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Le Canada dans le peloton de tête du G20 pour la vaccination

Des gens attendent dans une grande salle d'une clinique de vaccination, à Montréal.

Près de 10,3 millions de doses du vaccin contre le coronavirus ont été administrées au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Après des débuts plus lents que certains pays, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, le Canada a rattrapé le temps perdu au début de la campagne de vaccination contre la COVID-19, au point de figurer maintenant au nombre des meilleurs élèves du G20. Mais la ligne d'arrivée est loin d'être franchie.

Avec un taux de vaccination de 52,4 % pour l'administration de deux doses, le Canada fait partie, à l'échelle mondiale, des 15 pays où plus de la moitié de la population est pleinement vaccinée, selon le site Our World In Data lié à l'Université d'Oxford. Une liste qui inclut aussi Malte (meneur incontesté avec un taux de vaccination de 82 %), l'Islande, les Seychelles, les Émirats arabes unis, Saint-Marin, le Chili, Bahreïn, Israël, l'Uruguay, le Qatar, la Mongolie, la Hongrie, le Royaume-Uni et l'Espagne.

Le Canada s'est également hissé au palmarès des sept pays qui ont administré au moins une dose à plus de 70 % de leur population, devançant dorénavant des pays comme Israël, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui avaient pourtant rapidement commencé à mener le bal.

Dans le groupe des pays du G20, les plus grandes économies mondiales, il fait particulièrement bonne figure.

Au début de la campagne de vaccination, le Canada faisait face à des enjeux d'approvisionnement des vaccins, rappelle Ève Dubé, professeure au Département d'anthropologie de l'Université Laval et chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

À titre comparatif, Israël avait une entente privilégiée avec Pfizer – stock de vaccins en échange du partage rapide de données sur les effets de l'immunisation – au moment où même les États occidentaux peinaient à obtenir suffisamment de doses.

Les progrès réalisés depuis démontrent la capacité de nos systèmes publics à mettre en place et à mobiliser des ressources, juge l'anthropologue.

Quand le Canada a reçu des doses, le système a pu se déployer rapidement, poursuit-elle, évoquant l'expérience acquise dans le développement des stratégies de vaccination de masse lors de la crise du virus H1N1, responsable de la pandémie de 2009.

Elle précise en outre que la vaccination au pays s'est amorcée pendant la deuxième vague de la pandémie, à l'automne 2020.

Quand le nombre de cas est élevé, les gens ont plus tendance à se faire vacciner, souligne la chercheuse, qui s'intéresse particulièrement aux enjeux culturels, sociaux et éthiques qui entourent la prévention des maladies infectieuses. Quand il diminue, il y a plus de complaisance et moins d'efforts pour se faire vacciner, constate-t-elle.

Le Canada devance les États-Unis

Dans le groupe des pays riches, la comparaison avec les États-Unis est particulièrement frappante. Si rattraper les États-Unis semblait hors de portée il y a quelques mois, le Canada les a pourtant distancés au cours des derniers jours. Aux prises avec un ralentissement important de la vaccination malgré une série d'incitatifs, le voisin du sud enregistre présentement un taux de vaccination complète de 48,4 %.

L'avance quant à l'administration de la première dose chez les Canadiens et les Américains est encore plus nette : les premiers affichent un taux de 70,5 %, les seconds de 55,9 %.

Il y a, aux États-Unis, une plus grande réticence des gens à se faire vacciner. Il y a des poches de résistance, résume Mme Dubé, évoquant une association entre la vision politique et l'acceptation de vaccination.

Ces enjeux existent peu au Canada, affirme-t-elle.

Plus tôt cette semaine, le directeur de l’Institut des maladies infectieuses aux États-Unis, le Dr Anthony Fauci, a lui aussi montré du doigt la partisanerie au cours d'une entrevue accordée au réseau CNN.

Le Canada fait mieux, non pas parce que nous faisons moins d'efforts qu'eux. C'est parce qu'au Canada, il n'y a pas cette division, avec des gens qui ne veulent pas se faire vacciner, à bien des égards, en raison de l'idéologie et de la persuasion politique.

