrorisme, a-t-il dénoncé.

Mais ils ont tous préconisé le droit de garder le silence au sujet de la décision du ministère d'accorder des licences [d'exportation] à NSO, qui sont en fait des licences pour du terrorisme d'État contre la société civile partout sur la planète.

Une citation de :Eitay Mack, avocat et défenseur des droits de la personne

Une fois introduit dans un téléphone intelligent, le logiciel Pegasus permet d’en récupérer les messages, photos et listes de contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire en activant le micro de l’appareil à distance.

Selon le consortium de médias, qui comprend Le Monde, The Guardian et le Washington Post, Pegasus aurait permis d’espionner 180 journalistes, 85 militants des droits de la personne et 14 chefs d’État, dont le président français Emmanuel Macron, le roi du Maroc Mohammed VI et le premier ministre pakistanais Imran Khan.

Leurs informations proviennent d’une liste obtenue par les organisations Forbidden Stories et Amnistie internationale, qui contenaient, selon elles, 50 000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016.

NSO nie en bloc

Régulièrement accusé de faire le jeu de régimes autoritaires, NSO assure que son logiciel sert uniquement à obtenir des renseignements sur des réseaux criminels ou terroristes.

Son président-directeur général, Shalev Hulio, ne s’est pas indigné non plus des révélations du consortium, sinon pour les assimiler à une tentative de salir l'ensemble de la cyberindustrie israélienne.

Il s'est dit très favorable à une enquête pour blanchir sa société.

Nous nous félicitons de toute décision prise par le gouvernement d'Israël, et nous sommes convaincus que les activités de l'entreprise sont sans faille, a aussi commenté un porte-parole de NSO.

Naftali Bennett, sur une scène.

Naftali Bennett a pris la parole mercredi lors de la conférence Cyber ​​Week à l'Université de Tel-Aviv. M. Bennett a lui-même fait fortune en vendant une firme de cybersécurité qu'il avait fondée aux États-Unis.

Photo : Reuters / AMIR COHEN

Dimanche, NSO avait soutenu que les révélations du consortium n’étaient qu’un ramassis d’hypothèses erronées et de théories non corroborées et a dit considérer des poursuites en diffamation.

Elle a en outre annoncé mercredi qu’elle ne répondrait plus aux journalistes, pour ne pas entrer dans le jeu de groupes d’intérêts menant une campagne vicieuse contre la compagnie.

NSO enquêtera en profondeur sur toute preuve de mauvaise utilisation de ses technologies, comme nous l’avons toujours fait, et nous mettrons le système hors service si nécessaire.

Une citation de :Déclaration officielle de NSO

Shalev Hulio a d’ailleurs promis d’enquêter jeudi sur le cas du journaliste hongrois Szabolcs Panyi, qui a réitéré que Pegasus a été détecté sur son téléphone lors d’une entrevue diffusée à la radio militaire israélienne.

Refusant d'identifier les pays clients, le PDG de la firme n'a pas dit si la Hongrie avait acheté Pegasus, mais a précisé que NSO avait travaillé avec 45 pays et décliné les demandes de quelque 90 autres.

Il a aussi indiqué que NSO a déjà résilié cinq contrats pour diverses violations.

Un conseil de défense exceptionnel en France

Entraîné dans cette affaire, le président français Emmanuel Macron a convoqué jeudi un conseil de défense exceptionnel dédié à l'affaire Pegasus et à la question de la cybersécurité, a annoncé en matinée le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Le président de la République suit au plus près ce dossier et prend cette affaire très au sérieux, a-t-il souligné sur la radio France Inter.

Emmanuel Macron, entouré de plusieurs personnes, autour d'une table.

L'affaire Pegasus a été au cœur d'un conseil de défense exceptionnel présidé jeudi par le président français Emmanuel Macron.

Photo : Getty Images / AFP/LUDOVIC MARIN

Cette enquête ne dit pas si ses téléphones ont été tous effectivement infectés, si des données en ont été "retirées", et donc c'est ça qui est en train d'être regardé, a précisé M. Attal.

Selon Le Monde et Radio France, qui font partie du consortium de médias, un numéro du chef de l'État figurait dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l'État marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage.

Une source sécuritaire avait assuré à l'AFP mercredi que, pour les téléphones portables d'Emmanuel Macron, les paramètres de sécurité sont les plus restrictifs possibles et les installations d'applications et téléchargements sont bloquées.

Les téléphones [du président] sont changés régulièrement , a assuré M. Attal, interrogé sur une possible négligence au sommet de l'État. Il y a un certain nombre de paramètres de sécurité qui protègent, qui sont changés très régulièrement. Il y a des protections qui sont faites.

Selon France Télévisions, M. Macron a changé de téléphone et de numéro jeudi.

Mercredi, Chaïm Gelfand, un haut responsable de NSO, a assuré à la chaîne israélienne I24 News que « le président Macron n'était pas une cible ». Il y a certains cas qui ont été révélés, qui nous gênent, a-t-il cependant ajouté.

À Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a demandé jeudi plus de restrictions sur la vente de logiciel espion comme Pegasus.

Il est important que de tels logiciels n'arrivent pas entre de mauvaises mains et il ne faudrait pas vendre ces logiciels à des pays où la surveillance des opérations [d'écoute] par la justice n'est peut-être pas garantie, a-t-elle déclaré.

La haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Michelle Bachelet a aussi réclamé lundi une meilleure réglementation du transfert et des technologies de surveillance, voyant un besoin urgent d'assurer un strict contrôle.

Le Maroc entame une poursuite

Le Maroc, accusé d'avoir eu recours au logiciel d'espionnage Pegasus, a décidé d'attaquer en diffamation Amnistie internationale et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé jeudi son avocat dans un communiqué transmis à l'AFP.

Le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont mandaté Me Olivier Baratelli pour délivrer, dès aujourd'hui, deux citations directes en diffamation contre les deux associations à l'origine des révélations.

Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.

L'État marocain entend immédiatement saisir la justice française, car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée, accuse Me Baratelli.

L'avocat du royaume chérifien a aussi dénoncé un procès d'intention médiatique, infondé et visiblement créé de toute pièce pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France.

Dès lundi, le gouvernement marocain s'était défendu en démentant avoir acquis des logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication.

Rabat a ensuite menacé mercredi d'opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l'international, contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses.

Parallèlement, le parquet général marocain a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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