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Procès de Linda O'Leary : Kevin O'Leary dit que sa femme est une experte de la navigation

L'épouse de l'homme d'affaires est accusée d'inconduite au sujet d'un accident qui a fait deux morts

Kevin O'Leary et Linda O'Leary posant l'un à côté de l'autre pour une photo.

Kevin O'Leary a témoigné pour le compte de la défense au procès de son épouse, Linda O'Leary, à Parry Sound. (Archives)

Photo : Reuters / Danny Moloshok

Jean-Philippe Nadeau

Kevin O'Leary a défendu mercredi la conduite de son épouse au volant de leur bateau sur le lac Joseph dans les Muskoka. Linda O'Leary a plaidé non coupable à des accusations en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada à la suite de l'accident de bateau mortel, qui a fait deux morts en 2019 dans les Muskoka.

M. O'Leary, qui témoigne de Los Angeles par vidéoconférence, affirme que sa conjointe est une excellente conductrice, prudente, alerte et qu'elle n'était pas ivre le soir de la collision du 24 août 2019 sur le Lac Joseph.

Linda a grandi dans une famille qui se passionne pour les bateaux, déclare-t-il au début de son témoignage.

M. O'Leary assure que c'est sa femme qui conduit le plus souvent les deux bateaux Cobalt et Malibu que sa famille possède. Je peux les conduire, mais je ne suis pas très doué pour les amarrer à quai, mes enfants sont meilleurs que moi et Linda conduit toujours la nuit à ma place, précise-t-il.

Il dit qu'il ne sait pas combien de fois il a laissé sa femme conduire le Cobalt, en prenant le siège passager. Des milliers de fois en 20 ans j'imagine.

Une illustration judiciaire de l'avocat Brian Greenspan.

L'avocat Brian Greenspan représente Linda O'Leary.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

L'homme d'affaires ajoute que son épouse se fait un point d'honneur de toujours vérifier l'embarcation avant de partir sur le lac : le niveau d'essence, la présence de lampes de poche et d'extincteurs, le nombre de gilets de sauvetage à bord, la hauteur des bouées d'amortissage, etc.

Il assure que sa conjointe a suivi le même rituel lorsqu'ils sont allés dîner ce soir-là avec une amie chez des voisins, qui possèdent une résidence secondaire sur le lac à sept minutes de trajet de chez eux.

C'était une soirée un peu habillée chez les Smith, alors Linda et Allison s'étaient coiffées en conséquence et ma femme a conduit le Cobalt lentement pour éviter que le vent ne démêle leurs coiffures, ajoute-t-il en précisant que le bateau ne devait pas aller plus vite que 24 km/h.

Kevin O'leary en entrevue

Kevin O'Leary, ici en entrevue à une date indéterminée, est un célèbre homme d'affaires né à Montréal.

Photo : Radio-Canada

M. O'Leary ne se souvient pas d'avoir vu sa femme boire du vin à table, parce qu'elle n'était pas assise à ses côtés chez leurs amis. Elle en a peut-être bu, mais elle savait qu'elle était la conductrice désignée pour rentrer à la maison après le repas, dit-il.

Il explique que tout allait bien lorsqu'ils ont quitté le quai des Smith et que son épouse connaissait bien le chemin du retour de nuit en suivant le rivage des îles avoisinantes.

Collision mortelle

M. O'Leary affirme que sa femme était prudente et qu'elle ne conduisait pas vite. Le lac était noir, c'était une nuit calme, sans vent ni lune, on n'apercevait que quelques lumières des maisons sur la rive déclare-t-il.

Il déclare qu'on n'entendait ni ne voyait rien sur le lac avant d'apercevoir quelques secondes avant la collision un bateau à trois pieds de lui.

Il n'y avait aucune lumière à bord, aucune silhouette n'était visible, comme si un voile le recouvrait... il faut déployer des efforts d'imagination pour rendre une embarcation aussi invisible.

Une citation de :Kevin O'Leary, conjoint de l'accusée

M. O'Leary soutient que le chaos a suivi la collision et que l'embarcation qu'ils avaient percutée s'était tout d'un coup illuminée comme un sapin de Noël. Nous ne savions pas ce qui venait de nous arriver, souligne-t-il.

Il précise qu'il s'est occupé de sa femme et de son amie Allison, qui avait une coupure à la tête. Il n'y a eu aucune communication entre les bateaux au moment où notre Cobalt a dérivé vers la droite... c'était très bizarre, dit-il.

Un photo du bateau des O'Leary

Une caméra de surveillance capte l'arrivée des O'Leary et de leur amie Allison Whiteside (en rouge) au domicile des Smith.

Photo : OPP (pièce à conviction)

Selon Kevin O'Leary, Linda pensait qu'elle venait d'entrer en collision avec la seconde embarcation de sa famille, le Malibu, qui est plus imposante que le Cobalt. Elle criait : "Est-ce que c'est vous, les enfants?", en faisant référence à leur fils Trevor, qui était resté chez eux avec des amis cette nuit-là.

