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Enfants privés de retour au Canada : la France réclame « une solution » à Ottawa

« Il y a beaucoup de familles à qui l’on refuse le retour des enfants » au Canada, déplore la consule générale de France à Montréal.

Les deux infirmières devant le CHUM.

Florie Rovillain et Myrthée Etien sont infirmières au CHUM depuis, respectivement, 2018 et 2019. Elles ont envoyé, chacune, leur fils voir leurs grands-parents pour l'été, mais elles ne savent toujours pas s'ils auront l'autorisation du Canada pour revenir au pays.

Photo : Gracieuseté : CHUM

« On entend parler de dizaines de personnes refoulées à Paris depuis quelques jours », dit la consule générale de France à Montréal, Sophie Lagoutte.

Cette dernière est sans cesse contactée par des parents français, qui vivent et travaillent au Canada et qui vivent des heures d'angoisse, confie-t-elle.

Comme l’expliquait la semaine passée Radio-Canada, des enfants de résidents temporaires sont actuellement privés de retour au Canada. Si les parents, qui ont un permis de travail, peuvent sans aucun problème quitter le territoire et revenir, ce n’est pas le cas des enfants.

Ces mineurs, qui ne sont pas nés au Canada, détiennent une fiche visiteur. Pour rentrer au Canada après un séjour à l’étranger, ils doivent obtenir une autorisation écrite d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et prouver que cette arrivée en sol canadien est essentielle.

Or, non seulement cette mesure, qui a été sévèrement critiquée par les oppositions fédérales, est méconnue, mais cette autorisation [les délais sont de 14 jours ouvrables, selon IRCC] a également été refusée à maintes reprises. Le nombre est quand même assez significatif, soutient Sophie Lagoutte.

C’est une mesure dont on a pris connaissance à partir de décembre, soutient-elle. Mais auparavant, on n’avait pas eu connaissance de cas de refus aussi nombreux dans les mois précédents. Il y a beaucoup de familles à qui l’on refuse le retour des enfants.

Selon les témoignages reçus par les autorités françaises, des compagnies aériennes refusent l’embarquement des enfants ou les douaniers canadiens ont mis leur veto à leur sortie de l'avion. Les enfants ont été renvoyés vers la France et les parents repartaient avec leurs enfants, relate Sophie Lagoutte.

Devant cette situation, [on] a saisi Immigration Canada pour signaler les difficultés dans lesquelles se trouvaient un certain nombre de familles qui sont bloquées en France.

Une citation de :Sophie Lagoutte, consule générale de France à Montréal

La France, par le biais de son ambassade à Ottawa, a donc écrit au ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, pour sensibiliser et obtenir une solution collective.

La diplomatie française est pleinement mobilisée, a indiqué, sur Twitter, l’ambassadrice française Kareen Rispal.

Aucune réponse n’a, pour l’heure, été renvoyée, précise Sophie Lagoutte, qui ne tient cependant pas à s’ingérer dans la politique canadienne.

Les autorités canadiennes sont souveraines pour dire qui elles laissent rentrer et sous quelles conditions. Mais l'intérêt de tous, c’est que les familles puissent être unies et que les parents autorisés à quitter le territoire et à revenir puissent le faire avec leurs enfants.

Une citation de :Sophie Lagoutte, consule générale de France à Montréal

Une obligation d'Ottawa, dit Air Canada

Plusieurs parents déplorent l'attitude des compagnies aériennes, qui refusent l’embarquement des enfants s’ils n’ont pas l’autorisation écrite d’Immigration Canada. « Nous avons l’obligation de nous conformer aux règles en vigueur et aux restrictions de voyage imposées par les autorités canadiennes », explique Pascale Déry, porte-parole d’Air Canada. Nous rappelons continuellement à nos clients de bien vérifier les exigences d’entrée gouvernementales. Ceux-ci sont responsables notamment de détenir les documents de voyage, visas et certificats de santé obligatoires appropriés, et respecter tous les autres critères d’admissibilité correspondant aux vols pour lesquels ils font l’achat de billets, précise-t-elle.

« C'est très éprouvant »

Dans l’attente d’une réaction d’Ottawa, les témoignages de parents et familles désespérés, souvent d’origine française, se multiplient.

