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De nouveaux problèmes de cohabitation constatés sur les rivières gaspésiennes

Un saumon dans l'eau, dans les mains d'un pêcheur.

La Fédération québécoise pour le saumon atlantique dit vouloir travailler en faveur de la ressource et trouver des solutions (archives).

Photo : Radio-Canada / Jocelyn LeBlanc

Roxanne Langlois

Si l’enjeu de la cohabitation entre les usagers sur la rivière Bonaventure a fait les manchettes au cours des derniers mois, d’autres rivières gaspésiennes où fraie le saumon atlantique sont présentement aux prises avec certains problèmes liés à leur fréquentation.

Sur la rivière Petit-Pabos, à Chandler, la circulation de véhicules tout-terrain, de voitures et de camions est constatée depuis environ quatre ans dans le secteur des chutes des Américains. Or, le phénomène s’est aggravé au fil du temps.

L'eau y est basse lorsque la température est chaude est sèche. Ainsi, des touristes et des citoyens roulent dans le lit du cours d’eau, sur une distance d’environ deux kilomètres, pour se rendre dans un secteur très prisé pour la baignade.

Une pancarte installée sur un arbre indique l'interdiction de circuler sur la rivière.

Huit pancartes comme celle-ci ont été installées sur le territoire de la zec Pabok.

Photo : Gracieuseté de la ZEC Pabok

Leur passage contribue à soulever des sédiments, ce qui peut, selon la zone d'exploration contrôlée (ZEC) Pabok, mettre à mal les habitats du saumon atlantique. Le directeur de l’instance déplore la situation. En 20 minutes, tu es rendu là, à pied, mais les gens ont pris ça comme un jeu, lance Daniel Huard. Selon le gestionnaire, il y a des journées où il peut passer 50 voitures.

En collaboration avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), huit affiches ont été posées mercredi pour sensibiliser la population. Une caméra a également été installée afin de documenter le phénomène.

C’est une guerre!

Une citation de :Daniel Huard, directeur général de la zec Pabok

Le MFFP a confirmé par téléphone à Radio-Canada, mercredi, qu’aucune réglementation spécifique n’interdit la circulation de véhicules dans le lit de rivières à saumon.

Or, dans un communiqué acheminé par le ministère la même journée, Québec rappelait pourtant qu'il est interdit de pratiquer une activité susceptible de modifier un élément biologique, physique ou chimique propre à l'habitat du poisson.

Le communiqué faisait d'ailleurs état d'amendes pouvant aller jusqu'à 20 000 $ pour une personne physique. Ce montant peut d'ailleurs atteindre 40 000 $ en cas de récidive dans les trois ans. Des précisions ont été demandées au MFFP, qui n'avait pas, au moment d'écrire ces mots, éclairci la question.

Le pouvoir d’intervention de la zec demeure quant à lui limité, puisque les deux accès utilisés par ceux et celles qui circulent sur la rivière se situent sur des terrains privés. On ne peut rien faire, se désole M. Huard.

Une zec peut néanmoins, selon ce que prévoit le MFFP, interdire la baignade à condition qu’elle affiche adéquatement une mise en garde à l'intention des usagers. La zec Pabok souhaite maintenir l’accès au cours d’eau, mais a l'intention de considérer cette option en dernier recours, et ce, dans l’espoir de mettre fin à la circulation.

Des interdictions de baignade à Nouvelle

La baignade est désormais interdite dans certains secteurs de la rivière Nouvelle, située dans la municipalité du même nom; de l’affichage a été installé au cours des derniers jours. Au besoin, des constats d'infraction allant de 250 à 750 $ pourront donc être distribués. Au total, cinq fosses sont visées par cette nouvelle réglementation.

Le directeur général de la Société de restauration et de gestion de la Nouvelle Louis Laflamme pêche dans la rivière Nouvelle.

Le directeur général de la Société de restauration et de gestion de la Nouvelle, Louis Laflamme

Photo : Gracieuseté de la Société de restauration et de gestion de la Nouvelle.

On sait que ce sont des refuges thermiques pour le saumon qui a, dans les conditions d’eau basse et d’eau chaude, besoin de ces refuges thermiques. On veut éviter que les gens aillent patauger [au-dessus] de la tête des saumons, explique Louis Laflamme, directeur général de la Société de restauration et de gestion de la Nouvelle.

