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Infertilité et agressions sexuelles : l’humour sans tabou de Rosalie Vaillancourt

L'humoriste sourit.

Rosalie Vaillancourt

Photo : Zone 3

Fanny Bourel

L’humoriste Rosalie Vaillancourt était sur scène ce mercredi à Montréal pour donner deux spectacles Carte blanche au Festival Juste pour rire. Entourée d’humoristes comme son amie Katherine Levac, Simon Delisle ou encore Virginie Fortin, elle a livré deux numéros sur deux sujets délicats : les agressions sexuelles dans le milieu de l’humour et ses difficultés à tomber enceinte.

L’infertilité reste un thème très peu exploré par les humoristes, mais Rosalie Vaillancourt a choisi de s’y attaquer dans le numéro qu’elle a présenté lors du premier spectacle de la soirée.

C’est stressant. Si tu ne l’as pas vécu, tu penses qu’être enceinte est un dû alors que, maintenant, je pense que c’est une chance, explique-t-elle.

C'est sur scène qu'elle a annoncé mercredi soir être enceinte après un an et demi d'essais infructueux.

Il y a plein de choses drôles à propos de [la difficulté à concevoir un bébé], même si c’est très triste en même temps. Quand il y a des problèmes, il y a toujours aussi une grande part d’humour, ajoute-t-elle.

Un rire thérapeutique

Imaginer un numéro d’humour à partir de son expérience a aidé la jeune femme à mieux vivre la longue attente avant de tomber enceinte.

Mes numéros sont souvent sur quelque chose que je vis, qui me fait me sentir pas bien. Quand je suis capable d’en rire, ça me montre que c’est deux fois moins pire. Quand j’en parle sur scène, ça va mieux après, c’est ma thérapie.

Une citation de :Rosalie Vaillancourt, humoriste

En faisant rire le public sur ce sujet, Rosalie Vaillancourt espère faire du bien aux gens, surtout aux personnes qui ont du mal à devenir parents. Il y a un message d’espoir. Il y a plein de façons d’avoir des enfants, il ne faut pas lâcher!

Je ne veux pas que les gens pensent que c’est une honte ou un problème [de ne pas réussir à faire un bébé]. Je veux juste que les gens pensent que ça peut arriver plus souvent qu’on ne le pense.

Le numéro le plus difficile de sa carrière

Lors du deuxième spectacle de la soirée, Rosalie Vaillancourt a fait preuve d’un humour grinçant en parlant du problème des agressions sexuelles dans le milieu de l’humour.

Je pense que ça a été le numéro le plus difficile à écrire de ma carrière, a-t-elle raconté en entrevue avec Ariane Cipriani, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18.

Elle a pris du temps pour écrire ce texte afin de faire rire sans effleurer le sujet.

Il fallait faire attention à tellement de choses : le respect de la sensibilité des gens, [le fait de ne pas] placer les agresseurs comme des victimes. [...] Et je voulais que ce soit un message d’espoir en même temps.

Je pense que je le fais d’une façon qui est un peu trash, mais qui est nuancée et qui va faire du bien à beaucoup de monde.

Un milieu devenu moins sexiste

Un an après la vague de dénonciations, l’humoriste a vu son milieu évoluer positivement envers les femmes et elle s’y sent désormais en sécurité.

Avant, j’amenais mes amis dans les soirées d'humour pour ne pas être toute seule avec des humoristes. Maintenant, je ne fais plus ça. J’ai vraiment du fun avec les autres humoristes. Je me sens accueillie.

Une citation de :Rosalie Vaillancourt, humoriste

Les gars font de la place aux femmes, et dans leurs numéros, tu vois qu’ils ont réfléchi à ce qu’ils pouvaient dire ou pas, constate-t-elle. Il y a eu un gros ménage. Les gens qui ont fermé les yeux [sur le sexisme et les agressions sexuelles] feelent mal ces temps-ci.

Pas de regrets

L’an dernier, Rosalie Vaillancourt avait pris position en témoignant notamment dans l’article du Devoir faisant état d’agressions et d’inconduites sexuelles de Julien Lacroix.

Aujourd’hui, elle ne regrette pas d’avoir agi selon ses valeurs en prenant la parole. Si elle s’est sentie momentanément un peu moins bien accueillie par certaines personnes du milieu de l’humour par la suite, cela n’a pas duré longtemps.

Cela m’a plus nui avec les fans, car on avait des fans en commun avec les personnes dénoncées, observe-t-elle. C’était comme si je leur enlevais quelqu’un. Je pense que j’ai aussi perdu pas mal de points avec les gens qui étaient contre les dénonciations publiques.

Moins insouciante, mais plus posée

Entre la vague de dénonciations des violences sexuelles, la pandémie et ses difficultés personnelles, Rosalie Vaillancourt a l’impression d’avoir perdu un peu de son insouciance. Ça me fait de la peine, car j’aimais mon insouciance. Je pense que ça va faire que je vais être un petit peu plus grand public, a expliqué celle dont le côté juvénile et l’humour absurde pouvaient déplaire à certaines personnes.

Elle a aussi le sentiment d’être plus posée et moins excitée. J’aime moins faire des choses gratuites pour le rire. Le rire à tout prix est moins là.

Lors de sa soirée Carte blanche, Rosalie Vaillancourt est aussi revenue sur les sketches des années 1990 qui mettaient beaucoup l’accent sur les différences entre les hommes et les femmes. Elle a montré que les choses ont évolué depuis cette époque où des humoristes faisaient rire en dépeignant les gars comme des épais aimant leur barbecue.

Je n’en veux pas aux gens qui ont fait des numéros comme ça. Dans 30 ans, j’espère que les gens vont écouter mon numéro et dire que c’était mauvais et que ça a évolué.

La soirée Carte blanche animée par Rosalie Vaillancourt sera diffusée ultérieurement sur Noovo. L’humoriste a aussi obtenu le droit de mettre ses deux numéros en ligne sur des réseaux sociaux par la suite.

Avec les informations d'Ariane Cipriani

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