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De nombreuses lacunes constatées par la CNESST chez Viandes du Breton ce printemps

Découpe de viandes à l'usine de Viandes du Breton.

Un inspecteur de la CNESST a noté de nombreuses lacunes dans l'application des mesures sanitaires lors de ses visites à l'usine de Viandes du Breton, à Rivière-du-Loup, en février et en mai 2021. (Archives)

Photo : MRC de Rivière-du-Loup

L'inspecteur de la CNESST qui a visité l'usine de Viandes du Breton, à Rivière-du-Loup, à quelques reprises entre février et mai 2021 a constaté de nombreuses lacunes dans l'application des mesures sanitaires pour contrer la propagation du virus de la COVID-19 dans l'entreprise. Masques portés sous le nez, manque de contrôles des superviseurs, rassemblements de travailleurs dans certains coins de l'usine et distribution de masques non approuvés figurent parmi les problèmes soulevés dont l'ensemble a été réglé depuis, selon la CNESST.

Radio-Canada a eu accès pour la première fois à une copie de ce rapport dans les derniers jours, obtenu grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

L'usine de Viandes du Breton a dû conjuguer avec deux éclosions de COVID-19 dans les derniers mois.

La première s'est étalée du 9 février 2021 au 6 mars 2021 et a engendré 23 cas de COVID-19.

La seconde s'est déroulée du 19 avril au 16 mai 2021 et 143 travailleurs ont contracté la COVID-19, selon les informations du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent en plus de provoquer de nombreux cas d'infection dans la communauté.

La direction de l'usine a décidé de fermer ses installations du 12 au 23 mai pour tenter de contenir l'importante éclosion qui y sévissait.

L'inspecteur de la CNESST a effectué des visites des lieux après le début de chacune de ces éclosions.

En tout, l'inspecteur a émis 18 avis de dérogation aux Normes de santé et de sécurité au travail lors de sa visite en février 2021.

C'est lors de sa première visite, effectuée le 24 février 2021, que l'inspecteur a constaté le plus de lacunes dans l'application des mesures sanitaires pour contrer la propagation de la COVID-19.

Port du masque inadéquat

Le port du masque avait notamment été jugé comme étant inadéquat dans plusieurs secteurs de l'usine.

Le port du masque de procédure sous le nez est autorisé par l'employeur dans son programme de prévention pour les travailleurs ayant des lunettes ajustées qui s'embuent.

Une citation de :Rapport d'intervention de la CNESST

Le rapport de la CNESST rédigé à la suite de la visite de février 2021 demande notamment à l'employeur de modifier son programme de prévention afin de se conformer aux règles de l'art établies par l'INSPQ.

Il indique notamment que le port d'un masque de procédure de qualité qui recouvre le nez et la bouche doit être respecté lorsque la distanciation physique de deux mètres entre les travailleurs ne peut être appliquée.

L'inspecteur poursuit en indiquant qu'il est de la responsabilité de l'employeur de trouver d'autres solutions pour résoudre les problèmes de buée dans les lunettes. Une amélioration de la ventilation ou l'application d'un produit empêchant la formation de buée peuvent notamment être envisagées, comme cité en exemple dans le rapport.

Ce rapport de la CNESST soulève aussi que les masques qui étaient alors remis aux travailleurs de Viandes du Breton ne détenaient pas la certification requise et n['étaient] pas approuvés pour se protéger efficacement contre le virus de la COVID-19.

De plus, l'inspecteur souligne que seulement la moitié de près de 400 travailleurs syndiqués ont suivi une formation en ligne sur la COVID-19.

Manque de supervision dans l'application des mesures sanitaires

L'inspecteur affirme dans son rapport que les contremaîtres et les superviseurs ont des échanges réguliers sur l'application des mesures de prévention de la COVID-19 avec les employés et que des rappels sont faits régulièrement auprès d'eux.

Par contre, il ajoute tout de même que, malgré les rappels, mes observations démontrent des lacunes concernant le contrôle exercé par les contremaîtres et les superviseurs quant à l'application des mesures sanitaires chez les travailleurs.

Il ajoute que le « Programme de prévention - COVID-19 » de Viandes du Breton précise les rôles et responsabilités des employés, clients, sous-traitants et visiteurs, mais pas ceux de l'employeur ou du personnel de supervision.

Les mesures de contrôle prévues au programme de prévention de l'employeur pour assurer la permanence des correctifs visant la prévention de la COVID-19 sont insuffisantes.

Une citation de :Rapport d'intervention de la CNESST

Le rapport de la CNESST indique que l'employeur a informé l'inspecteur que son programme de prévention serait modifié dans les 30 jours suivant sa réception, ce que Viandes du Breton a fait, comme le confirment des inspections de contrôle menées quelques semaines plus tard.