Une citation de :Anthony Fauci, directeur de l’Institut des maladies infectieuses aux États-Unis

Selon un sondage ABC-Washington Post publié au début du mois, 6 % des démocrates affirment qu'ils ne se feront sans doute pas vacciner, tandis que la proportion monte à 47 % chez les républicains (dont 38 % qui disent en être certains).

Le Canada n'échappe évidemment pas aux considérations politiques et aux disparités régionales.

Un sondage Angus Reid mené à la mi-juillet indique que 9 % des Québécois et autant d'Ontariens n'entendent pas se faire vacciner ou hésitent encore. En Alberta, la méfiance envers la vaccination grimpe à 22 %.

D'après les données de Radio-Canada du 22 juillet, la proportion de la population ayant reçu au moins une dose est par exemple de 57 % au Nunavut et avoisine 64 % en Alberta et en Saskatchewan. Elle atteint par exemple 72 % au Québec, 74 % en Nouvelle-Écosse et même près de 77 % à Terre-Neuve-et-Labrador.

Mais les disparités sont beaucoup plus marquées aux États-Unis. Le Mississippi et la Louisiane ont par exemple des taux respectifs de 38 % et 40 % pour l'injection d'une dose, alors qu'à l'autre bout du spectre, le Vermont et le Massachusetts atteignent 75 % et 72 %, d'après l'organisation indépendante Covid Act Now.

Les nombres sont éloquents : les 20 États américains affichant les taux les plus élevés pour l'administration d'au moins une dose de vaccin ont voté démocrate lors de la dernière élection présidentielle; les 23 fermant le classement ont voté républicain, d'après l'analyse des données du New York Times.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure.

Un marathon

Au printemps dernier, le premier ministre Justin Trudeau a promis que tous les Canadiens qui le souhaitaient pourraient être vaccinés d’ici le 30 septembre 2021. La cible pourrait néanmoins être atteinte plus tôt dans certaines régions du pays.

Le Canada a jusqu'ici injecté plus de 46 millions de doses, selon les données de Radio-Canada. Un succès, selon la professeure Dubé, qui ajoute rapidement un bémol.

Ce n'est pas dit que la campagne ne se mettra pas à stagner, comme on le constate dans d'autres pays, avertit-elle.

On peut se réjouir du succès de la campagne de vaccination au Canada, mais c'est un marathon. Ce ne sont pas les premiers kilomètres qui sont les plus difficiles, ce sont les derniers.

Une citation de :Ève Dubé, professeure à l’Université Laval et chercheuse à l’INSPQ

Il y a toujours un point de bascule une fois que les gens très motivés ou motivés à se faire vacciner l'ont fait, souligne l'anthropologue de l'Université Laval.

Les autorités devront faire des efforts plus substantiels pour rejoindre les personnes moins motivées à se faire vacciner ou les personnes qui ont des enjeux avec le système de santé et qui sont plus réfractaires à la vaccination, fait-elle valoir.

Il y aura certainement des efforts à faire si on souhaite atteindre un taux de 85 % ou 90 % de vaccination, insiste-t-elle.

L’évolution de la pandémie au Canada

Certains pays, dont le Canada, occupent peut-être le haut du pavé, mais les palmarès ne disent pas tout. Malgré des taux de vaccination complète plus élevés que le Canada, le Chili, Bahreïn, les Seychelles et la Mongolie sont par exemple aux prises avec de nouvelles éclosions.

L'un des facteurs relevés par les experts est le type de vaccin administré. Les quatre pays se sont majoritairement tournés vers les vaccins chinois Sinovac ou Sinopharm, moins efficaces que des vaccins comme ceux de Pfizer ou Moderna, les deux vaccins les plus administrés au Canada, loin devant AstraZeneca.

Jugé près de sept fois plus contagieux que la souche initiale du SRAS-CoV-2, le variant Delta multiplie en outre les nouvelles infections dans plusieurs pays, même un pays avancé dans sa vaccination comme le Royaume-Uni.

Selon One World In Data, le taux de vaccination complète à l'échelle mondiale est de 13,2 %, et le taux de vaccination partielle est de 26,7 %, une disparité que les pays riches se sont fait reprocher. La situation est particulièrement préoccupante en Afrique, où les vaccins sont livrés au compte-gouttes.

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