Marie-Madeleine Gianni, installée depuis bientôt deux ans au Canada, a quitté Montréal début juillet pour l’Italie, le pays d’origine de son mari, avec leur fille de 12 ans. Peu de repos au programme, mais des funérailles et une vente d’un logement à régler.

On avait demandé cette autorisation avant de partir. On nous avait dit qu’il n’y aurait aucun problème, décrit-elle. Mais trois jours après leur arrivée à Rome, panique à bord. L’autorisation de revenir au Canada est refusée pour leur fille.

C’était inattendu, très désagréable et inquiétant. Déjà que notre séjour n’est pas agréable, là, c’est très éprouvant.

Une citation de :Marie-Madeleine Gianni

Le couple a refait une nouvelle demande, en y joignant un certificat de décès, traduit de l’italien, pour prouver la nécessité de ce séjour et surtout, pour convaincre Ottawa de leur permettre de ramener leur enfant.

Tout comme Marie-Madeleine Gianni, Florie Rovillain et Myrthée Etien attendent elles aussi des nouvelles positives d’IRCC.

Infirmières au CHUM, elles ont chacune envoyé leur enfant, mineur, en France, pour retrouver leurs grands-parents. Les personnes temporaires, comme nous, n’ont pas le droit d’avoir des visites au Canada, rappelle Florie Rovillain.

Mon fils a 13 ans. Il doit revenir samedi, mais il a un peu peur. Il est au courant de la situation, avoue Myrthée Etien, qui craint une réponse négative d’Ottawa. On ne sait pas quand ni quelle réponse on aura. C'est angoissant, reprend Florie Rovillain.

C’est compliqué d’avoir un retour, on est désespérés. On essaie d’appeler IRCC, ça raccroche. On ne sait plus à qui demander de l’aide.

Une citation de :Florie Rovillain, infirmière au CHUM

Ces travailleuses de la santé, privées de leur famille étrangère depuis le début de la pandémie, ont alerté le patron du CHUM, Fabrice Brunet, qui compte faire entendre sa voix pour venir en aide à ses employées.

Le CHUM est sensible à la situation de ces infirmières, souligne Lucie Dufresne, porte-parole de l'établissement. Elles ont travaillé sans relâche au cours de la pandémie, loin de leur famille et dans des conditions parfois difficiles. C'est à notre tour désormais de leur offrir notre appui et de les soutenir dans leurs démarches, afin qu'elles puissent être réunies avec leur enfant dans les meilleurs délais.

Pour sauver des vies, répond IRCC

Contacté par Radio-Canada, IRCC n'a pas donné de précisions concernant les nombreuses autorisations écrites refusées ni commenté la demande des autorités françaises. En revanche, soutient Ottawa, une telle autorisation reste indispensable pour les membres de la famille immédiate des résidents temporaires. Nous savons que cela a été une attente difficile pour certains, mais les demandeurs doivent attendre d'avoir l'autorisation appropriée avant de se rendre au Canada, assure Sonia Lesage, porte-parole d'IRCC. Ces processus sont en place pour sauver des vies. Les restrictions ont contribué à endiguer la propagation de la pandémie et à protéger la santé et la sécurité des Canadiens et de ceux qui voyagent au Canada.

Québec demande à Ottawa d'être proactif

À Québec, on assure suivre également la situation de près.

Nous sommes bien au fait de la situation actuelle. Évidemment, nous ne souhaitons pas que les familles soient séparées, affirme-t-on au cabinet de la ministre Nadine Girault, responsable de l'immigration et des relations internationales au sein du gouvernement Legault.

La gestion des frontières est de responsabilité exclusive du gouvernement fédéral. Nous invitons donc le gouvernement fédéral à être proactif et à trouver des solutions.

Une citation de :Flore Bouchon, porte-parole de la ministre Nadine Girault

Du côté de la France, on juge que ce type de mesure pourrait avoir un impact à long terme.

Certains commencent à dire, décrit Sophie Lagoutte, que compte tenu des contraintes démesurées que cette règle fait peser sur eux, ils comptent rentrer définitivement en France et abandonner leur projet au Canada.

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