Rassemblements et promiscuité des travailleurs

Lors de sa visite, toujours en février, l'inspecteur a constaté que les travailleurs portaient somme toute correctement le masque dit « de procédure » dans leurs déplacements, mais que les mesures de distanciation étaient moins bien respectées sur certaines lignes de travail et dans les salles de pause.

Ces dernières ont pourtant été réaménagées et des barrières de protection ont été installées sur les tables par Viandes du Breton depuis le début de la pandémie.

J'ai pu constater que des travailleurs discutaient au-dessus des barrières sans masque de protection. [...] J'ai rencontré dans les lieux communs plusieurs travailleurs. Ils sont régulièrement à moins de deux mètres.

Une citation de :Rapport d'intervention de la CNESST

Le rapport contient d'autres exemples du non-respect de la distanciation physique entre les travailleurs.

Au département d'abattage, par exemple, l'inspecteur écrit qu'il a aperçu deux éviscérateurs qui travaillaient côte à côte, sans protection.

L'un des travailleurs n'est pas à son poste. Il a contourné la barrière de protection. En m'apercevant, après quelques minutes, le travailleur reprend son poste de travail protégé par les barrières de plexiglas, précise le rapport de l'inspecteur.

Le rapport de la CNESST note aussi qu'à quelques endroits dans l'usine, les plexiglas ne sont pas installés de manière à bien protéger les travailleurs, puisque des espaces permettent le voyagement de gouttelettes entre les employés.

Viandes du Breton corrige la majorité des lacunes entre les deux éclosions

Le 11 mars, l'inspecteur de la CNESST effectue un suivi de son intervention menée le 24 février.

Il constate notamment que le programme de prévention de Viandes du Breton a été mis à jour et que le port du masque sous le nez n'est plus autorisé par l'employeur.

Les plexiglas qui posaient problème ont été réinstallés de manière à mieux protéger les travailleurs.

Certaines lacunes dans l'application des mesures sanitaires persistent toutefois dans certains secteurs, comme au département d'abattage, où des travailleurs ne portent qu'une visière de protection, sans masque, et sont régulièrement à moins de deux mètres.

L'employeur s'engage à apporter les correctifs nécessaires.

La formation de la moitié des travailleurs sur la prévention de la propagation de la COVID-19 est en cours et doit être terminée le 26 mars. Un nouveau suivi effectué par l'inspecteur à cette date confirme que la formation des employées a été terminée pour cette date.

L'usine des Viandes du Breton, à Rivière-du-Loup.

Une seconde inspection de l'usine a été menée par la CNESST en mai 2021, alors que la deuxième éclosion à avoir touché Viandes du Breton sévissait. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Bergeron

Alors qu'une seconde éclosion sévit chez Viandes du Breton, une nouvelle inspection de l'usine est effectuée par la CNESST le 12 mai.

Le département d'abattage est alors fermé et d'autres services fonctionnent au ralenti, selon le rapport de l'inspecteur. Environ 150 travailleurs sont présents et une fermeture temporaire de l'usine est prévue.

Certaines lacunes dans l'application des mesures sanitaires sont à nouveau constatées, malgré les améliorations apportées par l'entreprise depuis la première visite de la CNESST en février.

Neuf avis de dérogation aux normes de santé et de sécurité sont émis lors de la visite de la CNESST en mai.

Parmi ces lacunes se retrouvent le manque de distanciation physique entre les travailleurs dans le stationnement et les attroupements créés lors de la distribution des masques et des couteaux.

Le rapport cite en exemple le fait qu'un seul poste de distribution de masques pour 200 employés soit disponible pour les changer lors des pauses et du dîner.

Selon l'inspecteur, cette situation entraîne un grand nombre de personnes au même endroit "goulot", une file d'attente, une congestion des lieux, etc., et par conséquent, une diminution potentielle de la fréquence de remplacement des masques.

Ce risque n'est pas négligeable étant donné le grand nombre de travailleurs qui se rencontrent dans des "goulots" et aux pauses, trois fois par jour, cinq jours par semaine.

Une citation de :Rapport d'intervention de la CNESST

Le rapport note que la supervision du respect des mesures sanitaires dans les salles de pause est toujours déficiente, malgré l'embauche d'une agente de sécurité. Certaines barrières physiques installées sur les tables sont inefficaces, selon les observations de l'inspecteur.

Son rapport recommande notamment à l'employeur de s'assurer du port strict du masque en tout temps, d'exclure toute personne symptomatique, d'assurer la distanciation physique en tout temps et d'instaurer un dépistage récurrent de tous les employés avec un test aux cinq jours.

Viandes du Breton a refusé notre demande d'entrevue pour commenter ce rapport.

Le CISSS du Bas-Saint-Laurent indique que les échanges entre la santé publique et la direction de l'entreprise se poursuivent en lien avec la vaccination contre la COVID-19.

Le Vacc-I-Express sera de passage à l'usine à la mi-août.

Avec la collaboration d'Isabelle Damphousse et de Patrick Bergeron

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