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Frustration à Chelsea après la démolition d’une maison classée patrimoniale par la CCN

La résidence de petite dimension est construite en planches de bois.

La maison du 272, chemin de la Montagne – construite entre 1845 et 1855 – était classée patrimoniale, sans toutefois être citée (image prise en octobre 2020).

Photo : Google Map

Radio-Canada

La Commission de la capitale nationale (CCN) a procédé à la démolition d’une petite maison de pionniers construite entre 1845 et 1855, à Chelsea, avant même d’obtenir un permis de démolition de la Municipalité.

C’était une des plus vieilles maisons de la municipalité et une des plus vieilles résidences de l’Outaouais. [...] C’est toujours une grande perte quand on voit un de nos bâtiments les plus anciens disparaître, réagit le président de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO), Michel Prévost.

Derrière les grilles installées au 272, chemin de la Montagne, sur lesquelles est placardé un avis de la Municipalité indiquant que le Comité sur les demandes de démolition se réunira le 28 juillet, à 18 h 30, trônent les derniers restes de la petite maison.

Une affiche municipale d'avis de démolition accrochée à une grille.

Un avis de demande de démolition installé au 272, chemin de La Montagne, à Chelsea

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Le maire suppléant et conseiller du district 5 de Chelsea, Jean-Paul Leduc, explique que la Municipalité a reçu une demande de permis de démolition de la CCN le 29 juin.

Selon les procédures en place, le comité devait étudier la demande et le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCC) en être avisé avant que le conseil municipal se prononce.

Le comité n’a pas eu le temps de se réunir que l’édifice était démoli, dit M. Leduc, dépité.

Le MCC indique pour sa part que la CCN, étant une entité fédérale, n’est pas tenue de demander un permis municipal et qu'il n'a donc pas été informé de la démolition.

Une maison en piètre état, dit la CCN

Dans un courriel, la CCN explique que les bâtiments situés au 272, chemin de la Montagne étaient en piètre état et présentaient un risque pour la santé et la sécurité du public.

De plus, selon le rapport sur les substances désignées et dangereuses, de l'amiante et de la peinture à base de plomb étaient présents dans la résidence, indique-t-on.

La CCN dit avoir réalisé une analyse du site et une évaluation du patrimoine fédéral.

À la suite de celle-ci, les bâtiments n’ont pas été désignés comme site du patrimoine fédéral, selon le Bureau d'examen des édifices fédéraux du patrimoine, et la CCN a obtenu l’autorisation de démolir les bâtisses, avec pour seule condition de conserver les rondins en bon état pour des projets futurs.

La lucarne protège une petite fenêtre à guillotine verticale.

Selon la CCN, la maison était en piètre état.

Photo : Répertoire du patrimoine culturel du Québec / Catherine Vallières 2010, Conférence régionale des élus de l'Outaouais / MCC

Les bâtiments sur les terrains de la CCN, incluant le parc de la Gatineau, sont assujettis aux lois fédérales. Toutefois, par courtoisie, nous avons avisé la Municipalité de Chelsea de notre intention, ajoute la société de la Couronne.

Une réponse que le maire suppléant ne digère pas. Quand on fait une demande de permis, on suit la procédure. [...] Le fédéral a certains droits, mais il n’y a pas eu les communications qui auraient dû avoir lieu. [...] Ça aurait dû se passer autrement, lance Jean-Paul Leduc.

J’espère vraiment qu’on apprendra de ça et qu’on aura des discussions avant que les démolitions se fassent.

Une citation de :Jean-Paul Leduc, maire suppléant et conseiller du district 5 de Chelsea

M. Prévost juge toutefois qu’habituellement, il y a une assez bonne sensibilité de la part de la CCN à l’égard des bâtiments patrimoniaux.

N’ayant pu lui-même visiter l’édifice, il estime qu’il était peut-être véritablement trop dégradé pour être restauré.

Michel Prévost pose pour une photo dehors.

Le spécialiste du patrimoine Michel Prévost

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

La Municipalité a aussi sa part de responsabilité, poursuit le spécialiste du patrimoine.

Le bâtiment était inscrit dans l’inventaire du patrimoine culturel du Québec, mais l’inventaire ne donne aucune protection juridique. [...] Si ce bâtiment était si important pour la Municipalité de Chelsea, on peut se demander pourquoi elle n’est pas passée à l'étape de citer le bâtiment en tant qu’immeuble patrimonial en vertu de la Loi culturelle du Québec, ajoute Michel Prévost.

Il y a un message pour toutes les municipalités de l’Outaouais : s’il vous plaît, protégez mieux vos bâtiments qui sont inscrits dans l’inventaire du patrimoine culturel, parce que ça évite des situations comme celle d'aujourd’hui.

Une citation de :Michel Prévost, président de la Société d’histoire de l’Outaouais

Selon lui, les municipalités ne devraient pas attendre les crises pour agir.

Les municipalités ne peuvent pas empêcher un ministère ou un organisme du gouvernement fédéral de procéder à la démolition d’une de ses propriétés. Par ailleurs, sur le territoire du parc de la Gatineau, c’est la Loi sur la capitale nationale du Canada [...] qui s’applique, précise toutefois le MCC.

Une situation pas si inusitée au Québec

La situation du 272, chemin de la Montagne en rappelle bien d’autres au président de la SHO.

Malheureusement, on justifie beaucoup, ces dernières années, la démolition de bâtiments patrimoniaux en disant qu’il y a de l’amiante, des champignons… Mais c’est tout à fait normal si une maison est bicentenaire et si elle n’a pas été bien entretenue. [...] Souvent, en restaurant le bâtiment, on règle ces problèmes, dit Michel Prévost.

Le phénomène s’observe un peu partout dans la province, poursuit-il. On n’a jamais vu autant de bâtiments patrimoniaux qui sont détruits ou qui sont menacés ces dernières années. [...] C’est une grande préoccupation, note-t-il.

Une grue derrière des barrières.

Une grue sur le site de démolition de la maison pionnière du 272, chemin de la Montagne, à Chelsea

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Lors de la révision de la Loi sur le patrimoine, devenue en 2012 la Loi sur le patrimoine culturel du Québec, explique- M. Prévost, son organisme et d’autres avaient demandé au gouvernement de ne pas transmettre de nouveaux pouvoirs en matière de protection du patrimoine bâti aux municipalités.

Souvent, elles n’ont pas l’expertise requise, et la protection des bâtiments patrimoniaux n’est pas une priorité. Elles n’ont pas non plus les ressources humaines et financières pour bien protéger le patrimoine. Beaucoup de municipalités voient ça comme une lourdeur; elles sont frileuses, avance-t-il.

Un nouveau litige entre Chelsea et la CCN

Ce litige n’est pas le premier opposant la CCN à Chelsea. En mars dernier, la mairesse de Chelsea et préfète de la MRC des Collines-de-l'Outaouais, Caryl Green, disait être prête à recourir aux tribunaux pour obtenir de la société de la Couronne 590 000 $ de taxes foncières impayées.

La relation est là où la CCN nous amène, dit le maire suppléant. On n’a pas toujours eu la relation parfaite, mais je pense qu’on devrait isoler ces problèmes et regarder chaque situation en silo et non mélanger les cas. [...] On peut être en désaccord sur certains dossiers, mais cela ne veut pas dire qu’on ne pourra pas travailler en harmonie sur d’autres, préconise-t-il.

Avec les informations de Rosalie Sinclair et de Mama Afou

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