M. O'Leary dit que Mme O'Leary a alors repris la route pour retourner à leur maison. Il dit qu'il ne savait pas encore que l'accident avait fait des morts et des blessés dans l'autre bateau.

Trevor, qui avait entendu la collision, avait appelé son père pour savoir ce qui s'était passé avant d'appeler le 911 pour requérir une ambulance. Je me doutais que la police arriverait également, parce que Trevor avait spécifié à l'opératrice qu'il venait d'y avoir un accident de bateau sur le lac Joseph, poursuit-il.

Le témoin de la défense explique que sa femme, Allison et lui ont repris leurs esprits sur le quai de leur hangar à bateaux, en s'attardant à la blessure à la tête de leur amie en attendant les secours.

Un grand chalet avec quai pour les bateaux sur un lac.

La résidence secondaire des O'Leary sur le lac Joseph avec, au premier plan, leur hangar à bateaux.

Photo : CBC

M. O'Leary dit ignorer si son épouse a pris un verre après l'accident en attendant la police et l'ambulance. Les policiers m'ont interdit de monter la voir à l'étage dans le hangar, où nous avions hissé le Colbalt hors de l'eau au retour, se rappelle-t-il.

Il souligne qu'il n'a vu son épouse que deux heures plus tard, dans la cuisine de la résidence principale, et qu'il s'est alors aperçu qu'elle souffrait à un pied. Elle n'a toutefois pas voulu accompagner les ambulanciers à l'hôpital, parce qu'elle pensait que c'était une foulure et non une cassure, précise-t-il.

L'homme d'affaires insiste pour dire qu'il n'a pas vu sa femme boire de la journée de toute façon, ni senti d'alcool sur elle dans l'après-midi, durant le trajet en bateau chez leurs amis ou après la soirée avant de rentrer chez eux.

Contre-interrogatoire pointu

Dans son contre-interrogatoire, M. O'Leary répète qu'un conducteur de bateau ne devrait jamais naviguer sans lumières. Sans être visible, vous risquez de mettre la vie d'autrui en danger, c'est une question de bon sens, dit-il.

Le procureur Samir Adam lui explique alors que les signaux lumineux de l'embarcation accidentée étaient peut-être défectueux. Si vous ne voyez pas de lumières, ça ne signifie pas pour autant que la voie est libre?, l'interroge-t-il en ajoutant qu'il peut s'y trouver par exemple des rochers.

Vous ne pouvez éviter ce que vous ne voyez pas dans le noir, réplique l'homme d'affaires en défendant les manœuvres de sa conjointe au volant ce soir-là.

Illustration judiciaire du juge Humphrey.

Le juge Richard Humphrey, de la Cour de justice de l'Ontario, préside les audiences, en personne, au palais de justice de Parry Sound.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

M. O'Leary répète qu'il n'aime pas manœuvrer la nuit sur un lac et que c'est la raison pour laquelle il préfère laisser la place à son épouse.

Me Adam relève par ailleurs des contradictions entre son témoignage de la matinée et sa déposition du 25 août 2019 à la police au sujet de la vitesse à laquelle sa femme conduisait.

Elle a conduit un peu plus vite au retour qu'à l'aller, mais pas plus vite que 30 km/h, reconnaît-il.

Il admet qu'il ne se souvient plus de la vitesse à laquelle sa femme conduisait. Cela devait être moins de 100 km/h, mais plus que 0 km/h, a-t-il répondu sur le ton du sarcasme.

Une illustration judiciaire du procureur et du témoin de la défense.

Le procureur de la Couronne, Samir Adam, contre-interroge sur une plateforme numérique Kevin O'Leary, qui se trouve à Los Angeles pour affaires.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Il souligne que sa femme ne conduisait pas assez vite pour soulever la proue du Cobalt, parce qu'elle ne voulait pas gêner son champ de vision. Nous sommes restés parallèles au plan d'eau, assure-t-il.

M. O'Leary précise qu'il se tenait appuyé contre le pare-brise du bateau et que son épouse était assise en cul-de-jatte derrière le volant pour se hisser au-dessus du chassis.

Or, il avait dit à la police qu'il occupait le siège du passager et que l'accusée était assise derrière le volant.

Non, j'étais debout et Linda était assise sur l'une de ses jambes et c'est sans doute pour cela qu'elle s'est cassé le pied droit durant la collision, réplique-t-il.

Un tribunal

Le palais de justice de Parry Sound, où se tient le procès devant juge seul.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

M. O'Leary se défend par ailleurs de ne pas avoir collaboré avec la police après l'accident, lorsqu'on lui a révélé que sa conjointe avait passé un ivressomètre dont le résultat s'était avéré positif.

Je ne m'en rappelle pas, mais je leur ai dit, oui, que j'allais appeler mon avocat, conclut-il.

Il ne se souvient pas non plus si son épouse avait consommé un verre à la maison à leur retour, mais il affirme qu'elle est très consciencieuse à ce sujet et qu'elle ne tolère aucun alcool à bord de leurs embarcations.

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