Quelques incidents récents de cohabitation ont mené à cette décision. On ne pensait pas se lancer là-dedans cette année, admet M. Laflamme, qui précise que ces épisodes sont néanmoins marginaux. Ceux-ci concernent principalement, selon le directeur général, des gens de la place qui connaissent la rivière Nouvelle.

Le même constat est fait à Gaspé

Dans le secteur de Gaspé, la présence de baigneurs à proximité des fosses à saumon est aussi de plus en plus remarquée sur les rivières Dartmouth, York et Saint-Jean. Avec les vacances de la construction, ça va aller en s’empirant, estime le directeur général de la Société de gestion des rivières de Gaspé, Rémi Lesmerises.

Une interdiction de baignade est en vigueur dans les secteurs les plus fréquentés. Selon M. Lesmerises, il reste néanmoins difficile d’appliquer cette réglementation. On peut sévir s’il y a des contrevenants. Par contre, des fois, on n’est pas toujours là, ajoute le directeur général.

Gros plan sur le visage de Rémi Lesmerises, debout devant une rivière.

Rémi Lesmerises est directeur général de la Société de gestion des rivières de Gaspé.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Si des traces de véhicules tout-terrain ont été aperçues sur les berges des rivières de Gaspé, leur présence y est, selon ce qu’a constaté M. Lesmerises, peu fréquente dans le lit des cours d’eau. D’ailleurs, ce dernier espère qu’il en restera ainsi.

Si l’on veut détruire une rivière, c’est la meilleure chose à faire. Se promener en véhicule dans une rivière, c’est tout sauf une bonne idée.

Une citation de :Rémi Lesmerises, directeur général de la Société de gestion des rivières de Gaspé

Comme c’est le cas à Nouvelle, M. Lesmerises précise que la cohabitation se déroule bien avec les canoteurs, relativement peu nombreux à descendre les rivières de Gaspé.

Des conséquences potentielles?

Les impacts du dérangement sur le saumon atlantique ne sont pas, à ce jour, pleinement documentés. Biologiste de formation, Rémi Lesmerises demeure néanmoins convaincu qu’ils sont bien réels.

Selon lui, des stress récurrents peuvent causer des problèmes physiologiques à long terme sur les spécimens. Ça peut affaiblir le système immunitaire. Ça peut aussi diminuer la survie, à long terme, de l’animal, mentionne-t-il. Comme le saumon atlantique ne se nourrit pas en rivière, de tels incidents peuvent donc lui soutirer de l’énergie, nécessaire lors du frai.

Un saumon atlantique dans un aquarium.

Un saumon atlantique (Salmo salar) dans un aquarium

Photo : Getty Images / Kuzmalo

De plus, M. Lesmerises rappelle que le saumon atlantique se réfugie dans des fosses profondes lors des grandes chaleurs. Or, celles-ci sont aussi convoitées par les baigneurs, note-t-il.

Lorsque dérangé, le poisson peut quitter ces refuges d’eau froide pour se retrouver dans des eaux moins profondes et plus chaudes. En plus du stress du dérangement, il va être en stress thermique, fait valoir M. Lesmerises, mentionnant que la survie et la fécondité du poisson peuvent ainsi être compromises.

La FQSA se dit au travail

Dans un communiqué acheminé mercredi aux médias, la FQSA aborde les problèmes de cohabitation sur la rivière Petit-Pabos et sur la rivière Bonaventure, pour laquelle un Plan global de cohabitation a été élaboré au cours des derniers mois par de nombreux acteurs du milieu. L’organisation dit poursuivre son travail dans l’intérêt du saumon atlantique.

C’est pour cette raison que la Fédération a déjà entrepris des démarches avec les deux paliers gouvernementaux afin de trouver des solutions durables pour mieux encadrer les activités récréatives, particulièrement sur nos rivières salmonicoles, mentionne le président du conseil d’administration de la FQSA, Normand Fiset.

L'organisation a également lancé, mercredi, une campagne sur le Web afin de sensibiliser la population à la conservation et à la protection de la ressource et de ses habitats.

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