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Fossé numérique dans les communautés autochtones : un frein pour l'économie canadienne

Mallory Yawnghwe montrant les boîtes que vend son entreprise.

Mallory Yawnghwe a lancé sa propre entreprise : Indigenous Box.

Photo : Radio-Canada / Mallory Yawnghwe

Radio-Canada

Un rapport de la Banque Royale du Canada (Nouvelle fenêtre) indique que les entrepreneurs autochtones font face à des difficultés considérables en raison d’un important fossé numérique.

Avec l’économie canadienne de plus en plus orientée vers les nouvelles technologies, cette fracture pourrait avoir un impact négatif sur la capacité des jeunes autochtones à se développer, en plus de miner la croissance économique des communautés et du Canada.

Mallory Yawnghwe a grandi dans la nation crie de Saddle Lake, en Alberta. Dans sa communauté, la qualité du réseau Internet était si mauvaise qu’elle n’a jamais pensé qu’elle pourrait avoir un jour une entreprise de vente en ligne.

Jusqu’à maintenant, vous ne pouviez littéralement pas avoir Internet, à moins d’être connecté directement au Wi-Fi, ce qui est très rare., dit-elle.

Lorsqu’elle obtient son diplôme en commerce à l’Université MacEwan, à Edmonton, elle réalise toute l'importance de l’apprentissage des technologies numériques.

Les produits sont étalés sur une table devant la boîte ouverte.

Des entrepreneurs autochtones s'associent aussi par l'entreprise de boîte de produits. C'est le cas de Colouring it forward, basé à Calgary.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

La pandémie lui offre une opportunité inattendue. Elle contacte des entrepreneurs autochtones et propose de leur vendre des produits fabriqués par des autochtones, comme de la nourriture ou des articles ménagers.

C’est à ce moment que son entreprise Indigenous Box voit le jour. Je vois cela comme une opportunité de mettre de l’avant les produits incroyables fabriqués par des entrepreneurs autochtones, affirme Mallory Yawnghwe.

Sa petite entreprise se développe rapidement. Alors que Mallory Yawnghwe pensait expédier quatre boîtes par année, elle affirme que sa clientèle a aujourd’hui quadruplé.

Des barrières encore bien présentes

Bien que Mallory Yawnghwe ait réussi à lancer son entreprise avec succès, bon nombre d’autochtones n’arrivent toujours pas à franchir les barrières qui se dressent devant eux lorsqu’il est question des technologies numériques.

Cela fait en sorte que les jeunes entrepreneurs autochtones ont plus de difficultés à se lancer en affaires. En résulte un effet négatif sur l’ensemble de l’économie canadienne, selon le nouveau rapport de la Banque Royale du Canada.

Le rapport indique aussi que les jeunes autochtones constituent la cohorte de jeunes Canadiens qui connaît la croissance la plus rapide au pays. Ils représenteront 45 % de la population autochtone en 2030.

Une famille dans la communauté autochtone anichinabée de Kitigan Zibi, au Québec.

L'Internet à haut débit est accessible à seulement 31,3 % des Autochtones vivant dans les réserves, comparativement à 85,7 % pour les ménages canadiens, selon des données du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Également, ils créent de nouvelles entreprises neuf fois plus vite que la moyenne canadienne. Toutefois, en raison du fossé numérique, leur potentiel reste largement inexploité.

L'année dernière, le gouvernement fédéral a promis de brancher 98 % du pays à Internet haute vitesse d’ici 5 ans. Malgré cet engagement, le rapport indique que plus du trois quarts des ménages des communautés des Premières Nations n'y ont pas accès.

Développer le potentiel des jeunes autochtones

Ancien conseiller et chef de la Première Nation de Simpcw, située à environ une heure au nord de Kamloops en Colombie-Britannique, Keith Matthew est maintenant directeur du Tulo Centre for Indigenous Economics de l'Université Thompson Rivers. Il constate tous les jours les impacts de la mauvaise qualité des infrastructures numériques.

Il raconte qu'il y a moins de 20 ans, la communauté devait se débrouiller avec seulement une dizaine de connexions Internet. Ces dernières étaient à la fois coûteuses et peu fiables.

En 2007, le conseil local a décidé de dépenser 175 000 $ pour mettre en place une connexion par fibre optique. Keith Matthew affirme que c'est le meilleur investissement de sa vie.

Sans cette connexion Internet, beaucoup de jeunes n'auraient pas [ce] dont ils ont besoin pour faire avancer leur carrière, dit-il.

Selon le rapport, deux tiers des emplois actuellement occupés par des travailleurs autochtones au Canada pourraient être soit éliminés, soit modifiés en profondeur en raison des nouvelles technologiques.

Les communautés rurales et éloignées sont particulièrement menacées en raison du manque d'infrastructures, soutient Keith Matthew. Les jeunes sont de plus en plus laissés pour compte [et] cela exacerbe le problème de l’exode chez les jeunes.

Julie Nagam dans un bureau.

La directrice du Aabijijiwan New Media Lab, Julie Nagam, veut donner accès à des outils numériques.

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Les avantages d'être connecté numériquement sont nombreux, et ils rapportent souvent plus que l’on pense, affirme la directrice du Aabijijiwan New Media Lab, Julie Nagam.

Basé à Winnipeg, le laboratoire qui vient d'ouvrir ses portes, offre des outils numériques pour faire du montage audio et vidéo, de l’impression 3D et de l’animation par ordinateur.

Cela offre aux gens de nouvelles opportunités de formation et d'emplois, dit-elle.

Les préjugés : un frein au développement économique

Mais ce ne sont pas seulement les compétences et les infrastructures qui freinent les autochtones quand vient le temps de se lancer en affaires. Le rapport révèle qu'il existe des préjugés systémiques qui minent la confiance des jeunes entrepreneurs autochtones.

Mallory Yawnghwe se rappelle qu’elle a dû faire face à ce genre de préjugés. Tout au long de ma vie, j'ai tenté de ne pas me laisser abattre par le racisme, la discrimination, et par les gens qui pensaient que je n'étais pas assez intelligente pour être dans ce milieu, raconte-t-elle.

Ces préjugés se traduisent aussi par un accès inégal au financement des banques. Le rapport indique que les Autochtones sont confrontés à des obstacles structurels et systémiques en ce qui a trait à la sécurité financière, qu'il s'agisse des restrictions imposées par la Loi sur les Indiens en matière de propriété des biens, ou des préjugés raciaux des prêteurs.

Selon un rapport publié en 2017 par le Conseil national de développement économique des Autochtones, les entreprises autochtones ont environ dix fois moins accès aux capitaux d'investissement que les autres entreprises. Cela signifie que les autochtones obtiennent moins de 0,2 % de tout le crédit au Canada, alors qu'ils représentent près de 5 % de la population.

Selon le rapport, le PIB de l’économie autochtone au Canada est d’environ 33 milliards de dollars. Ce montant pourrait monter à 100 milliards de dollars si on développait le plein potentiel des entrepreneurs autochtones.

Cela représente près de 70 milliards de dollars supplémentaires pour les communautés locales et pour l’ensemble de l'économie canadienne.

Avec les informations de Pete Evans, pour CBC

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