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Andrée Laforest et Benoit Charette lors d'une conférence de presse.

Le ministre de l'Environnement du Québec Benoit Charette accompagné de la ministre Andrée Laforest a annoncé que son gouvernement rejetait le projet Énergie Saguenay, de GNL Québec.

Photo : Radio-Canada / Gilles Munger

Radio-Canada

Après plusieurs années de tergiversations, le gouvernement du Québec dit non au projet d’implantation d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay par GNL Québec, évalué à 14 milliards de dollars.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, en a fait l’annonce lors d’une conférence de presse tenue à Saguenay mercredi. Il était accompagné de la ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest.

La décision du ministre Charette s’est basée sur les conclusions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) publiées en mars dernier.

C’est un projet qui a plus de désavantages que d’avantages, a-t-il déclaré, ajoutant que l'entreprise n'a pas réussi à satisfaire les trois critères fixés par Québec : gagner l'acceptabilité sociale, favoriser la transition énergétique et contribuer à la réduction des gaz à effet de serre.

Le gouvernement avait posé ses propres conditions pour accepter ou non le projet, pour le rendre acceptable ou non d’un point de vue environnemental. [...] Et à ce niveau-là, le promoteur n’a pas réussi à en faire la démonstration.

Une citation de :Benoit Charette, ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Il a plus tard ajouté que la question des déboires financiers du promoteur n'a pas été prise en compte par le Conseil des ministres lors de la prise de décision. Le Conseil s'est réuni lors d'une assemblée spéciale mercredi.

Le gouvernement avait promis de rendre son verdict pour le projet Énergie Saguenay avant la fin de l’été.

GNL réagit

Peu après la fin de la conférence de presse, GNL Québec a réagi à la décision du gouvernement de rejeter son projet. Par communiqué, l’entreprise s’est dite déçue et surprise de l’annonce.

Notre conseil d’administration évaluera les prochaines étapes afin de composer avec cette décision difficile qui se répercute sur nos employés, nos investisseurs et nos parties prenantes. Nos valeurs nous ont mené à élever les standards pour ce type de projet et à développer avec cœur le terminal d’exportation de GNL le plus vert et durable au monde s’étant par ailleurs engagé à être carboneutre, afin de générer d’importantes retombées positives au Saguenay-Lac-Saint-Jean, au Québec et pour la planète, était-il indiqué dans le communiqué de l’entreprise.

GNL a salué, au passage, les membres de son équipe et ses partenaires de la communauté.

La mort du projet de Gazoduq

Le projet était tributaire de l’implantation d’un gazoduc de 780 kilomètres visant à acheminer du gaz naturel de l’Ouest canadien jusqu’à Saguenay. Le gaz naturel d’Alberta et de Colombie-Britannique est extrait par la technique de la fracturation hydraulique, hautement polluante, ce qui a maintes fois été critiqué par des opposants au projet, notamment la Coalition Fjord.

Le volet de la conduite souterraine était piloté par la compagnie sœur de GNL Québec, Gazoduq. Les deux sont regroupées sous l’égide de la société en commandite Symbio Infrastructure. Le pipeline aurait été raccordé à une conduite existante dans le Nord-Est de l’Ontario et serait passé par l’Abitibi-Témiscamingue, la Haute-Mauricie et le Lac-Saint-Jean.

Au cours de la conférence de presse, le ministre a confirmé que le rejet d'Énergie Saguenay, un projet envers lequel son gouvernement avait un préjugé favorable, sonnait aussi le glas de celui de Gazoduq.

La ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, qui avait appuyé le projet au départ, à l'instar de la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et de l'organisme Promotion Saguenay, a indiqué que le gouvernement continuera d'être à l'écoute de promoteurs intéressés à investir au Québec.

Le projet GNL Québec, nous y avons cru. Le gouvernement s'est montré très ouvert. Nous continuerons d’être ouverts aux projets d'envergure, a-t-elle commenté.

C’est certain que ce projet était au départ initialement porteur d’espoir pour l’économie de notre région, mais pour donner vie à ce projet, ça prenait des conditions gagnantes, a ajouté la députée de Chicoutimi.

Rapport défavorable du BAPE

Dans un rapport de 500 pages, le BAPE estimait que les risques dépassaient les avantages pour la réalisation du projet. Les auteurs du rapport ont relevé que les retombées économiques bénéficieraient davantage à l’Ouest canadien une fois le complexe de liquéfaction en service. Les commissaires avaient aussi soulevé le fait que le projet de GNL Québec n’avait pas su gagner l’acceptabilité sociale et que la demande sur le marché mondial pour le gaz naturel liquéfié par Énergie Saguenay ne serait pas requise avant 2030.

GNL Québec a toujours prétendu que les 11 000 tonnes de gaz naturel liquéfié exportées annuellement à partir de Saguenay viendraient remplacer des énergies fossiles plus polluantes comme le charbon, ce qui en faisait, selon le promoteur, un projet vert. Il a longtemps été reproché à l'entreprise de ne pouvoir le garantir sans contrat ferme avec un distributeur.

Au cours des dernières semaines, plusieurs difficultés se sont dressées sur le chemin de GNL Québec. La dernière en lice a été l’annonce des communautés autochtones de Mashteuiatsh, Pessamit et Essipit qu'elles rompaient le dialogue avec le promoteur. Quelques jours plus tôt, on apprenait que la Société Générale, l’une des plus importantes banques françaises, avait mis un terme à sa relation avec GNL Québec.

Pêches et Océans Canada et Parcs Canada avaient formulé des avis défavorables, notamment en raison des risques pour les bélugas liés à l’augmentation du trafic maritime et du bruit dans le fjord du Saguenay.

Le site de Grande-Anse avait été sélectionné par GNL Québec, car il s’agit d’un port en eau profonde. Le but était d’exporter le gaz liquéfié à bord de méthaniers.

Les marchés visés étaient l’Asie et l’Europe. Une entente venait d’être annoncée avec un projet allemand où un terminal de regazéification aurait été construit avec GNL Québec comme client. Elle faisait suite à un partenariat énergétique conclu entre l’Allemagne et le Canada où le gaz naturel liquéfié était présenté comme une énergie propre de transition par le ministère fédéral des Ressources naturelles

Avec les informations de Roby St-Gelais, Pascal Girard et Mélyssa Gagnon

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